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In memoriam Frédéric Grunberg (1927-2003)

  • Manuel Serrano

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  • Manuel Serrano
    m.d.

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Les morts sont invisibles, ils ne sont pas absents

Saint Augustin

Frédéric Grunberg nous a quittés au terme d’une vie intense et rayonnante au sommet d’une oeuvre d’une exceptionnelle richesse.

Originaire d’Alexandrie (Égypte), le docteur Grunberg a complété brillamment des études de médecine à Montpellier où il décrocha le prix de thèse Montpellier Medical et fut nommé lauréat de la Faculté. Il a reçu une formation en psychiatrie à l’Université de Londres et aux prestigieuses institutions Bethleen Royal et Maudsley Hospitals. Émigré au Canada en 1955, il débutera sa carrière comme psychiatre puis comme directeur des services psychiatriques du gouvernement de la Saskatchewan. Entre 1967 et 1975, il exerce dans l’État de New York où il sera désigné Deputy Commissioner au Department of Mental Hygiene et Chief in Patient Psychiatric Services au Albany Medical College Hospital.

Francophile de coeur et d’esprit et voulant travailler et vivre en français, le docteur Grunberg s’installe au Québec et il choisit de travailler à l’hôpital Louis-H. Lafontaine. Il y exercera la fonction de directeur de l’enseignement entre 1976 et 1990 tout en gravissant rapidement les grades académiques à l’Université de Montréal jusqu’au poste de professeur titulaire au Département de psychiatrie.

Il serait long et fastidieux de citer ici ses nombreuses publications, les prix et distinctions qu’il a mérités, et les nombreuses sociétés savantes dont il fut membre. Mentionnons cependant qu’il a été président de l’Association des médecins psychiatres du Canada en 1985 et qu’il a reçu le Prix d’excellence académique du Département de psychiatrie de l’Université de Montréal (1991), le Life Fellow de l’APA en 1997 et le prix Heinz E. Lehmann d’excellence en psychiatrie de l’Association des médecins psychiatres du Québec également en 1997.

Doté d’une culture encyclopédique et d’une grande ouverture d’esprit, Frédéric Grunberg s’est impliqué dans plusieurs domaines de la psychiatrie. Son autorité est reconnue plus particulièrement au niveau médico-légal et éthique. Depuis 1991 et jusqu’au 26 août 2003, il dirigea le module de bioéthique et psychiatrie légale de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine et il présida le comité d’éthique de la recherche au Centre de recherche Fernand-Seguin. Il fut également membre fondateur du Conseil national de l’éthique et de la recherche chez l’humain (1988-1993). Sa notoriété dans le monde de l’expertise médicale est bien connue. La défense des droits des malades a été l’un de ses chevaux de bataille. Attiré par le mouvement de psychiatrie sociale, il s’est intéressé au rôle des troubles mentaux dans le problème du suicide au Québec. Il a soutenu le développement de la première étude canadienne à cas témoin sur la question, et a vu les résultats publiés tant dans l’American Journal of Psychiatry que dans Santé mentale au Québec.

Malgré toutes ses réalisations, Frédéric Grunberg, est toujours resté très proche de la clinique et de l’enseignement. Il aimait rappeler la distinction que faisant Henri Ey entre le « maître à penser » et le « maître à panser ». Dans son enseignement et sa pratique, il a toujours tenté de concilier ces deux rôles essentiels d’un professeur-clinicien. C’est pourquoi la psychiatrie telle qu’il l’a enseignée ne se limitait pas à la théorie et a toujours été empreinte de connaissances cliniques et de bon sens. Il aura été un éveilleur remarquable pour ceux qui ont eu la chance de le côtoyer.

Homme authentiquement modeste, il a vécu dans cette aversion du culte de la personnalité que lui permettait son sens profond de l’humour et sa dimension humaniste et libérale.

Ayant eu le privilège de le visiter jusqu’au terme de sa vie, je peux témoigner du courage lucide avec lequel il a affronté l’issue fatale qui s’avançait à jours comptés. Il aura trouvé la façon de nous donner une dernière leçon, celle de la sérénité devant le moment indicible du non-retour. Une bougie qui se consume diminue objectivement, pourtant à chaque instant sa flamme brille d’un égal éclat…

Je voudrais me faire ici le porte-parole de ses collègues et de ses nombreux élèves (parmi lesquels, j’ai l’honneur de me compter) pour souligner cette carrière exceptionnelle et bien remplie.

Que la famille reçoive de notre part, l’expression de nos sincères condoléances, que son épouse trouve ici l’expression de notre profond respect pour tout ce que Frédéric Grunberg a pu accomplir avec son aide et son soutien indéfectible.

Cet homme vivra dans nos mémoires.