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183.Plus d’information
Si la lettre constitue une conversation entre absents, ceux-ci sont toutefois généralement vivants. Linda Lê, elle, écrit des lettres à des familiers morts (son père, décédé seul au Vietnam – Lettre morte, Paris, Christian Bourgois, 1999) ou à jamais confinés dans le non-être (son fils – À l'enfant que je n'aurai pas, Paris, NiL, 2011). En 1999 elle publie aussi Tu écriras sur le bonheur (Paris, Presses universitaires de France), trente-huit textes dédiés à des écrivains de renommée et d'origines diverses, sortes de « pères spirituels » ou littéraires et réitère son geste d'adresse en 2015, avec Par ailleurs (exils) (Paris, Christian Bourgois), lettres d'hommage à des écrivains par-delà le trépas. La tâche incombe alors au lecteur d'établir des correspondances entre eux et Linda Lê, entre les oeuvres achevées, passées à la postérité des uns et l'oeuvre en devenir, à la postérité encore incertaine de l'autre. Cet article identifie les continuités et discontinuités entre Tu écriras sur le bonheur et Par ailleurs (exils) et examine les cinq « figures tutélaires » qu'ils ont en commun, avant de relever quels sont les grands absents de Par ailleurs (exils) et quels écrivains y ont fait leur entrée. Alors que Tu écriras sur le bonheur était une compilation alphabétique, Par ailleurs (exils) est une suite d'hommages présentés pêle-mêle ; entre les deux se dessine le cheminement de l'oeuvre de Lê de la « littérature déplacée » vers une « littérature du dépaysement ». J'argue qu'il revient aux lecteurs et critiques, destinataires ultimes de ces lettres d'hommage, de les recevoir et d'assurer la postérité de leur auteure.
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