Comptes rendus

Réplique au compte rendu d’Alain Laberge de l’ouvrage La Pêche à la morue en Nouvelle-France

  • Mario Mimeault

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  • Mario Mimeault, Ph. D.

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Cover of Volume 72, Number 4, Spring 2019, pp. 5-133, Revue d’histoire de l’Amérique française
Le professeur Alain Laberge présente ci-dessus une lecture critique de notre dernier livre, La pêche à la morue en Nouvelle-France. Sa démarche, incisive par certains aspects, pointilleuse par d’autres, conduit inéluctablement à une perception réductrice de l’ouvrage. Ses propos portent essentiellement sur la forme plutôt que sur le fond du travail. Ils offrent de la sorte une relecture du sujet qui reflète davantage les préoccupations de l’analyste que celles de l’auteur. Bien sûr, le professeur Laberge a droit à ses opinions. C’est là une liberté qui mérite le respect. Son analyse n’offre toutefois pas une juste présentation de l’exposé développé dans le livre, de sorte qu’il est impossible de souscrire à sa conclusion. La notice par laquelle l’IHAF explique l’attribution du Prix Lionel-Groulx 2018 à La pêche à la morue en Nouvelle-France offre un bon point de départ à la discussion. Il y est écrit que ce dernier « représente une contribution importante de l’histoire économique de la Nouvelle-France ». Pour en arriver à cette appréciation, les membres du jury soulignent le fait que l’ouvrage « documente l’émergence au cours du XVIIIe siècle d’une industrie de la pêche spécifiquement canadienne dans le golfe du Saint-Laurent ». Et s’en tenant à la pêche à la morue telle que développée par les Canadiens, cette dernière, prennent-ils la peine de souligner, « créa et permit d’entretenir des réseaux commerciaux transatlantiques tout en renforçant les revendications territoriales françaises sur le pourtour du golfe ». Le jury aura compris qu’en exposant l’incidence des pêcheries canadiennes sur la conduite des affaires coloniales et métropolitaines, La pêche à la morue en Nouvelle-France déborde largement les cadres d’une monographie locale ou régionale. Le mode d’analyse de la documentation qui a permis d’arriver à ces résultats semble avoir posé des problèmes au professeur Laberge. Le processus mérite un rappel. Pour parvenir aux résultats documentés dans le livre, le texte est construit de manière à caractériser les activités halieutiques canadiennes en parcourant la bordure du golfe Saint-Laurent. Ce faisant, le livre ne parle pas que du territoire appelé aujourd’hui la Gaspésie (régionalisme qui n’est apparu dans sa globalité qu’au XIXe siècle), mais aussi de l’Acadie, de la baie des Chaleurs, un peu de l’île Royale, dans la mesure où cette dernière vient en conjonction avec le développement des pêcheries canadiennes, et du Labrador. Le tour des établissements du golfe permet de dresser un portrait global de l’industrie de la pêche à la morue. Le procédé offre l’occasion d’identifier les protagonistes, les investisseurs, les lieux de transformation du poisson, l’organisation du travail, les réseaux d’affaires mis en place, etc. Puis, en s’appuyant sur une démarche appelée microstoria, une approche analytique mise au point par Carlo Ginzburg et Giovanni Levi, sont cernés le bassin de recrutement de la main-d’oeuvre, la vie des pêcheurs au quotidien, les processus de transformation du poisson et tutti frutti. Cette approche favorise la mise en rapport de données ponctuelles avec les processus généraux qui ont marqué l’histoire de la Nouvelle-France. D’où « le foisonnement de détails » déploré dans l’analyse critique qui précède, mais détails quand même nécessaires à la bonne représentation et à la compréhension de la société halieutique à l’étude. C’était là poser les bases d’une étude qui satisfaisait aux objectifs fixés en première page de l’introduction du livre : « retracer les origines de cette activité en Nouvelle-France et la mise en place de ses principaux rouages ». Leur ajouter « un traitement plus ...