Comptes rendus bibliographiques

PELLETIER, Philippe (2017) Quand la géographie sert à faire la paix. Lormont, Éditions Le bord de l’eau, 246 p. (ISBN 978-2-35687-523-5)

  • Frédéric Lasserre

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  • Frédéric Lasserre
    Département de géographie, Université Laval, Québec (Canada)

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Couverture de Mémoires collectives et production des territoires urbains, Volume 63, numéro 178, avril 2019, p. 3-127, Cahiers de géographie du Québec

La géographie, ça sert d’abord à faire la guerre, avait déclaré Yves Lacoste dans un essai fameux, en 1976. À l’époque, le propos avait suscité un vif débat sur le rôle de la géographie, et sur la manière de l’enseigner. En réaction au livre de Lacoste, Philippe Pelletier prend le pari de définir quatre conditions dans lesquelles la géographie est également vectrice de paix. L’ouvrage s’articule autour de quatre parties. La première aborde les fondements de la géopolitique et débute par un rappel de la genèse de ce courant de la géographie en Allemagne, en France et au Japon. L’auteur rappelle que la mobilisation d’une réflexion politique en géographie visant au règlement des conflits est au coeur de la géopolitique et que les géographes, contrairement à une analyse un peu rapide, ne l’ont pas oublié. Des géographes comme Emmanuel de Martonne, Jean Brunhes ou Albert Demangeon se sont engagés dans des organisations internationales délimitant « les possessions étatiques aux côtés des diplomates et militaires » et ont participé à de nombreuses négociations internationales. Yves Lacoste le sait bien par ailleurs, puisqu’il est à l’origine de la réédition, en 1994, de l’ouvrage de Paul Vidal de la Blache, La France de l’Est (Lorraine Alsace), plaidoyer géopolitique destiné à appuyer la position française en vue de reprendre ces deux régions à l’Allemagne dans le cadre des futures négociations de paix après la Première guerre mondiale. L’avancée de la réflexion suit un plan non linéaire où les rappels, renvois, digressions érudites et intéressantes sont nombreux, notamment sur l’évolution de la guerre, le messianisme, la place du marxisme, la généalogie de l’écologie et de la réflexion environnementaliste. Philippe Pelletier poursuit ainsi avec un tour d’horizon de plusieurs éléments d’analyse et de réflexion de la géopolitique, capitalisant notamment sur son ouvrage sur l’Extrême-Orient (2011). La deuxième partie entend présenter une analyse de la marche du monde et de la mosaïque du monde, sur la base de la sélection de quelques thèmes, l’ordre mondial post-Yalta, le conflit en Syrie, et une longue réflexion sur le discours autour de l’impact géopolitique des changements climatiques. Les troisième et quatrième sections reprennent ce dernier thème, d’abord en proposant une critique du catastrophisme qui marquerait les discours sur les changements climatiques, puis en détaillant une critique du « capitalisme vert ». Dans ces deux parties, l’auteur s’en prend aux discours associant changements climatiques et catastrophes à venir, dénonçant la récupération de l’écologie comme discipline scientifique au profit du militantisme écologique, qu’il dénonce également. L’auteur estime que les analyses sur les changements climatiques sont peu légitimes, marquées par « l’absence de recul et de calme scientifique », y compris au sein du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et des Conferences of the Parties (COP), réunions annuelles des États signataires de la Convention des Nations Unies sur le climat de 1992, et qu’elles permettent « tous les glissements émotionnels et politiques ». Il souligne que « sous ces discours catastrophistes sur l’environnement, existent des enjeux qui relèvent de la géopolitique et de l’idéologique », ce qui est tout à fait exact et aurait mérité davantage d’illustrations concrètes, par des exemples, au-delà des cas syrien ou himalayens qui ont déjà fait l’objet de plusieurs analyses . De fait, s’il est parfaitement exact que nombre de discours écologistes ont tendance à s’aventurer sur le terrain de la surenchère rhétorique, c’est aussi le cas de ceux de leurs opposants, qu’il s’agisse des climatosceptiques dont la légitimité scientifique est pourtant très faible, ou des lobbies économiques qui tentent parfois de freiner les mesures à prendre pour atténuer l’impact des changements climatiques et …

Parties annexes