Volume 57, Number 1, Spring 2025 La sociologie à l’épreuve du vide Sociology Facing Emptiness Guest-edited by Denis Laforgue, David Mélo and Frédérique Giuliani
Table of contents (16 articles)
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In memoriam. Guy Rocher (1924-2025)
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In memoriam. Robert Sévigny, un scientifique bâtisseur infatigable de ponts, professeur émérite, département de sociologie, décédé le 13 mai 2025
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Introduction du numéro : vide du social, vides dans le social
Partie 1. Des formes de l’expérience du vide dans des sociétés individualistes
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Le fragile au bord du vide à travers la culture populaire de masse : ouvrir l’imagination sociologique avec Spider-Man, The Sinner, The Bridge et Seven Seconds
Philippe Corcuff
pp. 37–56
AbstractFR:
Cet article suit les chemins de la fragilité, comme notion-passage entre le plein et le vide. Quatre figures de la fragilité sont explorées à travers la culture populaire de masse : celle de l’héroïsme de la fragilité dans les films Spider-Man de Sam Raimi, celle des fragilités mélancoliques dans la série The Sinner, celle du personnage « pas fini » de Sonya Cross dans la série The Bridge et celle du déplacement entre précipice et renouveau dans la mini-série SevenSeconds. Ces oeuvres de la culture populaire de masse sont analysées dans le cadre d’une méthodologie des « jeux de langage » inspirée de Ludwig Wittgenstein. Il ne s’agit pas de remplacer le coeur théorique-empirique de la sociologie, mais d’aider, de manière périphérique, à ouvrir « l’imagination sociologique » (au sens de Charles Wright Mills) sur des questions auxquelles la sociologie s’intéresse peu ou de manière trop partielle.
EN:
This article follows paths of fragility, as a conceptual link (“notion-passage”) between fullness and emptiness. Four figures of fragility are explored in popular culture : the heroism of fragility in Sam Raimi’s Spider-Man movies, the melancholic fragilities in the series The Sinner, the “unfinished” character of Sonya Cross in the series The Bridge and the movement between precipice and renewal in the mini-series Seven Seconds. These works of popular culture are analyzed within a methodological framework inspired by Ludwig Wittgenstein’s “language games”. The aim is not to replace the theoretical-empirical core of sociology, but to help open up the “sociological imagination” (in the sense of Charles Wright Mills) to peripheral issues in which sociology takes little or too partial an interest.
ES:
Este artículo aborda los caminos de la fragilidad, como noción-pasaje entre lo pleno y lo vacío. Se exploran cuatro figuras de la fragilidad a través de la cultura popular de masas : la del heroísmo de la fragilidad en las películas de Spiderman de Sam Raimi, la de las fragilidades melancólicas en la serie The Sinner, la del personaje « inacabado » de Sonya Cross en la serie The Bridge y la del desplazamiento entre el precipicio y la renovación en la miniserie Seven Seconds. Estas obras de la cultura popular de masas son analizadas con una metodología de « juegos de lenguaje » inspirada en Ludwig Wittgenstein. No se trata de reemplazar el núcleo teórico-empírico de la sociología, sino de contribuir, de manera periférica, a abrir la « imaginación sociológica » (en el sentido de Charles Wright Mills) hacia cuestiones por las que la sociología se interesa poco o de manera demasiado parcial.
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L’expérience du « vide » : une sociologie des états existentiels
Marie-Chantal Doucet
pp. 57–80
AbstractFR:
Cet article propose une sociologie des états existentiels à partir de l’expérience du vide, appréhendée comme une déconnexion du rapport au monde dans la modernité avancée. S’appuyant sur une recherche menée auprès de jeunes adultes nés dans les années 1990, il examine comment la socialisation précoce et la pluralité des possibles reconfigurent la condition existentielle contemporaine. Au-delà de la capacité à réussir sa vie selon les normes de performance largement intégrées par les individus, d’autres enjeux se dessinent aujourd’hui : ceux de l’élargissement des possibles et du recul du seuil de l’impossible. La promesse de liberté portée par la modernité qui accorde à chacun la faculté de se construire une place singulière dans le monde s’accompagne d’une incertitude croissante sur la voie à suivre. Les indécisions existentielles — être d’ici ou d’ailleurs, avoir ou non des enfants, vivre seul ou en couple, privilégier l’amour ou l’amitié — nourrissent ainsi un sentiment d’inadéquation persistant entre un trop-plein de possibles et une certaine absence de résonance.
