Recensions

 

Le conservatisme à l’ère Trump, sous la dir. de Rafael Jacob et Julien Tourreille, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2018, 254 p.[Record]

  • Learry Gagné

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Dix ans avant Le conservatisme à l’ère Trump, paraissait aux Presses de l’Université du Québec un ouvrage collectif sur le conservatisme américain, sous la direction de Charles-Philippe David et de Julien Tourreille. En 2018, une révision s’impose, tant le visage politique de l’Amérique a changé. Tourreille s’associe alors à Rafael Jacob pour nous offrir un nouveau collectif, Le conservatisme à l’ère Trump. L’ouvrage débute avec un retour sur l’histoire du conservatisme américain par Amélie Escobar, des années 1950 à aujourd’hui. Elle rappelle les fondements philosophiques d’Edmund Burke et de Russell Kirk, et leur transformation, voire leur appropriation. Le tournant « radical » que l’on connaît actuellement aurait pris forme au milieu de la décennie 2000, culminant avec la crise financière et l’ascension de Barak Obama. Ce texte nous permet de reconnaître les nombreuses déclinaisons du conservatisme américain contemporain. Ensuite, Jacob propose une analyse chiffrée de la montée du populisme, à commencer par le mouvement Tea Party qui, selon lui, était motivé par la réduction des taxes, le retrait de l’État, la résistance au projet « Obamacare » et un constitutionnalisme « originaliste » (p. 23). Nous y apprenons que contrairement aux idées reçues, les militants conservateurs « purs et durs » n’ont pas appuyé Donald Trump lors des primaires de 2016. Sa victoire serait attribuable principalement à une opposition au libre-échange et à un populisme nationaliste digne de la politique du début du XXe siècle. Les deux chapitres suivants traitent des médias (Karine Prémont et Tristan Rivard) et des think tanks (Alexis Rapin). Les médias américains traditionnels ont subi d’importantes mutations au XXIe siècle : ils s’agglutinent de plus en plus en conglomérats, et l’opinion politique laisse place à l’information-spectacle. Les libéraux et les conservateurs consomment l’information de manière distincte. Les premiers ont tendance à diversifier leurs sources, alors que les seconds convergent surtout vers Fox News. Selon les auteurs, nous assisterions à un retour de l’information ouvertement partisane, comme il était de mise il y a un siècle. Les think tanks sont une autre facette de l’influence politique non étatique. Rivard nous apprend qu’alors que Ronald Reagan et les deux Bush (George H.W. père et George W. fils) ont largement puisé leurs conseillers et leurs secrétaires dans les rangs des think tanks conservateurs, ce n’est pas le cas de Trump qui préfère le monde des affaires et le Pentagone. Il y aurait donc présentement une certaine perte d’influence des think tanks, surtout ceux de facture néoconservatrice pourtant incontournables durant la guerre d’Irak. Le parti d’opposition démocrate est le sujet du chapitre de Christophe Cloutier-Roy. Il prend comme point d’ancrage l’ouvrage de John B. Judis et Ruy Texeira, The Emerging Democratic Majority, paru en 2002, qui prévoyait une domination du Parti démocrate fondée sur la trajectoire démographique du pays : les « WASP » (White Anglo-Saxon Protestants) en décroissance relative, des gains pour les hispanophones et une jeunesse plus libérale que celle des générations précédentes. Manifestement, les choses ne se sont pas passées comme prévu. Non seulement un républicain radical occupe la Maison-Blanche, mais son parti a dominé le Congrès depuis le début du siècle. L’erreur serait de nature géographique : on n’a pas bien compris le clivage urbain/rural ; or, dans le heartland, la démographie évolue différemment. Le Parti démocrate est contraint de se réinventer, d’où la montée d’une aile gauche de plus en plus vocale (et bravo à Cloutier-Roy pour avoir prévu en 2018 que Bernie Sanders et Elizabeth Warren seraient les leaders de ce mouvement !). Pour terminer, Philippe Fournier s’intéresse à l’extrême-droite. Il compare les mouvements américains à …