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Introduction

Pratiques quotidiennes du savoir s’adapter

  • Philippe Maubant

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Couverture de Pratiques quotidiennes du savoir s’adapter : témoignages, Volume 9, numéro 1, 2020, p. 1-109, Phronesis

À l’heure où nous bouclons ce numéro, la pandémie du COVID-19, et ses effets immédiats et à venir, frappent chacune et chacun d’entre nous. La thématique de la professionnalisation dans les métiers de la relation à autrui, ce que nous appelons, avec d’autres, les métiers de l’humain, fut aux fondements mêmes de la création de notre revue. Cette thématique résonne encore aujourd’hui avec force tant nous avons besoin, à tous les niveaux des organisations humaines, de professionnels dont la compétence tient non seulement à la qualité de la formation qu’ils ont reçue mais aussi aux valeurs d’engagement et de don de soi qui caractérisent ces professions adressées à autrui, autrement dit ces professions du service public et du service au public. Cette compétence en acte n’est pas seulement le résultat d’une maîtrise de savoirs techniques, ni de savoirs savants, pas davantage de tours de main ou de ficelles de métier. Certes, ces différentes ressources, apprises, transmises, élaborées au fil des différents temps de vie, nourrissent la compétence attendue de ces professionnels de l’humain. Mais celle-ci ne serait rien sans un savoir essentiel : le savoir s’adapter, autrement dit, un savoir qui se nourrit d’une intelligence des situations. Or, force est de constater que l’examen attentif des organisations nous invite aujourd’hui à une certaine circonspection quant à la présence, bien trop rare, de ce savoir s’adapter. Si le récent appel à la mobilisation générale pour faire face à la crise sanitaire, sociale et économique résonna dans toutes les sphères sociales, il n’est pas certain qu’il eut un effet immédiat et encore moins pérenne sur les acteurs hostiles au changement. Or, ceux-ci sont toujours bien présents, tant dans les organisations privées que dans les institutions publiques. Ils sont restés actifs en continuant de déployer l’expression multiforme de leurs résistances aux transformations individuelles et organisationnelles qu’une telle réalité pourtant impose. Ils demeurent enfermés dans un immobilisme coupable. Tentés par quelques velléités bureaucratiques, ils refusent tout processus adaptatif que requiert pourtant cette crise sanitaire qui est surtout aussi une crise sociale et sociétale. Pire, ils invoquent d’obscures raisons, tantôt techniques, tantôt procédurales, tantôt réglementaires, pour contourner, repousser voire surseoir à l’action imposée par le contexte, et souvent exigée par l’urgence de la décision. L’informatisation croissante et continue des administrations publiques leur sert de paravent. Là où il conviendrait, en pareille circonstance, de développer ce savoir s’adapter, d’inventer des solutions, même les plus iconoclastes a priori, les réfractaires au changement se placent en retrait du collectif et se réfugient dans l’impensé de l’intérêt général. Nous pouvons d’ores et déjà identifier deux types d’acteurs hostiles au changement : le premier type relève de ce que nous pourrions appeler les professionnels de la production. Très à l’aise dans le refus de toute modification de leurs pratiques, ils sont capables de déployer des stratégies bien rodées d’évitement voire de refus de modifier le quotidien de leurs actions. Tout cela conduit in fine au blocage progressif de l’activité de production. Cela est particulièrement problématique lorsque les pratiques individuelles et collectives dont la situation nouvelle exige leurs modifications, se trouvent niées, contestées et refusées par ces ennemis du savoir s’adapter. Cela impacte l’activité de travail des autres membres de l’organisation. Chez ces réfractaires au changement, l’éthique de l’engagement est depuis longtemps absente de leurs pratiques. Nous pouvons faire l’hypothèse que cette absence du sens de l’engagement se double, chez ces professionnels de la production, de stratégies individuelles mêlant habilement velléités procrastinantes et acédie chronique. Dans la mesure où ils pratiquent aussi l’impensé de l’éthique de responsabilité, ils développent une propension à transférer chez d’autres la responsabilité de leur inaction. La …

Parties annexes