EN:
This article proposes a sociology of existential states based on the experience of emptiness, understood as an experience of being disconnected from the world under late modernity. Based on research with young adults born in the 1990s, it considers how early socialization and the plurality of possibilities reconfigure contemporary existential conditions. Beyond a capacity to succeed in life according to standards of performance that have mostly been integrated individually, other issues have arisen around an expansion of what’s possible and the receding horizon of impossibility. Modernity’s promise of freedom, under which each individual can build a unique place in the world, is accompanied by a growing uncertainty around which paths to take. Existential indecision—whether to be here or elsewhere, to have kids or not, to live alone or in a couple, to prioritize love or friendship—feeds into a persistent feeling of inadequacy between an overflow of possibilities and a certain lack of resonance.
ES:
Este artículo propone una sociología de los estados existenciales a partir de la experiencia del vacío, entendida como una desconexión de la relación con el mundo en la modernidad avanzada. Basándose en una investigación realizada con adultos jóvenes nacidos en los años 1990, se examina cómo la socialización precoz y la pluralidad de posibilidades reconfiguran la condición existencial contemporánea. Más allá de la capacidad de tener éxito en la vida según las normas de desempeño ampliamente integradas por los individuos, hoy se perfilan otros retos : la ampliación de lo posible y el retroceso del umbral de lo imposible. La promesa de libertad inherente a la modernidad, que otorga a cada uno la facultad de forjarse un lugar propio en el mundo, viene acompañada de una incertidumbre creciente sobre el camino a seguir. Las indecisiones existenciales — ser de aquí o de allá, tener o no hijos, vivir solo o en pareja, priorizar el amor o la amistad — alimentan así un sentimiento persistente de inadecuación entre un exceso de posibilidades y una cierta ausencia de resonancia.
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À l’intersection du veuvage et de la retraite : l’émergence du vide social à Ouagadougou, Burkina Faso
Yisso Fidèle Bacyé, George Rouamba and Moubassiré Sigué
pp. 81–102
AbstractFR:
Cet article analyse les formes de solitudes des personnes qui se trouvent à l’intersection de la retraite et du veuvage dans la ville de Ouagadougou. Si la personne était jusqu’alors dépositaire d’un capital social constitué de la parentèle et des collègues, la retraite et le veuvage marquent une désagrégation de ce capital, par l’étiolement du réseau social. Comment les personnes veuves vivent-elles la solitude dans la ville de Ouagadougou ? L’objectif de cette recherche est de comprendre les différentes formes de solitudes auxquelles sont exposées les personnes veuves et les mécanismes de résistance qu’elles mettent en place. Pour réaliser cette recherche, nous avons adopté la méthode qualitative, que nous avons mise en oeuvre à travers la réalisation d’entretiens individuels et d’une recherche documentaire. L’analyse des données a été thématique. Les résultats montrent que le vide social s’exprime par trois formes de solitude : relationnelle, émotionnelle et structurelle. Les relations de collégialité ne survivent pas à la retraite. La cohabitation intergénérationnelle, en exacerbant la vulnérabilité économique des ménages, est une opportunité de résistance au vide social. En outre, les personnes veuves entreprennent diverses actions de divertissement.
EN:
This article analyzes the forms of loneliness experienced by people at the intersection of retirement and widowhood in the city of Ouagadougou. While these individuals previously enjoyed social capital in the form of family and colleagues, retirement and widowhood mark a disintegration of this capital as their social network dwindles. How do widowed people experience loneliness in the city of Ouagadougou ? The objective of this research is to understand the different forms of loneliness to which widowed people are exposed and the coping mechanisms they put in place. This research was carried out using qualitative methods, in the form of individual interviews and documentary research. The data was analyzed thematically. The results show that social isolation is expressed through three forms of loneliness : relational, emotional and structural. Collegial relationships don’t survive retirement. Intergenerational cohabitation, by exacerbating the economic vulnerability of households, is an opportunity to resist social isolation. Additionally, widows and widowers engage in a variety of leisure activities.
ES:
Este artículo analiza las formas de soledad de las personas que se encuentran en la intersección de la jubilación y de la viudez en la ciudad de Uagadugú. Si bien la persona era hasta ese momento, depositaria de un capital social constituido por la familia y los colegas, la jubilación y la viudez marcan una desintegración de ese capital debido a la debilitación de la red social. ¿Cómo viven la soledad las personas viudas en la ciudad de Uagadugú ? El objetivo de esta investigación tiene es comprender las distintas formas de soledad a las que están expuestas las personas viudas y los mecanismos de resistencia que implementan. Para realizar esta investigación, adoptamos el método cualitativo, aplicado a través de entrevistas individuales y una investigación documental. El análisis de datos fue temático. Los resultados muestran que el vacío social se manifiesta a través de tres formas de soledad : relacional, emocional y estructural. Las relaciones de colegialidad no sobreviven a la jubilación. La convivencia intergeneracional, al exacerbar la vulnerabilidad económica de los hogares, representa una oportunidad para resistir al vacío social. Además, las personas viudas se implican en diversas actividades de entretenimiento.
