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Comptes rendus

SIPRI Yearbook 2014 Armaments, Disarmament and International Security, Stockholm International Peace Research Institute, 2014, Oxford, Oxford University Press, 608 p.

  • Lorène Delhoume and
  • Michel Liégeois

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  • Lorène Delhoume
    Centre d’études des crises et des conflits internationaux (CECRI), Université catholique de Louvain (UCL), Louvain, Belgique

  • Michel Liégeois
    Centre d’études des crises et des conflits internationaux (CECRI), Université catholique de Louvain (UCL), Louvain

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Le sipri Yearbook fait partie du paysage éditorial de la Peace Research depuis près d’un demi-siècle. Rédigée par des chercheurs de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm ainsi que par des experts invités, cette publication annuelle présente des analyses pointues et des données originales concernant les événements de l’année précédant le millésime et ce, dans trois grands domaines : la sécurité et les conflits, les dépenses militaires, la non-prolifération et le contrôle des armements.

Le sipri Yearbook a beau être un annuaire, chaque édition est originale. Ainsi, la section d’introduction consacrée au conflit syrien distingue la version 2014 des éditions précédentes. Elle aborde la problématique des armes chimiques sous plusieurs angles comme celui des retombées de leur utilisation sur le contrôle de cette catégorie d’armement. Plus généralement, Ian Anthony, directeur du sipri, nous invite à évaluer la sécurité internationale à la fin de l’année 2013 au travers de trois grandes problématiques. Tout d’abord, la compréhension de la gouvernance internationale : les événements de 2013 prouvent l’émergence de tensions au sein des institutions globales ou entre des institutions globales et régionales. Ensuite, il souligne la complexité de la relation entre développement et sécurité. Enfin, il invite le lecteur à se questionner sur l’influence des progrès rapides de la science et de la technologie sur la sécurité internationale.

Au long des chapitres de cet annuaire, un fil conducteur apparaît, caractérisant de manière globale les événements de l’année 2013, à savoir « des tendances inquiétantes en matière de conflits, de dynamique de l’armement et de la sécurité internationale » (p. 3). Le sipri Yearbook2014 met ainsi en avant une hausse alarmante de la violence meurtrière liée à des conflits étatiques. Une région comme le Moyen-Orient, par exemple, a vu augmenter significativement le nombre de morts dus aux combats. De plus, on compte un plus grand nombre de conflits intra-étatiques internationalisés. En effet, aujourd’hui plus qu’hier, « l’évolution rapide et constante des activités politiques, technologiques, économiques, écologiques et militaires » complique la mise en place de solutions pacifiques. La stabilité apparaît donc de plus en plus difficile à atteindre ; les analyses présentées dans cet annuaire reflètent la complexité croissante des conflits. Cependant, les auteurs mettent aussi en exergue les efforts colossaux réalisés, en matière de coopération dans le contrôle de l’armement, au cours de l’année 2013. Le Yearbook ne manque donc pas de présenter les nouveautés sur le sujet, tel le Traité sur le commerce des armes, voté par l’Assemblée générale de l’Onu en 2013 et entré en vigueur en 2014.

Selon Neil Melvin, l’année 2013 créera un précédent. Si, dans la période de l’après-guerre froide, la communauté internationale a réagi à certains conflits armés par des interventions impliquant la force militaire, en 2013, elle semble avoir perçu les limites de cette méthode. Depuis l’intervention en Afghanistan, il semble que l’usage de la force comme moyen de contrôler les conflits ou le terrorisme soit perçu comme trop coûteux, que cela soit en moyens financiers comme en vies humaines. Durant l’été 2013, l’idée d’une intervention en Syrie, théâtre d’une guerre civile, a fait débat. Face à la problématique du recours aux armes chimiques, la communauté internationale a finalement préféré donner une réponse diplomatique. Cette décision a été perçue par certains comme un tournant majeur dans la politique internationale en matière de gestion des conflits.

Il faut le rappeler, le SIPRI Yearbook ne se résume pas à une simple compilation de données et de faits que l’on pourrait trouver en ligne ; il est également étayé d’intéressantes analyses rédigées par des experts reconnus. À cet égard, la présentation, d’une part, des dépenses militaires et de la sécurité dans la région Asie-Pacifique par Sam Perlo-Freeman et Carina Solmirano et les articles de John Hart, d’autre part, sur les menaces que représentent les armes chimiques et biologiques constituent des analyses représentatives de l’évolution de la conflictualité contemporaine. L’édition 2014 présente en outre des tableaux exhaustifs et des graphiques originaux tels que le classement complet des pays en 2013 selon l’indice mondial de la paix. On y observe notamment une dégradation de la note de l’Europe occidentale et centrale. Les traditionnels tableaux relatifs aux opérations de paix constituent une ressource empirique indispensable à la communauté des chercheurs.

Le sipri Yearbook2014 mérite donc d’être découvert ou redécouvert par tous ceux qui s’intéressent à la sécurité internationale et aux questions d’armements. Il demeure une référence incontournable et toujours inégalée dans ce domaine.