Comptes rendus

Terrorisme et insurrection. Évolution des dynamiques conflictuelles et réponses des États, Aurélie Campana et Gérard Hervouet (dir.), 2013, Québec, Presses de l’Université du Québec, 265 p.[Record]

  • Simon Petermann

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  • Simon Petermann
    Université de Liège, Belgique

Il est toujours délicat de faire la recension d’un ouvrage collectif de caractère universitaire. Certains livres sont indigestes et désordonnés, alors que d’autres brillent par leur parfait agencement et par l’intelligence qui s’en dégage. Terrorisme et insurrection appartient à la seconde catégorie. Dès que l’on se plonge dans la lecture parfois ardue des contributions d’éminents spécialistes, on constate qu’elles s’agencent bien les unes avec les autres. L’ouvrage est certes ambitieux, bien que l’intention des auteurs ne soit pas de définir une nouvelle théorie. Dans leur introduction intitulée « Le terroriste et l’insurgé. Des cibles floues dans une lutte sans vainqueurs », Campana et Hervouet, qui ont également dirigé l’ouvrage, posent d’emblée la problématique à partir d’une réflexion sur les notions de « succès » et de « victoire » dans des guerres asymétriques comme celles que les États-Unis ont menées en Afghanistan et en Irak après le 11-Septembre, des guerres qui ne peuvent être gagnées. Ils montrent très clairement que ce sont des guerres qui demandent des adaptations constantes face à des groupes insurgés dont les stratégies et les tactiques fluctuent afin de déstabiliser l’adversaire et de prolonger les conflits et, ultimement, de ne pas en sortir perdants. Les auteurs analysent également les concepts d’insurrection et de terrorisme qui sont parfois devenus interchangeables dans le langage politique et militaire, alors qu’il s’agit de concepts délicats à manier et, de toute manière, difficiles à définir. L’ouvrage a pour objectif de revisiter les relations entre les différents types de violences et, en particulier, entre insurrection et terrorisme. Il explore également les adaptations opérées par les États pour combattre des phénomènes perçus comme des menaces pour la sécurité des États et comme des facteurs déstabilisateurs sur les plans régional et mondial. Ce fil conducteur amène les différents contributeurs à tenter de répondre à des questions telles que : Le terrorisme peut-il être assimilé à une nouvelle forme d’insurrection ? Quels liens établir entre des mouvements insurrectionnels qui défendent un agenda local et une idéologie globalisante comme celle d’al-Qaïda ? Quels sont les liens avec la criminalité organisée ? Comment les États traitent-ils ces nouvelles menaces ? Avec quelles stratégies et quels moyens ? Dans la première partie de l’ouvrage, intitulée « De la violence sociale au terrorisme : des croisements aléatoires », les auteurs explorent les relations parfois ambiguës entre les différents types de violences utilisés dans des conflits qualifiés d’asymétriques ainsi que leur évolution. Ils insistent en particulier sur le lien entre terrorisme et insurrection. Les contributions se focalisent sur l’interaction entre le local et le global, entre État faible et terrorisme, de même qu’entre différents types de violences qui tendent à s’enchevêtrer (terrorisme, insurrection et crime organisé). Les exemples afghan, pakistanais, mexicain, somalien et nord-caucasien sont étudiés de manière détaillée afin d’éclairer ces différentes problématiques. Le recours à des études de cas permet justement une meilleure mise en contexte de phénomènes liés aux évolutions sociales et politiques. Il met également en évidence des dynamiques et des facteurs convergents. Six chapitres composent cette première partie. Le premier clarifie les concepts à travers les réflexions d’auteurs classiques (Carl von Clausewitz, Raymond Aron, Carl Schmitt, Max Weber, etc.). Le lecteur y trouvera de nombreuses références utiles, mais aussi parfois dépassées. Ce chapitre, très théorique, revient sur la définition du terrorisme et invite à considérer celui-ci comme une méthode de combat et un mode de relation sociale, dont l’objectif pour le groupe qui y a recours est d’asseoir sa légitimité et finalement de faire émerger un nouvel ordre social. L ...