Numéro 79, 2026
Sommaire (12 articles)
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Présentation
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Yvan Lamonde (1944-2025)
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Marie Pournin de La Faye et les femmes de Montréal en Nouvelle-France
Dominique Deslandres
p. 5–25
RésuméFR :
La vie de Marie Pournin de La Faye (1622-1699), qui épouse tout le xviie siècle, mérite d’être rappelée. En effet, elle illustre bien des ambiguïtés qui ont modelé le destin des nombreuses femmes qui ont fondé Montréal. Parmi ces ambiguïtés, qui nuancent ce que l’on sait de la population féminine montréalaise entre 1642 et 1699, nous en distinguerons deux : la première touche l’évolution des états et conditions des femmes dans la société coloniale ; la seconde, ce que l’on pourrait appeler un certain laxisme confessionnel chez des personnes pourtant réputées pour leur ardente dévotion catholique romaine.
EN :
The life of Marie Pournin de La Faye (1622–1699), who covers the whole 17th century, illustrates ambiguities that shaped the destinies of the numerous women who founded Montreal. Among these ambiguities that add nuance to our knowledge of the female population of Montreal between 1642 and 1699, two stand out: the first concerns the change of women’s status and conditions in colonial society; the second concerns what could be called a certain religious laxity among people who were nevertheless known for their ardent Roman Catholic devotion.
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Le 1er Salon de peinture et de sculpture du Club Saint-Denis de Montréal, en 1911. Un désir de valoriser l’art des Canadiens français
Jacques Des Rochers
p. 27–57
RésuméFR :
Cet article porte sur la présentation du 1er Salon de peinture et de sculpture au club Saint-Denis, qui s’est tenu au printemps 1911. Il décrit le contexte qui a amené cette institution francophone de Montréal à mettre de l’avant les oeuvres des artistes canadiens-français, qui semblaient alors peu représentés sur la scène publique. Nous détaillons l’organisation, l’inauguration et la fortune critique de l’événement ainsi que les raisons qui en ont empêché le renouvellement. Était-ce le projet d’un seul homme, son instigateur, Adolphe Victor Roy, président du club de 1909 à 1912, décédé au front en 1915 ? L’ouverture du nouvel édifice de l’Art Gallery (actuel Musée des beaux-arts de Montréal), rue Sherbrooke, en 1912, serait-elle aussi en cause ? C’est grâce au don de la collection du Club au Musée en 2011, cent ans après sa fondation, que ce premier salon a été mis en évidence. À ce moment-là, le Club possédait plus d’oeuvres d’artistes canadiens-français que l’Art Gallery ! Deux de ces oeuvres ont été intégrées à la collection du musée pour leur valeur esthétique et en tant que témoignage de cet événement.
EN :
This article focuses on the presentation of the first Salon de Peinture et de Sculpture (Painting and Sculpture Exhibition) held at the Club Saint-Denis in the spring of 1911. We examine the context that prompted this French-speaking Montreal institution to promote the exhibition of works by artists from its community, namely French- Canadian artists, who were apparently underrepresented in the public arena at the time. We detail the organization, inauguration, and critical reception of the event, and we trace the reasons why it was held only once. Was it the project of a single man, its initiator, Adolphe Victor Roy, president of the club from 1909 to 1912, who died at the front in 1915? Could the opening of the new Art Gallery building (now the Montreal Museum of Fine Arts) on Sherbrooke Street in 1912 also have been a factor? It was the Club’s donation of its collection to the MMFA a hundred years later, in 2011, that brought to light this first salon, where its first acquisitions were made. The Club at that time had more works by French- Canadian artists than the Art Gallery! Two of these works were added to the museum’s collection for their aesthetic value and as a testament to this event.
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Pascal-Joseph Verbist (1829-1879). Premier curé de Sainte-Pétronille (île d’Orléans)
Gilles Gallichan
p. 59–88
RésuméFR :
Après avoir commis de lourdes fautes dans sa jeunesse, Joseph-Pascal Verbist, un jeune prêtre belge, brillant et bon prédicateur, se lance dans une carrière de missionnaire colonisateur actif et arrive au Québec en 1871. Il est chaleureusement accueilli par les autorités religieuses politiques tant à Québec qu’à Ottawa. Nommé agent d’immigration par le gouvernement québécois en 1872, il publie brochures et articles dans les journaux au Québec, en France et en Belgique. Il attire plusieurs familles et favorise les nouvelles zones de colonisation. En 1872, l’Archevêque Taschereau le nomme premier curé de la nouvelle paroisse de Sainte-Pétronille, à l’île d’Orléans. Il y organise de lucratifs bazars de charité et achève la construction de l’église. Cependant, il devient bientôt une source de scandale. Il ouvre à Québec une boutique d’importation qui est tenue par une « nièce », qui est en fait sa compagne de vie. Sommé de régulariser sa situation, l’abbé Verbist refuse et quitte le pays en février 1874, laissant au Québec de nombreuses créances. Il serait mort mystérieusement noyé en 1879.
