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Comptes rendus

Culture and Identity in the Luso-Asian World. Tenacities & Plasticities. Portuguese and Luso-Asian Legacies in Southeast Asia, 1511-2011, vol. 2, Laura Jarnagin (dir.), Singapour, Institute of Southeast Asian Studies, 2012, 367 p.

  • Nathalène Reynolds

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  • Nathalène Reynolds
    Sustainable Development Policy Institute (SDPI), Islamabad, Pakistan

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Culture and Identity in the Luso-Asian World. Tenacities & Plasticities constitue le second volume d’une réflexion qui donna lieu à une conférence interdisciplinaire intitulée Portuguese and Luso-Asian Legacies in Southeast Asia, 1511-2011, laquelle s’est tenue à Singapore et à Malacca (Malaisie) du 28 au 30 septembre 2010. L’Institute of Southeast Asian Studies (iseas) de Singapour et l’Universiti Teknologi mara (uitm), Bandaraya Campus, de Malacca en furent les organisateurs. Et ils invitèrent des chercheurs de nationalités et d’horizons disciplinaires variés qui avaient eu accès à divers fonds d’archives nationales ; ensemble, ceux-ci furent libres d’envisager un regard nouveau sur une période de l’histoire pourtant bien connue.

L’Institute of Southeast Asian Studies et l’Universiti Teknologi Mara souhaitaient marquer – et non, comme tous deux l’ont précisé, commémorer ou célébrer – le cinq centième anniversaire de la conquête portugaise de Malacca (1511). Ces deux institutions répondaient à une initiative du directeur de l’iseas, l’ambassadeur K. Kesavapany, qui cherchait à promouvoir une meilleure compréhension des dynamiques sociales, en particulier en Asie du Sud-Est. Cette zone géographique est, en effet, l’héritière d’un syncrétisme politique mais surtout culturel et religieux récent né des vagues de colonisation européenne.

Le lecteur qui ne disposerait pas du temps nécessaire pour se plonger dans le second volume de cette collection peut en avoir un avant-goût en prenant connaissance de son introduction. Mais il aurait tort de s’y limiter, tant la palette de thèmes évoqués bat en brèche l’idée communément admise d’une colonisation contemporaine dont les communautés ethno-religieuses se seraient gardées de tout emprunt de valeurs et de tout mélange, osons le mot, racial.

Laura Jarnagin, professeure invitée à l’iseas à Singapour et professeure émérite de la Colorado School of Mines, nous rappelle tout d’abord que le premier volume de la collection Portuguese and Luso-Asian Legacies in Southeast Asia 1511-2011 – The Making of the Luso-Asian World : Intricacies of Engagement – s’est attaché à traiter du monde luso-asiatique, observant – en Asie du Sud, du Sud-Est et de l’Est – l’interaction de politiques, cultures et sociétés marquées par des différences majeures. Le second volume, Culture and identity in the Luso-Asian World. Tenacities & Plasticities, se penche sur ce que l’anglais nomme le « living spirit » (expression que le français ne permet pas de rendre) des communautés de cette même sphère culturelle. L’ouvrage comprend également une section composée d’une trentaine de cartes géographiques témoignant de l’étendue de la pénétration portugaise dans le monde.

Dans l’introduction au second volume, Jarnagin aborde la problématique des « propriétés qualitatives des cultures et des identités » [Qualitative Properties of Cultures and Identities]. Faut-il le rappeler, les thèmes de la culture et de l’identité ont, depuis la chute de ce qu’on l’on nomma en Occident le bloc soviétique, suscité nombre d’analyses d’experts qui se sont volontairement confinés à l’étude de la seule évolution du fait politique contemporain, alors qu’ils se hâtaient de tirer des conclusions qui les autoriseraient à proclamer la primauté de leur analyse. Paradoxalement, l’ère de la globalisation (au sein de laquelle s’inscrivent les conséquences des drames du 11 septembre 2001) a été accompagnée par la diffusion d’un credo : celui de l’existence de quelques catégories religio-culturelles, lesquelles seraient inéluctablement figées, tandis qu’elles tendraient à l’uniformité, quelle que soit la zone géographique qui susciterait l’intérêt. Un antagonisme profond, qui aurait opposé deux grandes civilisations – l’une chrétienne et la seconde musulmane –, constitue pour les irréductibles de deux camps une grille de lecture qui, estiment-ils, conduit seule à une véritable analyse des données nationales et mondiales historiques et contemporaines. Aussi y a-t-il lieu de revenir sur l’entreprise coloniale d’États chrétiens européens, qui adhéraient fermement aux cultes catholique ou protestant.

Repli communautaire de populations qui demeureraient attachées à des valeurs particulières face à une globalisation qui vanterait l’existence d’un village planétaire ? Crise économique qui opposerait les citoyens de première zone se décrivant comme détenteurs d’une véritable nationalité aux citoyens de seconde zone, car ils seraient de naturalisation récente ? Il faut, en tout état de cause, souligner que ce que nous nous flattons de nommer l’Histoire (usant d’un H majuscule) est composé de guerres, de conquêtes et d’invasions, constituant en un mot un véritable laboratoire au sein duquel les cultures naissent, s’enrichissent au contact les unes des autres ou viennent à disparaître. Ce concept de culture ne serait-il pas d’ailleurs – comme l’écrit Vincente Paulino dans une contribution intitulée Remembering the Portuguese Presence in Timor and Its Contribution to the Making of Timor’s National and Cultural Identity – « un cadre » autorisant l’analyse de « l’aventure humaine, un résultat » en quelque sorte « temporel et spatial » (Jarnagin, 2012 : 88) ?

Il est toujours délicat de tenter un compte rendu d’ouvrages collectifs et plus encore d’actes de colloques, en particulier lorsque les contributions sont denses. L’espace qui est généralement accordé au recenseur le contraint à quelques généralités, puis à une description de l’organisation de l’ouvrage. Avant de terminer, nous n’échapperons pas à la règle. Culture and Identity in the Luso-Asian World. Tenacities & Plasticities comprend ainsi trois parties. La première se penche sur la construction d’une identité au sein du monde luso-asiatique ; la deuxième traite de trois composantes culturelles majeures : le langage, l’architecture et la musique ; enfin, la troisième partie examine les thèmes de « Adversity and Accommodation » de communautés qui se plièrent à la nécessité de partager un espace qu’ils apprirent à considérer comme commun.

Sans doute pouvons-nous, en guise de conclusion, emprunter à Manuel Lobato (« From European-Asian Conflict to Cultural Heritage : Identification of Portuguese and Spanish Forts on Ternate and Tidore Islands », 2012 : 179-207) la première partie de son titre. L’auteur souligne ainsi que le conflit qui opposa l’Europe à l’Asie donna naissance à un héritage culturel ; et nous ajouterons qu’il faudrait, à l’abri de toute manipulation politique, apprendre à le célébrer.