Études

L’Afrique noire dans le monde[Record]

  • Pierre Genevey

ÉTUDES

Pierre G ENEVEY

L'AFRIQUE NOIRE DANS LE MONDE

L'Afrique noire, entre le Sahara et le Zambèze, est une sorte de sous-continent assez isolé. Ses relations avec le monde non africain sont plus développées qu'avec l'Afrique méditerranéenne — dont elle est séparée à la fois par le désert et par la différence des races — et l'Afrique du Sud, en raison du régime politique de celle-ci.

Cette Afrique noire, a-t-on le droit de la considérer comme une entité ? On pourrait en douter, à en juger par son fractionnement politique en une trentaine d'États, par un fractionnement tribal encore plus poussé, par la multiplicité des langues vernaculaires, par la différence des degrés de développement, par la diversité des influences occidentales qui se sont exercées sur ces populations pendant la période coloniale.

Cependant, à beaucoup d'égards, elle forme un tout.

Jusqu'à la deuxième moitié du XIXe siècle, elle a vécu isolée, en marge du reste du monde, puis elle a connu pendant un siècle la colonisation des puissances européennes occidentales. Contrairement à ce qui s'est passé dans d'autres continents, cette ère coloniale n'a pas laissé d'apport de population étrangère. Aujourd'hui, indépendante, prenant conscience de sa personnalité, elle émerge dans le monde.

Ce qui frappe le plus, c'est la rapidité de cette évolution. Dans le domaine qui nous occupe, celui des relations internationales, quatre générations auront suffi pour que l'Afrique noire passe de l'état d'inexistence à l'état d'objet, et enfin à l'état de sujet

Le vide laissé par le retrait des puissances coloniales allait-il ouvrir l'Afrique aux luttes d'influence des grandes puissances ? On va voir dans quelle mesure elle a réussi à écarter ce risque, en passant en revue ses relations avec le monde non africain.

Pierre GENEVE Y est administrateur du Centre d'études de politique étrangère de Paris.

4 ÉTUDES INTERNATIONALES

L'AFRIQUE NOIRE DANS LE MONDE

L'Afrique noire et l'URSS

Deux périodes sont à distinguer dans les rapports de FU.R.S.S. avec les pays d'Afrique noire après la dernière guerre.

La première fut marquée par un essai d'implantation de régimes communistes inféodés à Moscou dans les pays africains où les chances paraissaient les meilleures. À cette époque, les régimes spontanément venus au pouvoir en Guinée, au Ghana, au Mali, au Congo-Kinshasa au temps de Lumumba, semblaient prêts à tomber dans l'orbite de Moscou. L'U.R.S.S. noua aussitôt des rapports étroits avec ces gouvernements, leur offrant une aide économique substantielle, et y implantant des missions qui n'étaient en réalité que des pépinières d'agitation. En même temps, à partir de ces territoires devenus foyers d'insurrection, elle s'employait à provoquer et à maintenir une agitation révolutionnaire dans les pays limitrophes réputés réactionnaires. C'est ainsi que furent fomentés des troubles en Côte d'Ivoire, au Cameroun.

L'échec de cette première politique africaine de l'U.R.S.S. tient à plusieurs causes.

Et d'abord à une forte résistance interne des Africains. Non que l'Afrique noire soit opposée à toute forme de socialisme. Il n'y a pas de capitalisme africain, pas de classe marchande, pas d'aristocratie foncière. Le sol est un bien collectif. N'étaient-ce pas des conditions favorables à l'implantation d'un régime communiste? Mais, d'une part, l'Afrique rejette le matérialisme et l'athéisme marxistes ; d'autre part, si elle doit se rallier à un socialisme, elle entend que ce soit à un socialisme africain, et ne tolère ni inféodation ni ...