EN :
Having committed serious mistakes in his early years, Joseph-Pascal Verbist, a young Belgian priest, brilliant and a good preacher, embarked on a career as an active colonizing missionary and arrived in Quebec in 1871. He was warmly welcomed by religious and political authorities in both Quebec and Ottawa. Appointed an immigration agent by the Quebec government in 1872, he published pamphlets and articles in newspapers in Quebec, France and Belgium. He attracted several families and promoted new areas of colonization. In 1872, Archbishop Taschereau appointed him the first parish priest of the new parish of Sainte-Pétronille, on Île d’Orléans. There, he organized lucrative charity bazaars and completed construction of the church. However, he soon became a source of scandal. He opened an import shop in Quebec City, run by a “niece,” who was in fact his life partner. Ordered to regularize his situation, Father Verbist refused and left the country in February 1874, leaving numerous debts. He is said to have mysteriously drowned in 1879.
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La société démocratique de participation selon Gérald Fortin
Simon Langlois
p. 89–118
RésuméFR :
Le sociologue Gérald Fortin (1928-1991), professeur et intellectuel marquant de sa génération, a défini dans les années 1960 et 1970 le modèle de la société démocratique de participation qui a été une importante utopie mobilisatrice, presque oubliée de nos jours. Ce modèle reposait sur la rationalité des experts au service de l’État et la nécessaire participation des citoyens assurée par l’animation sociale. Fortin accordait une grande importance au rôle de l’État afin de contrer l’infériorité économique des Canadiens français à condition que les citoyens soient associés à l’identification des fins du développement. Il a lui-même entrevu les limites de la société de participation et les conflits entre les raisons des technocrates pressés d’agir et les délais qu’entrainaient la consultation des citoyens. Malgré les limites du modèle qu’il avait proposé et les critiques dont il fut l’objet lors de plusieurs tentatives d’application, Fortin est demeuré fidèle à l’idéal de la société démocratique de participation qu’il avait élaboré et qui a inspiré une certaine institutionnalisation de la participation dans plusieurs secteurs d’activité, bien qu’éloignée du modèle initial.
EN :
In the 1960s and 1970s, sociologist Gérald Fortin (1928-1991), professor and influential intellectual of his generation, defined the model of a democratic participatory society, an important and inspiring utopia now almost forgotten. The model was based on the rationality of experts in service of the state and the necessary participation of citizens ensured by social activity. Fortin emphasized that the state should address French Canadians’ economic disadvantage, as long as citizens helped set development goals. He himself foresaw the limits of participatory society and the conflicts between the reasons of technocrats eager to act and the delays involved in consulting citizens. Despite the limitations of the proposed model and the criticism he received during several attempts to implement it, Fortin remained faithful to the ideal of the democratic participatory society he had developed, which inspired a certain institutionalization of participation in several sectors of activity, albeit far removed from the initial model.
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Denis Vaugeois, un ministre des Affaires culturelles sous le radar, 1978-1981
Fernand Harvey
p. 119–154
RésuméFR :
Denis Vaugeois a été nommé ministre des Affaires culturelles sous le gouvernement péquiste de René Lévesque, au moment où le Québec était en pleine effervescence culturelle. Aussitôt en poste, il s’est attaqué à des dossiers urgents et à d’autres, controversés ou qui traînaient en longueur depuis le début des années 1970. Toutes les composantes de son profil professionnel — il est historien, pédagogue, entrepreneur culturel dans le domaine de l’édition et fonctionnaire — ont guidé son action en politique. En trois ans à peine, il a apporté une contribution majeure à la mise en oeuvre des politiques culturelles de son gouvernement. On lui doit la politique du livre, la création de la Société de développement des industries culturelles, le « Plan Vaugeois » pour le développement des bibliothèques publiques, la réorganisation des Archives nationales, la mise en valeur du patrimoine, la décision de créer le Musée de la civilisation, la mise sur pied du programme OSE-Arts et la relance de l’Opéra de Montréal. Sous le second mandat du gouvernement Lévesque (1981-1985), bien qu’il ne soit plus ministre, il a accompli un travail incontournable pour la réforme parlementaire, laquelle fait toujours autorité.
EN :
Denis Vaugeois was appointed Minister of Cultural Affairs under René Lévesque’s Parti Québécois government, at a time when Quebec was in the midst of a cultural boom. Immediately upon taking office, he tackled urgent issues as well as controversial ones or those that had been dragging on since the early 1970s. All aspects of his professional background— he was a historian, educator, cultural entrepreneur in the publishing industry, and civil servant—guided his political actions. In just three years, he made a major contribution to the implementation of his government’s cultural policies. He was responsible for the book policy, the creation of the Société de développement des industries culturelles, the “Vaugeois Plan” for the development of public libraries, the reorganization of the National Archives, the promotion of heritage, the decision to create the Musée de la civilisation, the establishment of the OSE-Arts program, and the revival of the Opéra de Montréal. During the second term of the Lévesque government (1981-1985), although he was no longer a minister, he carried out essential work for parliamentary reform, which is still authoritative.
