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Recensions

Normand Baillargeon, Stéroïdes pour comprendre la philosophie. Verdun, Amérik Média inc. (coll. « Stéroïdes pour comprendre »), 2010, 278 p.

  • Nestor Turcotte

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  • Nestor Turcotte
    Matane

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Socrate, au dire de Cicéron, invita la philosophie à descendre du ciel (on dirait aujourd’hui des nuages), l’installa dans les villes, l’introduisit dans les foyers et lui imposa l’étude de la vie, des moeurs, des choses qui conviennent aux humains ou qui tournent à leur détriment. Les Stéroïdes pour comprendre la philosophie s’inscrivent dans cette démarche socratique : rendre la réflexion philosophique attrayante, accessible, facile d’accès.

Composé de dix chapitres, chacun d’entre eux a été rédigé de manière à ce qu’il puisse être compris indépendamment des autres. Bien que les chapitres soient disposés dans un ordre logique, ils peuvent être lus dans le désordre. Les stéroïdes peuvent être autoadministrés en grandes ou petites doses, une à plusieurs fois par jour. Les Stéroïdes comportent quatre types de doses : une dose d’espace-temps, qui revient sur l’histoire de la philosophie ; une dose « pour avoir l’air intelligent », qui permet au lecteur de faire valoir ses connaissances en société ; « une dose pour devenir vraiment intelligent », qui laisse la place à des passages plus ardus ; et une « dose de vocabulaire » propre à la philosophie. L’auteur, à la fin de l’ouvrage, propose une liste de dix sites Web pertinents qui permettent au lecteur de s’administrer des doses supplémentaires de connaissances sur la philosophie.

D’entrée de jeu, l’A. affirme qu’il n’est pas facile de définir le champ de la philosophie. Il se rattache à la grande définition classique qui stipule que la philosophie est un effort constant et obstiné pour penser rationnellement les grandes questions touchant l’existence humaine. La philosophie, c’est l’intelligence s’exerçant, à partir de la réalité donnée, sur un certain nombre de problèmes qui ne relèvent pas des sciences expérimentales, mais qui cependant relèvent de l’ordre la raison.

Les trois premiers chapitres de l’ouvrage précisent ce qu’est l’épistémologie. Ils rappellent la définition de la connaissance avancée par Platon et soulèvent ensuite les idées de Descartes, fondateur du rationalisme moderne. L’A. examine ensuite les solutions apportées au problème de la connaissance dans le cadre de l’empirisme classique par ses trois principaux représentants : John Locke, George Berkeley et David Hume. L’A. termine ce survol en présentant la reformulation du problème de la connaissance par Emmanuel Kant puis la solution qu’il lui apporte dans le cadre de son idéalisme transcendantal. Sans doute que le lecteur aurait apprécié un exposé rapide de la théorie de la connaissance de trois monuments de cette période plus que deux fois millénaire : Aristote, Augustin et Thomas d’Aquin.

L’ouvrage présente, par la suite, les arguments avancés contre la possibilité d’une éthique universelle, et propose une réflexion fort intéressante sur les trois grandes éthiques classiques en philosophie : l’utilitarisme, qui cherche à maximiser le plaisir (Bentham) ou le bonheur (Mill) ; l’éthique déontologique (Kant), qui s’exprime en des impératifs catégoriques rationnellement découverts par le test d’universalisation ; l’éthique de la vertu (Aristote), qui distingue des vertus morales et des vertus intellectuelles, et prône la recherche d’un juste milieu.

L’A. se tourne ensuite vers la philosophie de l’esprit. Il note que le dualisme cartésien est la philosophie spontanée de tout un chacun et montre ensuite les immenses difficultés auxquelles il conduit. Il présente alors la solution béhavioriste à tous ces problèmes, qui est d’en finir avec le dualisme.

L’A. aborde ensuite les preuves classiques de l’existence de Dieu. Il souligne les arguments cosmologiques, téléologiques et ontologiques avancés par les partisans des différentes formes de monothéisme. Il explore ensuite les explications naturalistes de la religion et traite, pour finir, du problème quasi insoluble de la présence du mal dans le monde.

Les derniers chapitres de l’ouvrage offrent une excellente réflexion sur les différents systèmes politiques : libéralisme, socialisme, anarchisme, nationalisme, conservatisme. L’A. s’arrête particulièrement à la notion de contrat social et confronte Thomas Hobbes, John Locke et Jean-Jacques Rousseau. Par la suite, l’A. traite des conceptions de la nature du politique chez Karl Marx, Nicolas Machiavel et Michel Foucault. Il rappelle les idées avancées récemment par John Rawls et certaines critiques suscitées par ses positions.

Une très belle réflexion sur l’esthétique vient clore cet excellent ouvrage de vulgarisation philosophique. L’A. s’intéresse à la définition de l’art, aux différentes expériences qu’elle suscite chez l’être humain, aux jugements par lesquels on décrète qu’une chose est belle ou ne l’est pas, et finalement, pose le problème de la valeur de l’art.

Stéroïdes pour comprendre la philosophie est une approche simple, concrète, imagée, d’une véritable initiation aux grands systèmes philosophiques. Normand Baillargeon propose une dose de philosophie concentrée. Il revient à chacun de s’administrer celle qui lui convient.