PrésentationRepenser la conservation de la nature. Vers une anthropologie de l’engagement environnemental ?PresentationRethinking Nature Conservation. Towards an Anthropology of Environmental Commitment?PresentaciónReconsiderar la conservación de la naturaleza. ¿Hacia una antropología del compromiso medioambiental?

  • Sabrina Doyon et
  • Ismael Vaccaro

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  • Sabrina Doyon
    Département d’anthropologie, Université Laval, Pavillon Charles-De Koninck, bureau 3413, Québec (Québec) G1V 0A6, Canada
    sabrina.doyon@ant.ulaval.ca

  • Ismael Vaccaro
    Département d’anthropologie, École d’environnement de McGill, Pavillon Stephen Leacock, salle 723, 855, rue Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H3A 2T7, Canada
    ismael.vaccaro@mcgill.ca

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Couverture de Repenser la conservation de la nature, Volume 43, numéro 3, 2019, p. 9-328, Anthropologie et Sociétés

Les signaux sont au rouge pour la planète. En 2019, la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) indiquait notamment que 75 % du milieu terrestre et 66 % du milieu marin sont sévèrement altérés et qu’un million d’espèces sont menacées de disparition, faisant planer la menace d’une sixième extinction. Par ailleurs, des évènements environnementaux extrêmes affectent avec toujours plus d’intensité à la fois les écosystèmes naturels et les grandes agglomérations urbaines et certains s’inquiètent désormais de la convergence croissante de catastrophes (Wallace-Wells 2019) faisant se chevaucher en un même lieu et en peu de temps sécheresse, incendies et inondations, menaçant notamment la production alimentaire mondiale et précipitant des milliers de personnes dans la précarité et la migration forcée. Devant cette situation mondiale critique, différentes positions se font entendre relativement à la conservation de la nature. D’une part, de nouvelles propositions scientifiques apparaissent, comme les « sciences de l’effondrement » (Servigne et Stevens 2015) — qui nous invitent notamment à réfléchir au deuil de la nature que nous devons faire et à la manière de nous adapter à sa disparition —, la « biologie de la conservation » (Soulé et Orians 2001) et la « nouvelle conservation » (Marris 2011 ; Pearce 2015), qui voient dans la destruction de la nature telle que nous la connaissons une occasion positive de repenser notre rapport à l’environnement et d’élaborer de nouvelles avenues de développement technologique et économique (Morton 2019). Les tenants de la « demi-Terre » (Half-Earth) (Wilson 2016) proposent quant à eux de transformer, comme son nom l’indique, la moitié de la Terre en réserve naturelle interdite d’accès aux populations humaines, alors que les chantres de « l’économie verte » (Ekins 2002 ; Castree 2003 ; Boisvert 2016) voient dans le développement capitaliste la solution aux problèmes environnementaux. Les tenants d’un changement de paradigme de la conservation environnementale pour une « rénovation » de la nature (Prober et al. 2019) ou plus de convivialité (Büscher et Fletcher 2019) rejettent pour leur part le capitalisme et la division nature-culture (Descola 2005 ; Latour 2015). Des propositions politiques et sociales pour protéger la nature tiennent aussi le haut du pavé. Parmi ces propositions, notons : la recrudescence de la mobilisation écologiste ponctuant le quotidien des grandes villes occidentales par des manifestations hebdomadaires pour la protection de la Terre et contre les changements climatiques ; la diffusion auprès du grand public de documentaires citoyens et écologistes, comme Demain (2015), exposant des solutions environnementales mises en oeuvre localement et à la portée des sociétés occidentales ; la popularisation de pratiques et de styles de vie en rupture avec le modèle industriel occidental ou environnementaliste classique, tels que les initiatives collectives des « villes en transition », les ZAD (zones à défendre), les crédos de consommation individuelle « zéro déchet », le biorégionalisme ou encore les implantations en ville d’arbres fruitiers et de plantes vivaces constituant des « forêts comestibles communautaires » inspirées par la permaculture et autres maraîchages d’« urbainculteurs ». Ces propositions alternatives cristallisent un souci pour la nature qui s’incarne dans un engagement complexe envers l’environnement ; c’est ce à quoi s’intéressera ce numéro d’Anthropologie et Sociétés. Nous interrogeons plus particulièrement les formes de conservation environnementale qui se présentent comme des solutions de rechange au mode conventionnel. Ce dernier se fonde sur la séparation ontologique entre l’humain et une nature qui serait pure et sauvage et qu’il faut préserver par la création d’aires protégées, incarnation dominante de la conservation environnementale. Ce mode conventionnel de conservation s’articule au système économique capitaliste dans lequel l’environnement …

Parties annexes