Partie 2. La production paradoxale du vide dans et par les institutions : entre évidement et conduites créatrices
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Murmures entre quatre murs : le retrait des personnes détenues, révélateur de la dégradation en prison
Corinne Rostaing
pp. 105–127
AbstractFR:
Cet article porte sur les personnes détenues qui sont ou se mettent en retrait, celles qui ne sortent quasiment pas de leur cellule. Il explore d’une part, une dimension proprement méthodologique visant à réfléchir aux manières d’aller à la rencontre de ces personnes difficilement accessibles et, d’autre part, une dimension plus théorique, sur l’intérêt heuristique de prendre en compte leurs discours.
L’analyse de ces rencontres nous en apprend beaucoup sur l’expérience carcérale, particulièrement sur le processus de dégradation. Car ces personnes vivent un emprisonnement total, entre les quatre murs de la cellule et cumulent des formes de non-identité, de non-participation et de non-présence. Plus que d’autres, elles ont le sentiment de « n’être plus rien », de « ne rien faire » ou de « n’avoir plus rien à perdre ». L’analyse de ces riens, et de leurs effets sociaux, a démontré que le « rien » n’est jamais vraiment rien.
EN:
This article considers the experiences of detained persons who have withdrawn themselves and almost never leave their cells. On the one hand, it explores methodological questions of how to reach individuals hard-to-reach while, on the other hand, addressing more theoretical aspects around the heuristic interest of considering their experiences.
An analysis of these meetings tells us a great deal about carceral experiences, especially about the process of degradation. These people experience total imprisonment, between the four walls of their cells, and accumulate forms of non-identity, non-participation and non-presence. More than anyone, they feel as though they “are nothing” and “have nothing left to lose.” An analysis of this nothing, and its social impacts, shows that “nothing” is never really nothing.
ES:
Este artículo trata sobre las personas detenidas que viven en situación de retraimiento, aquellas que casi no salen de sus celdas. Por una parte, se explora una dimensión propiamente metodológica que busca reflexionar sobre las maneras de acercarse a estas personas retraídas y por otra parte, se analiza una dimensión más teórica sobre el interés heurístico de tomar en cuenta sus discursos.
El análisis de esos encuentros nos revela mucho sobre la experiencia carcelaria, particularmente sobre el proceso de degradación. Estas personas viven un encarcelamiento total, entre las cuatro paredes de la celda, y acumulan formas de no-identidad, de no-participación y de no-presencia. « Más que otras, estas personas internas tienen el sentimiento de « no ser ya nada », de « no hacer nada » o de « no tener ya nada que perder ». El análisis de estas « nadas », y de sus efectos sociales ha demostrado que la « nada » nunca es realmente nada.
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Des trous dans la socialisation : regards sur la vie collective des enfants en crèche
Pascale Garnier, Catherine Bouve and Carmen Sanchez
pp. 129–151
AbstractFR:
Considérer « le vide » dans la vie des enfants en crèche nous invite à un regard de biais. Il ne s’agit pas d’ignorer « le plein » des attendus d’une vie en collectivité, mais de traquer ce qui lui échappe et ce qu’il peut donner à voir en creux, notamment des « détails particuliers » a priori non pertinents (Piette, 1996). Alors que les théories classiques de la socialisation restent souvent attachées à une vision « sursocialisée » de la vie sociale (Wrong, 1961), nous cherchons à rendre compte à travers ces « détails » d’une pluralité des modes de présence des jeunes enfants, qui se trame entre docilité et résistance, significative d’une existence singulière. L’observation des tout-petits et l’interprétation de ce qu’ils font ou ne font pas revêtent dès lors des enjeux méthodologiques essentiels, où se jouent également, en situation, le regard et l’intervention des professionnelles des crèches.
EN:
Considering “the emptiness” in the lives of children in daycare invites us to look at things from a new angle. It is not a question of ignoring “the fullness” of the expectations of collective life, but of tracking down what escapes it and what is revealed hiding in the background, especially in “particular details” that are a priori irrelevant (Piette, 1996). Whereas classical theories of socialization often remain attached to an “over-socialized” vision of social life (Wrong, 1961), through these “details” we seek to account for a plurality of modes of presence of young children that are woven between docility and resistance—significant of a singular existence. The observation of toddlers and the interpretation of what they do or don’t do raises essential methodological issues, where the gaze and intervention of daycare professionals are also at play in the situations.
