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Recensions

Réal Tremblay, « Mais moi, je vous dis… » L’agir excellent, spécifique de la morale chrétienne. Saint-Laurent, Éditions Fides, 2005, 219 p.

  • Nestor Turcotte

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  • Nestor Turcotte
    Matane

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Cet ouvrage constitue le troisième volet d’une réflexion théologique amorcée avec L’élévation du Fils, axe de la vie morale (Fides, 2001) et Vous, Lumière du monde. La vie morale des chrétiens. Dieu parmi les hommes (Fides, 2003).

La morale chrétienne a un contenu élevé et à portée infinie. De type filial, elle est un engagement radical pour Dieu, un engagement au profit de l’homme, en union avec la vie trinitaire.

Le premier chapitre de l’ouvrage permet de revisiter la question du rapport de la vérité et de la liberté en théologie morale catholique et permet également d’ouvrir ainsi des horizons insoupçonnés pour l’agir chrétien. La « vérité », objet de l’interprétation de l’Esprit, est celle que l’on retrouve dans l’évangile johannique. C’est la révélation médiatrice de la vie divine. L’Esprit en déploie le contenu et en fait voir l’impact sur les moeurs. Cette « vérité » est celle du Père qui veut se révéler, celle qu’il remet au Fils en sa totalité.

Inspiré par la christologie de l’encyclique de Jean-Paul II Veritatis Splendor, l’A. nous présente le visage du Christ pascal et son enseignement, l’impact que celui-ci peut avoir sur la morale des chrétiens. La liberté chrétienne tient sa consistance de la réponse donnée à l’appel venant de l’Autre et des autres. Le Christ est un sommet de liberté, source de liberté dans le don qu’il fait de son être filial. Il est Lui-même liberté plénière et ensuite route qui mène chaque chrétien à l’intimité trinitaire.

De ce Christ pascal émerge une anthropologie filiale, paradigme de la vie morale chrétienne. Identifié au Christ mort et ressuscité reçu lors du baptême, le croyant ne peut qu’imiter son Seigneur. Le Fils se tourne vers le Père avec les hommes que le Père aime, humanité qu’il aime lui-même avec et comme le Père. L’anthropologie filiale n’a d’autre choix que de se tourner vers le frère, prendre option envers les tout-petits, tout comme l’a fait le Seigneur.

La vie morale des chrétiens a donc comme specificum d’être le reflet de la participation à l’être filial de Jésus. Or, la source de cette participation est le baptême et son achèvement en l’eucharistie. Il apparaît, selon l’A., qu’une vie morale conçue en dehors ou en marge des sacrements est, du point de vue de la pensée croyante, une entreprise injustifiable. L’eucharistie est l’expression de la puissance créatrice et recréatrice du Fils. Le croyant porte en lui une lumière divine tamisée qui le fait vivre, le régénère et l’envoie, pénétré de cet amour divin, vers le frère et la soeur démunis.

Par voie de conséquence, l’agir moral chrétien proprement dit sera relié à la prière continuelle recommandée par le Seigneur et par la tradition apostolique. Cet agir moral se structure forcément autour des deux grands pilastres du Pater, la gloire rendue au Père et le service illimité des frères. Apparaît ici clairement le trait principal de la morale chrétienne : morale du maximum et de l’agir excellent.

La morale chrétienne entraîne tous les croyants dans le sillage de « l’excès » d’amour qui informe les derniers moments de la vie terrestre de Jésus. Morale excessive, l’agir chrétien aura toujours ses contempteurs, mais elle sera toujours une morale conditionnée par un amour sans limite.

Le martyre devient ainsi le garant de cette morale de l’excellence. Parfois aussi d’une morale de l’imprévisible. L’A. signale, avec justesse, le cas d’Edith Stein.

Le mystère de la « filialisation » de l’homme à la suite de celle de Jésus de Nazareth sera la condition d’une morale où l’homme sera pleinement respecté et où la grâce dilatera l’humanum au point de lui permettre de se réaliser par dépassement. Cette morale de l’intériorité, qui peut fasciner toujours les croyants de notre époque, permettra toujours de donner le Christ au monde. Cette théologie morale, loin d’un agir fait de compromis et de demi-mesures, présente un engagement qui se nourrit des textes sacrés et qui verse dans certains excès d’amour. Ses exigences de perfection ont pu la faire paraître inhumaine à certains observateurs. Elle a toujours cependant sa place, puisqu’elle s’enracine dans un horizon trinitaire, un mystère infini de don et d’amour.