Comptes rendus

Lavigne, Marie et Michèle Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l’insoumise (Montréal, Boréal, 2017), 382 p.

  • Louise Bienvenue

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  • Louise Bienvenue
    Département d’histoire, Université de Sherbrooke

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Cover of Volume 72, Number 4, Spring 2019, pp. 5-133, Revue d’histoire de l’Amérique française
« La logique démocratique veut que les derniers vestiges de l’aristocratie disparaissent, je veux dire l’aristocratie des sexes » (p. 160). Ainsi s’exprimait Idola Saint-Jean, en 1928, dans un discours devenu célèbre. Sa vie durant, cette féministe montréalaise n’aura de cesse de défendre la cause de l’égalité entre hommes et femmes, s’exprimant dans un style plus radical que plusieurs de ses contemporaines. Dans cette passionnante biographie écrite à quatre mains, Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean racontent la trajectoire de cette singulière militante. Ne dissimulant pas leur admiration envers celle qu’elles appellent tout simplement Idola, les auteures cherchent à « réparer une grave injustice » en faisant la lumière sur une figure politique tombée « dans l’oubli » (p. 14). La mémoire d’Idola Saint-Jean (1879-1945) n’est peut-être pas aussi négligée que l’affirment Lavigne et Stanton-Jean. Après tout, la féministe figure désormais dans les manuels scolaires et sa statue est bien en vue devant le Parlement de Québec. Mais ce que l’on connaît d’elle se limite souvent au combat suffragiste qu’elle a mené pendant deux décennies. Dans cet ouvrage étoffé mais facile d’accès, d’autres facettes de Saint-Jean sont mises en lumière, brossant de la sorte un portrait plus complexe et fascinant du personnage. On rencontre ainsi l’artiste de théâtre, la professeure de diction, la candidate politique ainsi que la journaliste de la radio et de la presse écrite. Suivant une logique mi-chronologique, mi-thématique, l’ouvrage se divise en pas moins de 34 chapitres, rassemblés en 4 grandes parties. La première, « Trouver sa place au soleil », aborde les années de formation de la jeune femme. Saint-Jean grandit dans une famille aisée, d’allégeance libérale, dont elle hérite des principes. Elle fait de bonnes études au couvent Villa Maria, puis à l’Académie Saint-Urbain. Comme d’autres gens de son rang, elle passe ses vacances estivales à Cacouna, où elle côtoie entre autres le poète Émile Nelligan. Si l’engagement de son père au sein du Parti libéral est une source évidente d’inspiration pour elle, le véritable rêve d’Idola est le théâtre. La jeune femme s’impose d’ailleurs comme « l’une des plus délicieuses étoiles » de la scène nationale (p. 71). Le décès subit de son père en avril 1900 change la donne. Les finances familiales fragilisées, l’artiste, qui n’envisage aucunement le mariage, doit trouver des revenus. L’Université McGill l’engagera pour enseigner la diction française. La deuxième partie de la biographie s’intéresse à la « Femme moderne et autonome ». On y dépeint l’activité de Saint-Jean comme pionnière du féminisme. Celle-ci fonde, entre autres, l’éphémère Association artistique des dames canadiennes, attachée à la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste en 1908. Ses talents de conférencière sont mis à profit dans différentes causes défendues par la Fédération, comme la lutte à la mortalité infantile. Idola s’occupe aussi du comité de secours français lors de l’épidémie de grippe espagnole de 1918 et s’engage pour l’amélioration du sort des jeunes délinquants. La question du vote des femmes retient, bien sûr, l’attention des auteures. En 1922, Idola Saint-Jean devient secrétaire du nouveau Comité provincial pour le suffrage féminin. Les suffragistes doivent alors faire face à une opposition musclée du gouvernement Taschereau et de l’épiscopat catholique. Dans cette tempête, la militante semble inébranlable. Elle propage entre autres ses idées sur les ondes de CKAC, à partir de 1925. À l’automne 1929, elle est nommée directrice de la page féminine du Montreal Herald où elle tient, pendant un an, une étonnante page féminine, rédigée dans les deux ...