ES:
Considerar el « vacío » en la vida de los niños en la guardería nos invitar a adoptar una mirada crítica. No se trata de ignorar el « conjunto » de las expectativas de la vida en comunidad, sino de rastrear lo que se le escapa y lo que esto puede revelar de forma implícita, especialmente los « detalles particulares » a priori irrelevantes (Piette, 1996). A diferencia de las teorías clásicas de la socialización a menudo ligadas a una visión « supersocializada » de la vida social (Wrong, 1961), buscamos dar cuenta, a través de estos « detalles », de una pluralidad de modos de presencia de los niños pequeños que se trama entre la docilidad y la resistencia, significativa de una existencia singular. La observación de los niños pequeños y la interpretación de lo que hacen o dejan de hacer adquieren, por lo tanto, desafíos metodológicos esenciales, donde también entran en juego, la mirada y la intervención de los y las profesionales de parvularios en esas situaciones específicas.
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Le plein et le vide comme balises tropiques
Roland Raymond
pp. 153–179
AbstractFR:
Cet article propose de penser sociologiquement la consubstantialité des dimensions de plein et de vide, à travers l’étude de la thématique de la « transition énergétique », laquelle me semble particulièrement exemplaire. L’article développe l’idée suivante : la logique politico-technico-marchande qui préside à la conception du modèle de la « transition énergétique » plébiscitée et formalisée par les acteurs éminents alimente simultanément un plein et un vide. Elle construit et produit un plein intellectuel et procédural d’un côté (première balise tropique), et concomitamment un vide cognitif et actanciel de l’autre (deuxième balise tropique). Ce vide prend notamment consistance à l’échelle des « publics cibles » censés devenir mécaniquement les sujets de la transition. Ce qui ne les empêchera pas d’incarner, autrement qu’en tant que simple « sujet » de la « transition énergétique », des réflexions et des conduites énergétiques créatives. J’en ferai la démonstration, en analysant plus particulièrement, d’un côté, le logos, la règle de l’impératif, la grammaire constitutive des « écogestes », des « prêts-à-penser » et des « prêts-à-agir » qui participent de cet objet social qu’est devenue la « transition énergétique », de l’autre, la nature des situations, le prima de l’oblatif sur l’impératif, et surtout les logiques d’enquête et la grammaire des situations à partir desquelles des acteurs ordinaires sont amenés à élaborer et à incarner un monde en relation avec la question énergétique qui est bien différent de celui qui a été envisagé et conçu.
EN:
This article proposes to think sociologically about the consubstantiality of fullness and emptiness through a thematic study of the “energy transition,” which occurs as an ideal example. This article develops on the following idea : the political-technical-commercial logic that presides over development of the “energy transition” model, adopted and formalized by leading actors, sustains a simultaneous fullness and emptiness. On the one hand, it constructs and produces an intellectual and procedural fullness (first tropical beacon) and, concomitantly, a cognitive and actantial emptiness (second tropical beacon). This emptiness is particularly evident at the scale of “target audiences,” which are expected to mechanically transform into subjects of the energy transition. However, this won’t stop them from embodying, as more than simple “subjects” of the “energy transition,” reflections and creative energetic conduits. This is demonstrated through an analysis, on the one hand, of the logos, the rule of the imperative, the constitutive grammar of “ecological actions,” “ready-to-thinks” and “ready-to-acts” that participate from the social object that the “energy transition” has become and, on the other hand, of the nature of the situations, the prima of the oblative on the imperative, and especially the logics of investigation and the grammar of the situations from which ordinary actors are called to elaborate and embody a world in relationship with the question of energy that is altogether different from the one that has been envisaged and conceived.
ES:
Este artículo propone pensar desde un punto de vista sociológico la consustancialidad de las dimensiones de lo pleno y lo vacío a través del estudio de la temática de la « transición energética », que me parece particularmente ejemplar. El artículo desarrolla la idea siguiente : la lógica político-técnico-mercantil que rige la concepción del modelo de « transición energética », respaldado y formalizado por actores eminentes, genera simultáneamente un pleno y un vacío. Por una parte, construye y produce un pleno intelectual y procedimental (primer indicador trópico) y por otra parte, al mismo tiempo, un vacío cognitivo y argumental (segundo marcador trópico). Este vacío se materializa particularmente a nivel de los « públicos meta » que supuestamente deben convertirse mecánicamente en los sujetos de la transición. Esto no les impedirá figurar reflexiones y conductas energéticas creativas, más allá de su papel como simples « sujetos » de la « transición energética ». Lo demostraré analizando, por un lado, el logos, la regla del imperativo, la gramática constitutiva de los « ecogestos », de los « pensamientos prefabricados » y de las « soluciones preconfiguradas » que forman parte de este objeto social en el que se ha convertido la « transición energética ». Por otra parte, analizaré la naturaleza de las situaciones, la primacía de lo voluntario sobre lo imperativo, y, sobre todo, las lógicas de investigación y la gramática de las situaciones a partir de las cuales los actores ordinarios logran configurar y materializar un mundo en relación con la cuestión energética, muy diferente del que fue previsto y diseñado.
