You are on Érudit's new platform. Enjoy! Switch to classic view

Recensions

Espinosa, G. (2003). L’affectivité à l’école. Paris : Presses universitaires de France

  • Hélène Larouche

…more information

  • Hélène Larouche
    Université de Sherbrooke

Article body

Ce volume présente la recherche doctorale de Gaëlle Espinosa sur la relation maître-élève dans sa dimension affective en lien avec la réussite éducative. La première partie, qui comprend trois chapitres, est consacrée à une revue des écrits sur la relation pédagogique afin de mieux comprendre son fonctionnement. En se plaçant du point de vue de l’élève, l’auteure décrit son triple rapport : à l’école, au savoir et à l’enseignant. Ce triple rapport permet à l’élève de donner du sens à sa réalité, à son métier d’élève, soit de se transformer et d’évoluer. Il semble que l’élève en difficulté scolaire accorde une plus grande importance à la relation affective avec l’enseignant, alors que l’élève qui réussit privilégie une relation plus professionnelle. Cette première partie amène la chercheure à défendre l’hypothèse que l’élève détient un pouvoir dans son « chemin scolaire » qui se traduit par une certaine façon de penser : « L’élève se révèle donc, dans cette conception, l’“élément” décisionnel et déterminant dans son engagement dans un “chemin scolaire” de réussite ou dans un “chemin scolaire” de difficulté, voire d’échec » (p. 48). La deuxième partie vise à vérifier la pertinence et la validité d’une telle « pensée de l’élève » par une enquête sur le terrain. Trois chapitres présentent les résultats des 30 entretiens semi-directifs menés auprès d’élèves de CE2 (âgés de 7 à 8 ans) et de seconde (âgés de 14 à 17 ans), répartis selon leur réussite ou leurs difficultés scolaires. Les analyses basées sur le repérage des spécificités contrastées ont permis de confirmer les trois hypothèses générales : 1) l’affectivité joue un rôle non négligeable dans la relation maître-élève et dans le rapport à la « chose scolaire » ; 2) cette relation pèse sur le chemin scolaire qui vient affecter le rapport à la chose scolaire ; et 3) le chemin scolaire se traduit dans une pensée de l’élève.

D’un point de vue critique, le plus grand intérêt de l’ouvrage est de donner la parole aux élèves pour mieux comprendre leur attitude face à l’école. À titre d’exemple, les élèves en réussite expliquent leur sérénité face aux interrogations écrites par l’effort fourni, alors que ceux en difficulté expliquent leur perte de moyens par la panique, le manque de compréhension et de travail. Cependant, bien que les encadrés à la fin des trois premiers chapitres fournissent un rappel pertinent des principaux concepts retenus, le manque de cadre épistémologique laisse le lecteur en appétit. La chercheure apporterait une plus grande cohérence à son volume en dégageant sa propre conception d’une relation pédagogique qui inclue la dimension affective. À cet effet, la thèse de la « pensée de l’élève » à la fin du troisième chapitre apporte une contribution un peu plus originale à l’étude tout en offrant une certaine grille de lecture pour comprendre la deuxième partie de l’ouvrage. En effet, la deuxième partie demande un réel effort de concentration pour garder en tête l’objet de la recherche. Les synthèses présentées sous forme de tableaux représentent un moyen peu concluant pour aider le lecteur à garder le fil. La force de l’ouvrage, dans sa pertinence à donner la parole, devient ici le principal défaut dans le choix d’une présentation dense d’extraits d’entrevues pour valider les hypothèses de l’auteure. Une explication de la démarche d’analyse aurait sans doute apporté une contribution appréciable à la rigueur méthodologique de l’étude tout en structurant la présentation des résultats.