Comptes rendus

Pascal Dusapin et Maxime McKinley, Imaginer la composition musicale : correspondance et entretiens, 2010-2016, Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, collection « Littératures », 2017, 183 p. ISBN 978-2-7574-1722-5

  • Olga Garbuz

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  • Olga Garbuz
    Docteure en Esthétique, sciences et technologies des arts, Centre de documentation de la musique contemporaine (Paris)

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Cover of À la croisée des chemins, Volume 18, Number 2, Fall 2017, pp. 7-82, Les Cahiers de la Société québécoise de recherche en musique

La musique de Pascal Dusapin (né en 1955), un des compositeurs clés de notre époque, suscite l’intérêt d’un très large public, des professionnels de la musique jusqu’aux mélomanes passionnés. C’est à eux que s’adresse le recueil des correspondances et entretiens entre Dusapin et son collègue québécois Maxime McKinley (né en 1979). L’ouvrage inclut quatre-vingts courriels écrits entre 2010 et 2015 et deux entretiens en privé. Ces échanges sont encadrés par la préface et l’épilogue rédigés par McKinley lui-même. La genèse du livre est due en quelque sorte au hasard. McKinley, étant à l’époque le secrétaire de rédaction de la revue Circuit, musiques contemporaines, s’adresse au compositeur dans le cadre de la préparation d’un numéro dont le sujet porte sur la spiritualité et le sacré dans la création musicale contemporaine. Il lui propose de répondre au questionnaire sur la thématique concernée. Dusapin décline gentiment cette sollicitation, mais les échanges continuent, bien qu’avec une intensité variée : certains sont espacés de quelques jours et d’autres de quelques mois. Ce que cette rencontre a de tout à fait remarquable, c’est justement la volonté de Pascal Dusapin de poursuivre la correspondance. Le compositeur, de son propre aveu, n’est pas très adepte des échanges écrits, certainement en raison de son emploi du temps très chargé. On le voit dans ses réponses à son correspondant, marquées de regrets de ne pas avoir pu prendre la plume plus tôt : « J’ai une vie belle, mais c’est une vie de chien » (p. 35) ; « J’ai commencé une lettre pour vous. Mais la fin de mon concerto de violon (quelle idée !...) m’obsède et ne me laisse pas une seconde » (p. 46) ; « Cela fait à présent des mois que je tente de vous répondre. J’ai maintes fois commencé une lettre au détour de quelques moments de paix, mais quelque chose devenait à chaque fois impossible » (p. 49). Si Dusapin continue la correspondance, c’est certainement parce qu’il apprécie la « grande et très distinguée culture » (p. 65) de son jeune collègue, dont « la pertinence de propos et remarques, l’extrême précision de la pensée incluant tous les domaines des sciences humaines et de la philosophie en font un interlocuteur rare dont les réflexions dépassent de très loin les simples commentaires musicographiques auxquels un compositeur est généralement habitué » (p. 65). Cette spécificité est tout à fait justifiée : avec beaucoup d’aisance et en connaissance de cause, McKinley s’appuie, entre autres, sur les propos d’écrivains comme Stig Dagerman, Réjean Ducharme, Susan Sontag et Marguerite Yourcenar, parcoure la pensée philosophique de Giorgio Agamben, Walter Benjamin, Kōjin Karatani et Jean-Luc Nancy, ou encore commente les films de Michelangelo Antonioni, Werner Herzog et Akira Kurosawa, et ce, tout en naviguant avec aisance dans le domaine de la création musicale contemporaine. Une telle approche multidisciplinaire entre naturellement en résonance avec l’univers de Dusapin. Celui-ci, ouvert aux nombreuses théories et pratiques de l’art et de la science, ne puise-t-il pas dans la philosophie de Deleuze et Guattari ; la littérature de Flaubert, Beckett, Stein, Cadiot ; le cinéma de Fellini, Lynch, Pasolini ; la photographie de Brandt et Weston ; la peinture de Newman, Lewitt et Jude ; la théorie fractale de Benoît Mandelbrot, la théorie de la morphogénèse de René Thom, la théorie de la complexité d’Edgar Morin, etc. ? Deux compositeurs font ainsi converger leurs « musées, bibliothèques et médiathèques imaginaires » (p. 13), quoique ceux de Dusapin soient bien sûr au centre du propos. Souvent c’est McKinley qui donne le ton à la correspondance en faisant part de ses ...

Appendices