Partie 3. Des mécanismes de minoration et de conjuration du vide dans la vie sociale
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Habiter entre le plein et le vide : esquisse d’une théorie de l’enchantement de l’ordinaire
Edgar Tasia
pp. 183–203
AbstractFR:
Dans ce texte, j’interroge le rapport dialectique, sociologique et existentiel entre le vide et le plein ordinaires : ce qui fait, en d’autres termes, l’ordinarité de l’existence et ce qui fait que cette ordinarité puisse venir à manquer. Pour ce faire, j’esquisse, à l’aide d’une lecture serrée des travaux du sociologue Emmanuel Belin, le contour d’une théorie de l’enchantement ordinaire. Je démontre en quoi les dispositifs sociomatériels de soutien sont nécessaires au maintien de la fluence de l’ordinaire ; en quoi, sans eux, la vie peut devenir invivable, vidée de son sens et de son ordre. Pour illustrer mon propos, je m’aide d’un exemple ethnographique du quotidien — celui de l’aménagement du foyer —, issu d’une précédente recherche sur les Home Organisers, ces professionnel·les de l’organisation et du rangement. Enfin, je conclus sur quelques remarques d’ordre méthodologique destinées à dégager des pistes pour de futures enquêtes ethnographiques sur l’enchantement de l’ordinaire.
EN:
In this text, I interrogate the dialectical, sociological and existential relationship between an emptiness and fullness of the ordinary. In other words, what makes existence ordinary and what makes it such that this ordinariness is missing. To that end, I make use of a close reading of sociologist Emmanuel Belin’s work to outline a theory of ordinary enchantment. I show how the support of sociomaterial devices are necessary to maintaining the flow of the ordinary, without which life can become unlivable, emptied of its sense and order. To illustrate my argument, I draw on an ethnographic example from daily life, home organization, based on earlier research on Home Organizers, professionals who advise on storage and organization. Finally, I conclude with certain methodological notes to guide possible future ethnographic studies of ordinary enchantment.
ES:
En este texto, cuestiono la relación dialéctica, sociológica y existencial entre lo vacío y lo pleno en lo cotidiano : en otros términos, lo que compone lo corriente de la existencia y lo que hace que esa cotidianeidad pueda llegar a faltar. Para ello, mediante una lectura minuciosa de la obra del sociólogo Emmanuel Belin, esbozo el contorno de una teoría del encantamiento cotidiano. Demuestro de qué manera los dispositivos sociomateriales de apoyo son necesarios para mantener la fluidez del cotidiano ; y cómo, sin ellos, la vida puede volverse invivible, despojada de su sentido y de su orden. Para ilustrar mi argumento, recurro a un ejemplo etnográfico de la vida cotidiana : la organización del hogar. Éste se inspira de una investigación previa sobre los Home Organisers, profesionales de la organización y el orden doméstico. Finalmente, concluyo con algunas observaciones de carácter metodológico destinadas a abrir pistas para futuras investigaciones etnográficas sobre el encantamiento de lo cotidiano.
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Penser les formes sociales d’effacement au camp Spirit Lake : « Être hanté » comme mode d’appréhension du vide et méthode de production des savoirs sur le passé
Audrey Rousseau
pp. 205–235
AbstractFR:
Cet article vise, dans un premier temps, à expliquer la proposition de « haunting » d’Avery F. Gordon (2008) — traduite en français par l’action de hanter ou d’être hanté. Celle-ci rend visibles les traces de violence sociale en interrogeant les silences de l’histoire et ses formes d’effacement par l’intermédiaire de la figure sociale du « fantôme » (ghost). Dans un deuxième temps, pour mettre à l’épreuve ce langage et cette méthode, il sera question d’étudier les « vides » liés à la présence et au traitement des femmes et des enfants internés au camp Spirit Lake (1915-1917, Québec) durant la Première Guerre mondiale. À partir d’une analyse exploratoire de sources primaires et secondaires, la démarche produira une trame explicative renouvelée des dynamiques sociopolitiques et culturelles entourant le travail invisible des femmes, les discriminations raciales envers les populations immigrantes non naturalisées, la peur et la rumeur comme moteur de cohésion du groupe dominant et ce qui persiste au-delà de la fermeture du camp.
