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Comptes rendus bibliographiques

ROPIVIA, Marc-Louis (2007) Manuel d’épistémologie de la géographie. Écocide et déterminisme anthropique. Paris, L’Harmattan, 138 p. (ISBN 978-2-296-04678-8)

  • Vincent Berdoulay

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  • Vincent Berdoulay
    Université de Pau et des Pays de l’Adou

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Voici un manuel qui tranche avec le discours dominant dans ce domaine. C’est le mérite de son auteur, professeur de géographie à l’Université Omar Bongo, de Libreville au Gabon, que d’avoir préparé cette introduction à l’épistémologie de sa discipline. L’auteur témoigne par là de la vitalité de la pensée géographique dans son pays, et plus généralement dans la partie de l’Afrique francophone où il se trouve, et ce, malgré les difficultés financières ou matérielles auxquelles les géographes doivent faire face.

Rien que pour prendre conscience de l’apport de ce point de vue à la fois « décentré » – en rapport avec la production dominante de l’Atlantique Nord – mais aussi en phase avec les grands enjeux de la géographie internationale, la lecture de ce petit manuel est tout à fait enrichissante. L’auteur n’y va pas par quatre chemins pour affirmer ses convictions scientifiques ou épistémologiques, et probablement beaucoup de lecteurs n’adhéreront pas à celles-ci, du moins dans le détail, ne serait-ce que par l’aspect concis du manuel. Il n’en reste pas moins qu’elles sont présentées au sein d’un argumentaire intellectuellement très stimulant.

La grande originalité du manuel est d’aborder toute l’épistémologie de la géographie sous l’angle des grands enjeux environnementaux contemporains et à venir. L’auteur, en effet invite une réflexion pleinement prospective. Non pas qu’il ne s’intéresse pas au passé de la discipline, sur lequel il revient. Mais il veut anticiper les défis proches, sur les plans scientifiques et professionnels.

C’est pourquoi il place la question de l’écocide aux fondements de sa réflexion. L’auteur reprend en effet à son compte les inquiétudes actuelles quant aux dangers que l’espèce humaine se fait courir à elle-même par son utilisation insensée des écosystèmes et des ressources terrestres. Présenté comme le paradigme dominant des sciences de l’environnement et de la surface de la Terre, l’écocide se trouve au carrefour des problématiques et des grands courants de pensée touchant aux relations entre l’Homme et son environnement. À ce titre, la géographie apparaît comme « une nouvelle biogéographie de la survie de l’espèce humaine », voire comme une « biogéographie politique » en raison de la conflictualité des enjeux environnementaux. Il s’ensuit, pour la géographie, tout un repositionnement des questions classiques de son épistémologie comme l’identité, l’utilité, l’unité, la vitalité. Il s’ensuit aussi toute une réflexion renouvelée sur le déterminisme et la causalité en géographie, thèmes qui avaient gravement été délaissés depuis trop longtemps.

C’est encore à la lumière de ce regard sur la géographie qu’est abordée la question du métier de géographe au XXIe siècle. L’auteur montre que le géographe doit contribuer à sa science par une ingénierie spatiale répondant à la demande ou aux besoins en matière de gestion de l’environnement, des collectivités locales et, de plus en plus, du secteur privé. L’exemple du Gabon est élaboré, avec tout ce qu’il comporte comme dynamisme de la part d’une géographie professionnelle qui s’affirme de nos jours internationalement.