Études

L’Afrique noire dans la politique étrangère du Canada[Record]

  • Robert Matthews

Robert MATTHEWS

L'AFRIQUE NOIRE DANS

LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DU CANADA

À part quelques organisations religieuses canadiennes qui ont eu une longue expérience d'action missionnaire en Afrique, l'engagement du Canada sur ce continent s'est limité aux relations politiques et économiques que le Canada maintenait avec l'Afrique du Sud. Le public canadien savait peu de choses de ce qui se passait en Afrique et ne s'y intéressait guère. Même dans les années 1950 alors que la question coloniale se posait de façon brûlante aux Nations Unies, la politique canadienne officielle — plus ou moins soutenue par l'opinion publique — s'opposait plutôt aux discussions et aux gestes de l'ONU, sur des questions considérées par les gouvernements en cause comme étant de leur compétence interne. Et lorsqu'en 1956 et 1957, le Canada a pris fmalement un intérêt plus actif dans le problème colonial, en prenant clairement parti pour le point de vue anti-colonial, c'était non pas à cause d'un intérêt intrinsèque dans l'Afrique mais « pour éviter un rapprochement entre le bloc soviétique et le groupe afro-asiatique et pour empêcher que le mécontentement des Afro-Asiatiques sur le traitement des questions coloniales n'influencent leur attitude sur d'autres problèmes importants comme le désarmement1 ».

En fait, ce n'est qu'en 1960 qu'un intérêt véritable s'éveilla au Canada. Après l'octroi de l'indépendance à quinze États africains et, plus tard, leur entrée à l'ONU, l'Afrique ne pouvait plus guère passer inaperçue. L'effondrement de l'ordre public à Léopoldville au début juillet de la même année dramatisa les problèmes énormes qui confrontaient la plupart des nouveaux États africains tout en soulignant leur besoin d'assistance et de coopération avec l'Occident. Ce fut dans

M. Robert MATTHEWS est professeur agrégé au département d'Économie politique de l'Université de Toronto.

i Frédéric H. Soward, « Canada and Colonialism in the United Nations », Canadian Issues : Essays in Honour of Henry F. Angus, Robert M. Clark, éditeur.

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ce contexte que l'honorable Howard Green, alors secrétaire d'État canadien aux Affaires étrangères, remarqua : « L'Afrique est le continent le plus important du monde au point de vue de son développement politique et des changements éventuels. C'est certainement un continent auquel on devrait donner toute l'assistance possible 2. »

La participation du Canada au sein des forces de l'ONU au Congo et le lancement d'un programme d'aide aux États africains anglophones marquèrent l'entrée de notre pays dans les affaires du continent africain.

Malgré son intérêt tardif pour ce continent et la limite des ressources humaines et financières dont il dispose, le Canada, dans les dix dernières années, a développé des relations assez étendues avec l'Afrique. En plus de son ambassade à Cape Town, le Canada a ouvert en Afrique, au sud du Sahara, neuf missions diplomatiques dont les chefs se trouvent accrédités dans tous les autres pays africains, à part le Malawi et le Libéria. L'aide canadienne à cette partie du continent s'éleva à presque 60 millions de dollars en 1969 seulement (plus deux fois ce qui fut accordé pour la période 1961-1965). L'assistance technique sous la forme d'envoi de professeurs, de techniciens et de conseillers en Afrique et l'offre de bourses aux Africains voulant faire des études au Canada, s'est considérablement accrue. En 1968 seulement, 955 professeurs et conseillers canadiens travaillaient en Afrique, tandis que 940 Africains poursuivaient des études au Canada. Enfin, les transactions commerciales avec l'Afrique, bien qu'elles restent peu importantes ...