EN:
This article begins with an explanation of Avery F. Gordon’s (2008) concept of “haunting,” which seeks to make the traces of social violence visible by questioning history’s silences and forms of erasure through the social figure of the “ghost.” It then moves on to test this language and method by examining the “voids” related to the presence and treatment of women and children interned during the First World War at the Spirit Lake camp (1915-1917, Quebec). Based on an exploratory analysis of primary and secondary sources, this approach provides a renewed understanding of the sociopolitical and cultural dynamics surrounding the invisible work of women, racial discrimination against non-naturalized immigrant populations, fear and rumour as drivers of cohesion within the dominant group, and what persists beyond the camp’s closure.
ES:
Este artículo se propone, en primer lugar, explicar la propuesta de « haunting » de Avery F. Gordon (2008), traducida al francés como el acto de embrujar o estar embrujado. Esta propuesta hace visibles las huellas de la violencia social al cuestionar los silencios de la historia y sus formas de hacer desaparecer a través de la figura social del « fantasma » (ghost). En segundo lugar, para poner a prueba este lenguaje y este método, se estudiarán los « vacíos » vinculados a la presencia y al trato de las mujeres y los niños internados en el campo Spirit Lake (1915-1917, Quebec) durante la Primera Guerra Mundial. A partir de un análisis exploratorio de fuentes primarias y secundarias, el proceso construirá una trama explicativa renovada de las dinámicas sociopolíticas y culturales que rodean el trabajo invisible de las mujeres, las discriminaciones raciales hacia las poblaciones migrantes no naturalizadas, el miedo y el rumor como motor de cohesión del grupo dominante y aquello que persiste tras el cierre del campo.
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De quoi est fait le vide ? L’indétermination sociale du résistant Emmanuel d’Astier durant l’entre-deux-guerres
Aurélien Raynaud
pp. 237–262
AbstractFR:
Le désir de se faire un nom, connu et reconnu, est le principe qui gouverne la trajectoire du journaliste et résistant Emmanuel d’Astier. Or durant l’entre-deux-guerres, c’est l’incapacité à satisfaire ce désir qui domine. Fait pour un monde en train de disparaître, d’Astier flotte dans le monde social. Il connaît ainsi durant les années 1920 et 1930 un parcours erratique, produit de la quête longtemps déçue d’un rôle social à même de lui octroyer la reconnaissance publique qu’il espère. La vie indolente qu’il mène, dominée par le désoeuvrement, nourrit en lui un sentiment de vide et une profonde insatisfaction. À partir de l’étude du « cas d’Astier », cet article interroge à la fois l’expérience sociale du vide et ses déterminants sociaux.
EN:
The desire to make a name for himself, to be known and recognized, was the principle that governed the career of journalist and resistance fighter Emmanuel d’Astier. However, the inter-war years were defined by his inability to satisfy that desire. Made for a world that was disappearing, d’Astier floated through society. His life during the 1920s and 1930s was erratic, the product of a long and unsuccessful quest to find a social role that would give him the public recognition he hoped for. The indolent life he led, dominated by idleness, nurtured a sense of emptiness and deep dissatisfaction. Based on a study of the “d’Astier case,” this article examines both the social experience of emptiness and its social determinants.
ES:
El deseo de hacerse conocer y de ser reconocido, es el principio que guía la trayectoria del periodista y miembro de la resistencia Emmanuel d’Astier. Sin embargo, en el periodo de entreguerras domina la incapacidad de satisfacer ese deseo. Hecho para un mundo en vías de desaparición, d’Astier flota en el mundo social. Durante las décadas de 1920 y 1930, experimenta así un recorrido errático, producto de la búsqueda por largo tiempo frustrada de un rol social que le otorgue el reconocimiento público al que aspira. La vida indolente que lleva, dominada por la inacción y el desaliento, alimenta en él un sentimiento de vacío y una profunda insatisfacción. A partir del estudio del « caso d’Astier », este artículo interroga tanto la experiencia social del vacío como sus determinantes sociales.
