Essai

Les stratégies d’influence des États membres sur le processus de recrutement des organisations internationalesL’exemple de la France[Record]

  • Meryll David
Toute personne fréquentant plus ou moins le monde des organisations internationales sait à quel point la question du statut est importante pour les agents qui y évoluent ou aspirent à y évoluer. À l’unesco par exemple, on ne compte pas moins de quinze types de contrats de travail différents. À côté du statut très convoité de staff member, selon le vocable indigène, véritable sésame qui ouvre à son titulaire l’accès aux caisses d’assurance-maladie et de pension propres aux organisations de la famille des Nations Unies, on trouve toute une gamme de statuts plus ou moins précaires, allant du stagiaire non rémunéré, au consultant qui, lui, peut être grassement payé pour un travail pas toujours clairement défini, en passant par l’expert associé rétribué par son gouvernement, ou encore le surnuméraire dont le poste est par définition temporaire, ce temporaire pouvant cependant se prolonger sur plusieurs années. Contrairement donc à ce qu’on pourrait croire vu de l’extérieur, les agents travaillant au sein des organisations internationales connaissent de fortes différences de statut. En haut de la hiérarchie, on trouve les membres du personnel qui se décomposent en deux catégories : les services généraux (sg) et les professionnels. La première catégorie comprend les personnels de service et de bureau qui sont recrutés au niveau local essentiellement. Les seconds, quant à eux, sont en charge des fonctions de conceptions et de responsabilités, et sont recrutés internationalement. C’est à cette population que renvoie la plupart du temps le terme de « fonctionnaire international ». Comment accède-t-on à ce statut tant convoité, autrement dit, comment devient-on fonctionnaire international ? Dans cet article, on se propose de disséquer le processus de recrutement des fonctionnaires internationaux en insistant plus particulièrement sur les stratégies utilisées par les États membres des organisations internationales pour influencer celui-ci. En matière de recrutement comme de promotion, il y a en effet la règle et la pratique, la règle étant notamment de postuler via le système Galaxy, par Internet donc. Mais la pratique limite de fait la neutralité du système. De surcroît n’apparaissent sur le site que les postes financés sur le budget ordinaire, et l’on sait que les ressources extra-budgétaires peuvent être parfois très importantes. Par ailleurs, on peut préciser également que les emplois financés sur des ressources extérieures, comme ceux des consultants occasionnels, ne sont pas soumis aux procédures traditionnelles et que le facteur « politique », c’est-à-dire « étatique », occupe une place assez importante. Pour illustrer ce phénomène, on se basera sur le cas de la France, qui ne constitue cependant en rien une exception, le modèle à suivre en la matière étant de loin celui des Britanniques. Mais les Espagnols ne sont pas en reste sur ce plan également puisque l’Espagne est venue en 2003 au ministère des Affaires étrangères français pour observer le fonctionnement de sa « Mission des fonctionnaires internationaux » et reproduire ce service quasi à l’identique l’année suivante au travers la Unidad de Funcionarios Internacionales du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération espagnol. La mfi est un service de la direction des Nations Unies et des Organisations internationales (nuoi) du ministère des Affaires étrangères français, qui a pour mission principale de « promouvoir la présence de personnels français dans les organisations internationales ». Une de ses principales activités est en effet de « soutenir les meilleures candidatures » françaises par une forte activité de lobbying à l’anglo-saxonne. À cette fin, la mfi mobilise tout un réseau de « partenaires » plus ou moins institutionnalisés au premier plan desquels on trouve la représentation permanente (rp). C’est elle qui détermine en effet, du fait de sa connaissance ...

Appendices