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Recensions

Thomas De Koninck, Questions ultimes. Ottawa, Les Presses de l’Université d’Ottawa (coll. « Philosophica »), 2012, 248 p.

  • Nestor Turcotte

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  • Nestor Turcotte
    Matane

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Questions ultimes de Thomas De Koninck est une enquête philosophique qui présente six essais sur des questions qui nous intéressent tous. Des questions qui suscitent des prises de position souvent perçues comme irréconciliables tant les points de vue à leur sujet sont nombreux et divergents.

Voici les réalités qui font l’objet du questionnement de l’auteur : la dignité humaine, la puissance de l’intelligence humaine et les limites de la raison, la liberté de religion, la liberté de conscience, le bien commun, le bonheur, la mort et, finalement, la beauté.

L’auteur construit son discours en forme de méditation sur chacun de ces sujets. En puisant dans les sagesses transmises à travers les âges par des courants divers, issus de plusieurs aires culturelles, philosophiques ou religieuses, son souci est de dégager un consensus parmi les grands humanistes. De nombreuses citations sont intégrées dans son propre discours et elles viennent appuyer le caractère méditatif de l’oeuvre.

Les questions ultimes doivent être l’objet de réflexions rigoureuses, car on ne sort jamais grandi d’avoir rapetissé l’être humain à certaines catégories ou à certaines idéologies. Ce piège a fort heureusement été évité avec brio par Thomas De Koninck.

S’inspirant notamment de Socrate et de sa méthode, De Koninck se questionne d’abord sur les fondements de la vie en société, dans le premier essai intitulé « Archéologie de la dignité humaine ».

Puis, il aborde une question particulièrement difficile dans l’essai suivant : « Qu’est-ce que l’intelligence humaine ? » Il insiste sur la quête incessante de vérité et d’absolu qui taraude l’esprit humain et il en tire des conclusions judicieusement fondées sur quelques réalités premières.

Ensuite, dans l’essai qui porte sur « La liberté de religion, la liberté de conscience et le bien commun », l’ouvrage a le mérite d’approfondir des sujets sociologiques et politiques qui font actuellement l’objet de débats importants dans nos sociétés. L’éclairage que l’auteur projette sur ces réalités clarifie plusieurs notions souvent négligées dans le débat public. Constamment confrontés à ces grandes questions, les politiciens et les légistes trouveront dans ce volume de quoi nourrir leur réflexion personnelle.

Les considérations de monsieur De Koninck sur le bonheur ne sont pas anodines. Il démontre que dans la recherche du bonheur, le discernement est affaire de vie ou de mort. Il insiste aussi sur l’effet délétère que peut avoir la culture ambiante dès le plus jeune âge sur le développement de l’aptitude au bonheur.

Quant aux deux derniers essais portant sur la mort et sur la beauté, le philosophe émérite a choisi d’articuler sa pensée autour de la question du sens de l’expérience humaine que la beauté permet toujours d’ennoblir.

Il faut retenir qu’au-delà de la maîtrise dont fait montre son auteur, ce recueil doit être considéré comme une référence, mieux : une brillante réflexion conduite par un maître philosophe de la dignité humaine ayant le don rare d’entrer aisément en dialogue avec l’intelligence de ses lecteurs.

Bien qu’on y décèle l’aisance de l’érudit et du pédagogue devant les sujets abordés, il reste en effet que monsieur De Koninck a eu ici le souci constant de livrer une vision capable d’éclairer les lecteurs, même ceux qui sont moins attirés par les essais philosophiques.

Un ouvrage à lire et à relire, un incontournable même, surtout si on s’intéresse aux questions rattachées à la destinée humaine, que ce soit à titre de citoyen ordinaire, de chercheur universitaire ou d’étudiant.

Le livre Questions ultimes du philosophe Thomas De Koninck a reçu le très prestigieux prix du livre de l’Association canadienne de philosophie, 2012-1013.