Hors thème
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L’espace des styles de vie des Français : entre différenciation et distinction
Hervé Glevarec
pp. 265–304
AbstractFR:
La sociologie des styles de vie décrit et explique la configuration des pratiques et valeurs des individus ou groupes sociaux. Elle s’appuie sur un modèle de stratification sociale structuré par les ressources économiques et le niveau de qualification, perçue comme une manifestation de distinction sociale. Depuis l’après-guerre, la démocratisation des biens de consommation et l’expansion du champ culturel ont conduit à l’émergence d’une vision différentialiste des styles de vie. Ces deux modèles sont testés grâce à une analyse statistique des données de l’enquête TGI de Kantar, réalisée en 2020 auprès de 15 049 Français de 15 ans et plus. Cette enquête couvre divers domaines : les hobbies, les vacances, les pratiques culturelles et médiatiques, le sport, l’habillement, l’alimentation, l’équipement domestique, l’habitat, l’automobile et, enfin, la distribution. L’analyse factorielle révèle deux grands principes de structuration : d’un côté, un principe différentialiste marqué par l’âge, le sexe et le cycle de vie ; de l’autre, un principe de distinction lié aux ressources économiques et cognitives. La classification permet de dessiner une cartographie de styles de vie multidimensionnels et ainsi de proposer une autre représentation de la société française. Dans une partie discussion, l’article propose de rendre raison du premier modèle à l’aide des notions de concernement et d’attachement socio-biographiques, et du second à partir des capacités financières et cognitives.
EN:
The sociology of lifestyles seeks to describe and explain the configuration of individuals’ and social groups’ practices and values. It is based on a model of social stratification structured by economic resources and educational attainment, viewed as expressions of social distinction. Since the post-war period, the democratization of consumer goods and the expansion of the cultural sphere have fostered the emergence of a “differentialist” perspective on lifestyles. These two models are tested through a statistical analysis of data from Kantar’s 2020 TGI survey, conducted among 15,049 French respondents aged 15 and over. This survey covers a wide range of domains : hobbies, holidays, cultural and media practices, sports, clothing, diet, household equipment, housing, cars, and retail. Factor analysis reveals two main structuring principles : on the one hand, a differentiation principle shaped by age, gender, and life course ; on the other hand, a principle of distinction linked to economic and cognitive resources. In the discussion section, this article suggests interpreting the first model through the concepts of social-biographical “concernedness” and attachment, and the second through financial and cognitive capacities.
ES:
La sociología de los estilos de vida describe y explica la configuración de las prácticas y los valores de los individuos o grupos sociales. Se apoya en un modelo de estratificación social estructurado por los recursos económicos y el nivel de cualificación, percibido como una manifestación de distinción social. Desde la posguerra, la democratización de los bienes de consumo y la expansión del campo cultural han propiciado el surgimiento de una visión diferenciada de los estilos de vida. Estos dos modelos se ponen a prueba mediante un análisis estadístico de los datos de la encuesta TGI de Kantar, realizada en 2020 a 15 049 franceses de 15 años o más. Esta encuesta abarca diversos ámbitos : pasatiempos, vacaciones, prácticas culturales y mediáticas, deporte, vestimenta, alimentación, equipamiento doméstico, vivienda, automóvil y finalmente, la distribución. El análisis factorial revela dos grandes principios de estructuración : por un lado, un principio diferenciado marcado por la edad, el sexo y el ciclo de vida ; por otro, un principio de distinción relacionado con los recursos económicos y cognitivos. La clasificación permite trazar una cartografía de estilos de vida multidimensionales y, de este modo, proponer otra representación de la sociedad francesa. En la sección de discusión, el artículo propone explicar el primer modelo mediante las nociones de interés y vínculos sociobiográficos, y el segundo, a partir de las capacidades financieras y cognitivas.
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Le régime de vérité pénale : quelle prégnance au fil du temps ? Une enquête dans les thrillers français, du xixe au xxie siècle
Françoise Vanhamme
pp. 305–338
AbstractFR:
Se situant dans la sphère de la criminologie culturelle, la présente contribution explore le processus d’enracinement, au fil du temps, du « régime de vérité pénale », selon lequel l’intervention étatique pénale est légitime, fondée et correspond à l’aspiration collective, et ce, au nom de deux motifs : sa pertinence et sa nécessité. Pour ce faire, elle explore un corpus de dix-neuf thrillers français fameux, publiés entre la seconde moitié du xixe siècle et le début du xxie siècle. L’approche considère un roman comme un terrain de recherche qui témoigne de représentations et préoccupations qui traversent l’espace public. En toile de fond, elle veut contribuer à interroger la place de la pénalité dans la régulation sociale des conflits. L’analyse montre une distance certaine entre les visions des auteurs consultés et le régime de vérité pénale, et permet de soutenir que, depuis l’avènement du système pénal contemporain, des doutes, préventions et critiques traversent avec force et constance l’espace public, affaiblissant de la sorte toute ambition hégémonique du régime de vérité pénale. Il en ressort aussi des logiques sociales de régulation susceptibles d’informer toute volonté de réforme de la pénalité.
