Vous êtes sur la nouvelle plateforme d’Érudit. Bonne visite! Retour à l’ancien site

Comptes rendus

The Global Financial Crisis. What Have We Learnt ?, Steven Kates (dir.), 2011, Northampton (ma), Edward Elgar Publishing, 245 p.

  • Jabeur Fathally

…plus d’informations

  • Jabeur Fathally
    Faculté de droit, Université d’Ottawa

Corps de l’article

Ainsi que l’explique l’économiste Steven Kates dans son introduction, cet ouvrage collectif se veut une tentative d’explication de la crise financière mondiale de 2008-2009 et, surtout, une contribution qui offre des réponses sérieuses et profondes aux causes et aux effets de cette crise. À cette fin, les 16 économistes qui ont contribué à l’ouvrage ont essayé, chacun à sa manière et selon son affiliation aux écoles d’économie politique, de répondre aux questions suivantes :

1) Quelle est l’origine de la crise financière ? 2) Quelles sont les mesures économiques prises par les États et qui ont permis soit de stabiliser la situation économique soit, au contraire, de l’aggraver ? 3) Quelles sont les mesures que les décideurs politiques et économiques doivent prendre afin de relancer la croissance économique ? 4) Quelles sont les leçons à tirer de cette crise ?

Dans la masse de données et d’analyses que ces économistes nous offrent, il nous est possible de retenir trois idées maîtresses, qui offrent une trame aux différents chapitres de l’ouvrage.

La première se résume à l’incapacité, voire l’échec, de l’approche macroéconomique keynésienne classique à expliquer la crise financière mondiale de 2008. Cette approche – ou ce « standard model » selon l’expression de Steven Kates –, basée sur l’interdépendance entre l’emploi et les dépenses et entre l’offre globale et la demande globale, fut la cible de toutes les critiques, y compris de celles des néokeynésiens (J. E. King, K. Steven, T. Congdon, P. J. Boettek, D. Smith et N. A. Snow).

La deuxième idée relève de l’importance accordée à l’approche du néokeynésien Hyman Minsky, et qui a été largement analysée par les différents auteurs de l’ouvrage. Selon Minsky, en favorisant la spéculation, le système capitaliste a tendance à prendre des risques très élevés et à se retrouver dans des crises majeures, d’où la nécessité d’une régulation financière pour pallier cet état d’instabilité chronique.

La troisième idée se manifeste dans l’accord, presque unanime, des auteurs sur le fait que la crise financière de 2008-2009 trouve son origine directe – je dis bien directe – dans l’effondrement du marché des prêts hypothécaires à risque (subprimes) aux États-Unis. Cet effondrement a déclenché la dévaluation massive des titres garantis par ces créances hypothécaires, provoquant ainsi une crise immobilière sans précédent, marquée par l’augmentation vertigineuse des reprises immobilières et, du même coup, par le surplus de propriétés à vendre.

Toutefois, les auteurs ayant collaboré à cet ouvrage ont eu des avis différents quant aux véritables origines de cette crise. Pour certains, il s’agit de la mauvaise gestion par les banques commerciales et les compagnies d’assurances, alors que pour d’autres la première responsabilité incombe aux gouvernements et aux banques centrales et non aux banques commerciales privées (Tim Congdon) puisque, selon ces derniers, punir les banques privées équivaudrait à punir tous les contribuables. D’autres experts ont, quant à eux, blâmé le manque de volonté des pouvoirs politiques à réguler certains aspects de l’activité financière. Pour les économistes affiliés à l’analyse économique marxiste, la crise financière n’est que la conséquence logique du système capitaliste gouverné par la domination économique et par la lutte des classes. Il s’agit, pour eux, d’un système en état d’instabilité chronique que la multiplication des cycles de crise ne parvient pas (et ne parviendra pas) à réguler.

Cet ouvrage, oeuvre de nombreux économistes chevronnés, n’est cependant pas à l’abri de toute critique. Ainsi, il est regrettable que les auteurs aient limité leur analyse à l’aspect purement économique de la crise financière de 2008, ignorant ses ramifications juridiques, politiques, sociologiques et psychologiques. C’est, à notre sens, la grande faiblesse de cet ouvrage collectif qui a pour titre « les leçons à tirer de la crise financière globale ». L’éditeur aurait dû (afin d’être fidèle au titre de l’ouvrage) adopter la démarche des Canadiens Paul Shrivastra et Matt Statler qui, dans leur ouvrage Learning from the Global Financial Crisis: Sustainably, Reliably, Creatively, ont eu recours à l’expertise de spécialistes venant de champs autres que ceux de la finance et de l’économie pour analyser ladite crise et comprendre ses différentes causes et conséquences.

L’autre faiblesse de cet ouvrage est l’absence totale de toute référence à des théories d’économie politique plus contemporaines, comme la théorie de l’économie comportementale développée dans les années 2000 par le Prix Nobel Daniel Kahneman ou la nouvelle branche d’analyse économique appelée la « neuroéconomie » ou « neurofinance ». La critique de la théorie keynésienne et l’analyse de celle d’Hyman Minsky ont occupé toute la place consacrée aux analyses dans les différents chapitres du livre.

Néamoins, par son langage technique savant, l’ouvrage The Global Financial Crisis. What Have We Learnt? nous semble incontournable pour tous les experts et les étudiants en économie, puisqu’il leur offre des analyses aussi bien théoriques qu’empiriques (statistiques et autres) sur la crise financière de 2008, dont les effets ne se sont pas encore dissipés. Il suffit, pour s’en convaincre, de se rappeler la dernière crise budgétaire aux États-Unis.