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Les théories du travail : les classiques, Dirigé par Daniel Mercure et Jan Spurk (2019) Québec : Presses de l’Université Laval, 280 pages. ISBN : 9-782763-740928

  • Abdellatif Gharyeni

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  • Abdellatif Gharyeni
    Étudiant au doctorat, Département des relations industrielles, Université Laval, Québec, Québec

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Cover of Volume 75, Number 2, Spring 2020, pp. 195-416, Relations industrielles / Industrial Relations

Sur le sujet du travail, que peuvent nous enseigner les philosophes de l’antiquité gréco-romaine ou les adeptes de la philosophie hégélienne? Daniel Mercure et Jan Spurk, qui pilotent neuf professeurs des deux côtés de l’Atlantique, viennent nous rappeler que nous ne pouvons pas avancer sur cette question sans connaître les fondamentaux théoriques de la sociologie. Dans un premier temps, les directeurs de cette publication se dissocient des nouvelles écoles de recherche qui prétendent nous présenter l’Économique dans un processus d’effacement historique ou de manipulation économétrique. Ils tentent, ensuite, de montrer que certaines identités sociales du travail doivent être identifiées (hiérarchie, valeur, intérêts, solidarité, mode de vie, motifs, transaction). Selon eux, ces identités ne sont pas choisies, forcées ou parachutées, mais elles se nourrissent d’un continuum de formes oligarchiques dans les sociétés occidentales, de l’aristocratie foncière jusqu’aux nouveaux héritiers de l’économie néo-classique. En consultant la table des matières, on s’attend à ce que les arguments des auteurs soient de nature philosophique, économique ou politique. Cependant, ces derniers les ont mobilisés afin de montrer comment l’évolution sémantique du travail ne peut pas être interprétée en dichotomie des contextes institutionnel, culturel et social qui les ont vu naître. En mettant l’accent sur les grands virages idéologiques survenus dans les sociétés occidentales, Mercure et Spurk nous proposent une nouvelle analyse interprétative des principaux cadres de référence sur le monde du travail. À travers une renégociation théorique du passé, ils tentent de mettre en relief les principales réflexions, conceptions et théories afin de brosser un portrait global du travail comme action et comme idée. Transversalement, les auteurs proposent une modélisation superposée de l’Histoire selon quatre phases (antiquité, ères préindustrielles, ères industrielle et post-industrielle) et à travers six locomotives de la modernisation dans le monde. De la Grèce aux États-Unis, en passant par l’Italie, la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne, les auteurs s’attardent aux travaux des grands érudits occidentaux. D’Hésiode et Xénophon jusqu’aux Webb et Commons, nous retrouvons plusieurs écrits occidentaux qui ont laissé des traces indélébiles. Plus spécifiquement, ce livre est divisé en onze chapitres. Outre la rédaction de l’introduction, les deux éditeurs ont écrit deux chapitres. Grâce à l’aspect chronologique de l’ouvrage, nous pouvons d’abord noter leur intérêt pour une partie intéressante de l’évolution de la pensée économique, soit l’école classique. Dans le cinquième chapitre, Mercure met en parallèle les débats entre les physiocrates et ceux de l’école écossaise sur les fondamentaux de l’économie de marché. À partir d’une analyse des deux principaux ouvrages d’Adam Smith (1759 ; 1776), il nous propose ensuite une nouvelle interprétation de l’Économie politique, du marché, de l’intérêt individuel, du rôle de l’État et des divisions technique et sociale du travail. En mettant l’accent sur le concept du travail dans la théorie de l’économie politique, Mercure sort du dicton classique du « laissez-faire » pour valoriser le rôle de l’État et mettre l’accent sur le travail comme source de « richesse des nations ». Dans le sixième chapitre, Spurk passe en revue les grands axes de la théorie de l’exploitation capitalistique. Ainsi, nous passons d’un raisonnement en termes de marchandisation du travail, particulièrement chez Ricardo et Smith, au travail salarié en tant que rapport social qui dépasse sa valeur abstraite ou la partie variable du capital. En outre, Spurk nous rappelle non seulement les contradictions de l’économie de marché et les limites de l’économie politique, mais également les dérives dans les interprétations de certains marxistes des thèses des fondateurs de ce courant de pensée. Dans l’ensemble, ce chapitre est une occasion de mieux saisir la dualité entre certains concepts-clés (ex., force de travail et plus-value, liberté et bien public, …