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Comptes rendus

The Sustainability of Cultural Diversity. Nations, Cities and Organizations, Maddy Janssens, Myriam Bechtoldt, Arie de Ruijter, Dino Pinelli, Giovanni Prarolo et Vanja M. K. Stenius (dir.), 2010 Edward Elgar, Cheltenham, R.-U., xxii + 356 p.

  • Joseph Pestieau

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  • Joseph Pestieau
    Cégep de Saint-Laurent

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Comment la diversité culturelle contribue-t-elle ou nuit-elle à terme à la cohésion sociale, à l’intégration socioéconomique, au bien-être et au développement ? Comment peut-on créer des espaces sociaux où cette diversité donnerait lieu à des interactions positives plutôt que négatives sur les plans économique, social, culturel et politique ? Comment diverses communautés culturelles peuvent-elles vivre et prospérer ensemble tout en gardant leur identité culturelle ? Voici les questions auxquelles ce livre voudrait répondre. On y souligne qu’il est généralement question de la spécificité culturelle, ethnique ou religieuse d’un groupe en relation avec l’inégalité dont il souffre. On ne peut donc parler de diversité sans aborder l’inégal accès aux ressources. Ce livre insiste également sur le fait que les réussites comme les échecs de la diversité sont toujours dépendants d’un contexte particulier et que les généralisations sont donc toujours problématiques.

Une première partie définit la diversité culturelle et la durabilité (sustainability) de celle-ci. On y évoque l’histoire européenne pour donner des exemples de diversité qui sont devenus insoutenables et ont suscité des changements de paradigme. Par exemple, la réforme, en brisant l’unité de la chrétienté, entraîna des guerres de religion qui devinrent insupportables et provoquèrent un profond bouleversement des mentalités en faveur de la tolérance et du libéralisme, ce qui permit de vivre en paix en dépit de la diversité religieuse.

Dans une deuxième partie, les auteurs envisagent la diversité culturelle et sa durabilité au niveau national, dans une troisième les contributeurs font de même pour les villes, alors que dans une quatrième partie on s’attarde à cet égard aux différents types d’organisations. Dans la deuxième partie sont envisagées des minorités très différentes aux États-Unis, en France, en Bolivie et en Allemagne. Notons que, si l’on mentionne des minorités culturelles ou ethniques, ce n’est pas pour réifier arbitrairement des cultures ou des ethnies, mais plutôt parce que ces minorités souffrent d’exclusion ou sont défavorisées sur le plan socioéconomique. Il ne s’agit pas de les ’opposer à l’unité républicaine, mais de tenter de les reconnaître pour les inclure dans cette unité au nom d’un idéal républicain. Cette deuxième partie se termine par une tentative de comparer le niveau de tolérance à la diversité dans différents pays.

La troisième partie est consacrée aux villes. Elle traite de la diversité dans des quartiers de Londres, à Bratislava, à Prague ou à Amsterdam ainsi que de la participation multiculturelle dans des productions artistiques qui sont des événements urbains.

La quatrième partie commence par un chapitre qui présente des pratiques favorisant la diversité harmonieuse entre cultures au sein de différentes entreprises européennes et pour la plus grande efficacité de ces entreprises. Le second chapitre traite du multiculturalisme et des politiques d’intégration des immigrants en Suède. Il devrait donc se trouver dans la deuxième partie, mais, probablement parce qu’il traite aussi du rôle des organisations d’immigrants, il a été placé dans la quatrième. Le troisième chapitre porte sur l’intégration d’employés de cultures différentes dans une compagnie d’assurance des Pays-Bas. Il dénonce avec finesse la superficialité de certaines approches au sujet de l’intégration multiculturelle. Le dernier chapitre compare l’immigration et l’entrepreneurship des immigrants dans différents pays européens. On comprend mal qu’il se trouve dans la quatrième partie.

En somme, un beau programme a été exécuté de façon plutôt décevante. Un tableau mis en appendice du chapitre comparant deux quartiers de Londres n’a manifestement pas été vérifié ; des données au sujet d’un quartier sont attribuées à un autre ; on s’y perd au moment où l’on croit pouvoir récapituler ce qui vient d’être dit. La diversité dont on parle dans certains chapitres n’est pas définie alors même qu’on prétend en traiter. Plus gravement, ce livre pose une question capitale, mais n’y répond guère. Le lecteur n’est pas beaucoup plus éclairé après l’avoir lu sur l’impact qu’a la diversité culturelle sur le capital social, la cohésion sociale et la sécurité sociale. On discute savamment de ces sujets, mais sans nous informer davantage à propos du sujet annoncé. On nous dit que la diversité est une bonne chose, sans toujours le démontrer ou sans argumenter à l’encontre de qui dirait le contraire. Ce livre est un recueil d’études qui ne s’inscrivent pas suffisamment dans le projet des directeurs. Chaque étude suit son cours et n’est pas dépourvue d’intérêt, mais s’intègre plus ou moins mal à l’ensemble. La quatrième partie échappe toutefois très nettement à cette critique, car elle suit le programme annoncé par les directeurs.