Faits et chiffresFeatures and Figures

De l’efficacité de la politique de prévention et de dépistage dans la lutte contre le cancerThe 2003 report on cancer in France: prevention and screening policy[Record]

  • Isabelle Tratner

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  • Isabelle Tratner
    médecine/sciences,
    Faculté Xavier Bichat,
    16, rue Henri Huchard,
    75018 Paris, France.
    tratner@bichat.inserm.fr

La Commission d’orientation sur le cancer vient de publier son rapport, accompagné d’un certain nombre de recommandations, issu des données collectées de septembre à décembre 2002 auprès de 80 personnes intervenant dans le secteur de la cancérologie (professionnels de santé, associations de patients) ainsi qu’auprès de divers organismes spécialisés (DGS, DHOS, InVS, DSS, DGAS, DRT, DGEFP) [1]. Ce rapport, établi à la demande du gouvernement, doit permettre d’orienter les recherches et les mesures susceptibles d’améliorer la lutte contre le cancer, véritable problème de santé publique: le cancer est aujourd’hui en France la première cause de mortalité chez les hommes et la seconde chez les femmes, derrière les maladies cardio-vasculaires. En 1999, le cancer a été la cause d’environ 150000 décès. Les données épidémiologiques présentées dans ce rapport sont l’occasion de faire le point sur l’évolution de l’incidence des différents cancers en France, leur prévalence par sexe et par région, base des recommandations de la Commission d’orientation sur le cancer. Au cours des vingt dernières années, l’incidence et la prévalence du cancer en France ont augmenté de façon considérable (278000 nouveaux cas en 2000 contre 160000 en 1980). Cependant, l’examen comparé des taux d’évolution annuels moyens d’incidence et de mortalité de divers types de cancers entre 1978 et 2000, chez l’homme et la femme, pourrait donner quelques raisons d’être, sinon optimiste, du moins convaincu que la lutte contre le cancer a fait d’importants progrès depuis les années 1980 (Figures 1 et 2). Tout d’abord, globalement, la forte augmentation du nombre de cas de cancer diagnostiqués découle à la fois d’une plus grande longévité de la population et d’un diagnostic plus précis et plus précoce de nombreux cancers pour lesquels une véritable politique de dépistage a été mise en place. Pour au moins huit types de cancer répertoriés, différents chez l’homme et la femme, la mortalité a diminué dans les 20 dernières années. C’est, par exemple, le cas des cancers colorectaux, systématiquement et régulièrement recherchés dans les familles à risque. Dans certains cas, incidence et mortalité ont décru de façon similaire comme pour le cancer de l’estomac et la maladie de Hodgkin, quel que soit le sexe, le cancer du col de l’utérus chez la femme et les cancers du larynx, de l’oesophage et bucco-pharyngés chez l’homme. Pour le cancer de l’estomac, cette évolution est attribuée à des changements de comportement alimentaire (mode de conservation des aliments, moindre utilisation de saumures et salaisons), en même temps qu’aux progrès thérapeutiques récents d’éradication de la bactérie Helicobacter pylori, sans doute impliquée dans l’étiologie de ce cancer. La diminution des cancers du larynx, de l’oesophage et des voies aériennes supérieures chez l’homme est directement corrélée à la baisse du tabagisme. À l’inverse, les mêmes causes engendrant les mêmes effets, on observe chez les femmes, dont la consommation de tabac s’est accrue depuis les années 1960, une augmentation de l’incidence des cancers bucco-pharyngés et de l’oesophage, ainsi qu’une augmentation de l’incidence des cancers du poumon supérieure à celle de l’homme. La diminution importante de la mortalité associée aux cancers du col de l’utérus est une autre preuve de l’efficacité d’un dépistage précoce par frottis cervico-utérin et des avancées thérapeutiques dans le traitement des lésions pré-cancéreuses. Chez l’homme, bien que le cancer de la prostate soit en forte augmentation, du fait principalement d’un meilleur dépistage et de l’accroissement de la longévité ...

Appendices