Restricted access to the most recent articles in subscription journals was reinstated on January 12, 2021. These articles can be consulted through the digital resources portal of one of Érudit's 1,200 partner institutions or subscribers. More informations

RecensionsBook Reviews

La santé des femmes au travail en Europe : des inégalités non reconnues par Laurent Vogel, Bruxelles : Bureau technique syndical, 2003, 387 p., ISBN 2-930003-48-0 aussi publié en anglais : The Gender Workplace Health Gap in Europe, ISBN 2-930003-49-9.[Record]

  • Karen Messing

…more information

  • Karen Messing
    Université du Québec à Montréal

Ce livre dirigé par le penseur syndical Laurent Vogel est plus qu’un portrait de la situation de la santé des femmes au travail en Europe. Pour emprunter une phrase à Catherine Teiger, il s’agit de représentations pour l’action. On veut mobiliser le mouvement syndical autour des problèmes des femmes, trop longtemps absents du domaine de l’action syndicale en Europe. En même temps on réfléchit sur les relations, en milieu syndical, entre les tendances féministes et les militants de la santé et la sécurité du travail (SST), sur les sciences, sur les inégalités dans les rapports sociaux et sur le travail en général. Le livre provient du Bureau technique syndical européen pour la santé et la sécurité, un centre permanent qui s’occupe de SST pour la Confédération européenne des syndicats et bénéficie d’un soutien financier de la Commission européenne. Sa parution est donc un signe très officiel d’un nouvel intérêt porté à la santé des femmes par les militants en santé-sécurité de l’Europe. En ceci, les Européens suivent l’exemple du Québec et cette dette est reconnue à plusieurs endroits dans le livre. Le traitement est organisé en quatre parties : la présentation des résultats d’une enquête menée dans les 15 pays de l’Union européenne originale, une revue de littérature, une revue de politiques et un groupe de neuf études de cas effectuées dans sept pays de l’Europe de l’Ouest. L’enquête a été menée en 2001-2002 en collaboration entre le BTS (Vogel) et des unités de recherche de l’Université libre de Bruxelles auprès de plus de 800 intervenants en santé et en sécurité du travail qui proviennent de syndicats, gouvernements et entreprises. La question posée semble être de décrire les pratiques concernant les rapports sociaux de sexe et la santé et la sécurité du travail. Il s’agit de pratiques de recherche mais aussi de campagnes ou d’activités de formation et d’information. Vogel synthétise et discute des réponses. Par exemple, trois typologies de pratiques sont relevées à partir des réponses, qui varient selon que la région soit scandinave, latine ou anglaise (cette dernière comprend les pays allemands). Il y a, entre autres, des variations dans le degré d’institutionnalisation d’analyses différenciées selon le sexe (fort en Scandinavie), de pratiques syndicales de communication entre les féministes et les syndicalistes (relativement fortes en pays latins mais en déclin actuellement, ce qui ressemble à la situation au Québec), et d’intégration des questions de genre dans les pratiques en SST (relativement forte au Royaume-Uni). S’ensuit une discussion assez intéressante de ce qui est inclus ou exclu des pratiques, en particulier des questions concernant le temps de travail et le rapport travail – hors travail, qu’il trouve sous-traité dans les milieux de la SST. Un avertissement cependant : ce chercheur décrit la recherche comme étant « qualitative », et il ne s’agit surtout pas d’une recherche positiviste classique. Le rapport des résultats ne répond pas aux canons de la recherche : le questionnaire n’est pas présenté, les résultats sont présentés par région mais le taux de réponse par région n’est pas fourni, idem pour les résultats selon le type de milieu. La recension d’articles scientifiques est assez surprenante pour des intervenants en SST : dans sa liste de périodiques examinées, les revues féministes (Travail Genre et Sociétés, les Cahiers du Genre) et les revues progressistes en SST (New Solutions et des revues syndicales européennes) côtoient les revues plus classiques (American Journal of Industrial Medicine, Ergonomics, PISTES). De ce mélange, et de ses multiples autres lectures, Vogel construit une discussion étoffée des indicateurs utilisés en SST, des bases de la division sexuelle du travail, de la construction sociale de la …