EN:
Situated in the sphere of cultural criminology, this article explores the process of entrenchment over time of a “regime of criminal truth,” by which the state’s criminal interventions are understood as legitimate, well-founded and corresponding to collective aspirations on two grounds : their relevance and necessity. To that end, it explores a corpus of nineteen famous French thrillers published over the second half of the 19th century and beginning of the 21st century. Its approach considers the novel as a site for research that bears witness to representations and preoccupations that occupy the public. It seeks to contribute towards interrogating the role of the criminal justice system in the social regulation of conflicts. Its analysis identifies a clear distance between the visions of the authors consulted and the regime of criminal truth, showing that doubts, preventions and critiques have traversed the public sphere with force and regularity since the development of the contemporary criminal system, thereby weakening any hegemonic ambitions of the regime of criminal truth. It also highlights social logics of regulation that are likely to inform any willingness toward criminal reforms.
ES:
Situándose en la esfera de la criminología cultural, la presente contribución explora el proceso de arraigo, a lo largo del tiempo, del « régimen de verdad penal » según el cual la intervención penal estatal es legítima, justificada y corresponde a la aspiración colectiva por dos razones : su pertinencia y su necesidad. Para ello, se explora un corpus de diecinueve thrillers franceses famosos, publicados en la segunda mitad del siglo xix y al inicio del siglo xxi. Este enfoque aborda la novela como un terreno de investigación que refleja las representaciones y preocupaciones que atraviesan el espacio público. Como trasfondo, busca contribuir al cuestionamiento sobre el lugar de la penalidad en la regulación social de los conflictos. El análisis muestra una distancia evidente entre las visiones de los autores consultados y el régimen de verdad penal, lo que permite sostener que, desde el advenimiento del sistema penal contemporáneo, dudas, reticencias y críticas cruzan con fuerza y constancia el espacio público, debilitando así toda ambición hegemónica del régimen de verdad penal. De ello se desprenden también lógicas sociales de regulación capaces de informar cualquier voluntad de reforma del sistema penal.
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Enjeux et défis de l’intégration d’une approche féministe intersectionnelle dans les recherches portant sur les violences sexuelles en milieu d’enseignement supérieur
Ihssane Fethi, Manon Bergeron and Ludivine Tomasso
pp. 339–360
AbstractFR:
Plusieurs auteur·es ont souligné la nécessité d’adopter une lunette intersectionnelle pour comprendre l’ampleur du phénomène des violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur. Cependant, peu de recherches proposent de réfléchir plus concrètement à son adoption ainsi qu’aux enjeux et défis soulevés par cette approche sur les plans théoriques, épistémologiques et méthodologiques. Cet article propose d’identifier des réflexions et des pistes d’actions concrètes pour mettre en oeuvre une approche intersectionnelle. Après un état des lieux des littératures consacrées aux violences sexuelles et à l’intersectionnalité, nous abordons les enjeux et les défis rencontrés à partir de nos travaux de recherche. Nous avons identifié des enjeux liés à la conceptualisation des analyses, à la production des connaissances et à la collecte de données. Des pistes d’actions sont proposées à partir des stratégies déployées pour répondre aux défis rencontrés.
EN:
Several authors have highlighted the importance of adopting an intersectional perspective to understand the scope of sexist and sexual violence in higher education. However, very little research reflects more concretely on how to adopt this perspective and the theoretical, epistemological and methodological issues or challenges it can bring. This article seeks to identify concrete ideas and courses of action for the implementation of an intersectional approach. Following a review of the literature around sexual violence and intersectionality, we address issues and challenges identified through our research. Issues are identified around the conceptualization of analyses, knowledge production and data collection. Courses of action are proposed based on strategies used to address the challenges found.
ES:
Diversos autores y autoras han destacado la necesidad de adoptar una mirada interseccional para entender la magnitud del fenómeno de las violencias sexistas y sexuales en la educación superior. Sin embargo, pocas investigaciones proponen una reflexión más concreta sobre la adopción de este enfoque, así como sobre los retos y desafíos que éste plantea a nivel teórico, epistemológico y metodológico. Este artículo propone identificar reflexiones y líneas de acción concretas para implementar un enfoque interseccional. Después de hacer una revisión bibliográfica sobre las violencias sexuales y la interseccionalidad, analizamos los retos y desafíos que surgen de nuestra propia labor de investigación. Hemos identificado problemáticas vinculadas con la conceptualización de los análisis, a la producción de conocimientos y al levantamiento de datos. Se proponen entonces líneas de acción a partir de las estrategias desplegadas para responder a los desafíos encontrados.