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Cartographier la traversée de l’Atlantique et du Saint-Laurent au xviie siècle
Jean-François Palomino
p. 155–187
RésuméFR :
Le présent article cherche à mieux comprendre l’implication de l’État français dans la mise en place de pratiques cartographiques et hydrographiques françaises permettant de sécuriser la route maritime entre la France et le Canada entre 1630 et 1730. Contrairement au modèle hollandais, les connaissances demeurent alors fragmentaires et non centralisées. En 1685-1686, une initiative témoigne d’un effort scientifique novateur notamment par l’usage de la triangulation. Au même moment, un poste d’hydrographe à Québec est consolidé, témoignant de l’intérêt accru, mais néanmoins fluctuant, de l’État français. Si des connaissances nouvelles émergent, elles circulent mal entre les praticiens de la mer et les naufrages se multiplient dans un fleuve Saint-Laurent encore et toujours réputé dangereux.
EN :
The article seeks to shed light on the French state’s involvement in developing cartographic and hydrographic practices aimed at securing the maritime route between France and Canada from 1630 to 1730. Unlike the Dutch model, geographical knowledge at the time remained fragmented and poorly centralized. In 1685-1686, an initiative reflected a new scientific effort, notably through the use of triangulation. At the same time, the establishment of a hydrographer’s post in Quebec signaled growing—though inconsistent—state interest. While new knowledge emerged, it circulated poorly among maritime practitioners, and shipwrecks continued to multiply along the ever-dangerous St. Lawrence River.
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Les lois de 1836 : la dernière communion des Patriotes et des Bureaucrates (Deuxième partie)
Christian Blais
p. 189–220
RésuméFR :
Durant la session parlementaire de 1835-1836, la majorité patriote de la Chambre d’assemblée et la majorité bureaucrate du Conseil législatif adoptent 59 lois. L’analyse de ces textes législatifs permet d’inventorier les divers aspects de l’administration de l’État colonial, de l’économie et de la société civile qui font consensus. Par comparaison, l’étude des 44 projets de loi morts au feuilleton fait ressortir ce qui oppose les parlementaires bas-canadiens. Quant aux débats recensés dans les chroniques parlementaires des journaux du Bas-Canada, ils cernent les intentions des législateurs. On comprend que les idées et les convictions des hommes politiques bas-canadiens ne peuvent pas toujours être classées en deux camps opposés. Des Patriotes radicaux, passant par les modérés jusqu’aux Bureaucrates anglophones ultraconservateurs, il existe une vaste palette de couleur politique.
EN :
During the parliamentary session of 1835-1836, the patriotic majority in the House of Assembly and the bureaucratic majority in the Legislative Council passed 59 laws. Analysis of these legislative texts reveals the various aspects of colonial state administration, the economy and civil society on which there was consensus. By comparison, a study of the 44 bills that died on the order paper highlights the differences between Lower Canadian parliamentarians. As for the debates recorded in the parliamentary columns of Lower Canada’s newspapers, they reveal the intentions of the legislators. It’s easy to see that the ideas and convictions of Lower Canadian politicians can’t always be divided into two opposing camps. From the radical Patriots, through the moderates, to the ultraconservative English-speaking bureaucrats, there is a vast palette of political color.
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Les Autochtones et la question du « sang » (Deuxième partie)
Denys Delâge
p. 221–263
RésuméFR :
Deuxième d’une série de trois articles, le présent article poursuit la réflexion sur l’identité autochtone et l’origine de la loi prescrivant que les Autochtones sont définis par le sang, alors que l’ensemble des Canadiens l’est légalement, par le sol. Le premier article traitait du régime français, celui-ci porte sur le régime anglais. Y sont étudiés les rapports de la commission Darling (1828), de la commission Bagot (1845) et de la commission Pennefeather (1858), qui ont toutes trois pour objectif d’aviser le gouvernement britannique du meilleur moyen d’assurer le « progrès » et la « civilisation » des habitants autochtones du territoire canadien.
EN :
The second in a series of three articles, this article continues the exploration of Indigenous identity and the origin of the law stipulating that Indigenous people are defined by blood, while all Canadians are legally defined by their land. The first article dealt with the French regime; this one focuses on the British regime. It examines the reports of the Darling Commission (1828), the Bagot Commission (1845), and the Pennefather Commission (1858), all three of which aimed to advise the British government on the best way to ensure the "progress" and "civilization" of the Indigenous inhabitants of Canadian territory.
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Chronique de la Société des Dix
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Index général