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Recensions

Cohen-Azria, C. et Sayac, N. (2009). Questionner l’implicite. Les méthodes de recherche en didactiques, 3. Villeneuve d’Ascq, France : Presses universitaires du Septentrion

  • François Pichette

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  • François Pichette
    Téluq / Université du Québec à Montréal

Couverture de Volume 38, numéro 1, 2012, p. 7-235, Revue des sciences de l’éducation

Corps de l’article

Ce troisième ouvrage de la collection Éducation et didactiques découle d’un séminaire où quelque 25 chercheurs se sont penchés sur leurs propres pratiques de recherche en didactique – en bonne partie de leur thèse de doctorat – ou sur celles des autres. Le but visé est d’examiner les choix non explicités en recherche, de la mise sur pied d’un projet au recueil des données, à leur traitement et leur diffusion. Une quinzaine d’articles sont répartis également dans les trois sections de l’ouvrage : implicites et constitutions de corpus, implicites et cadres théoriques et implicites et objets de recherche. Les éditrices ont fait présenter puis récapituler chacune des sections.

L’ouvrage est bien ficelé, constant dans la longueur des articles et dans le format d’écriture. On épargne au lecteur la diarrhée de notes de bas de page qui leste souvent les ouvrages français. Malgré un jargon parfois opaque, la langue est soignée, les seules faiblesses étant l’aller-retour du Je au Nous auguste, et des virgules manquantes ou superflues qui peuvent agacer. L’intérêt du livre réside beaucoup dans son thème audacieux et cet exercice d’humilité qu’est l’introspection à laquelle se prêtent ses collaborateurs. Bien des lecteurs y trouvent leur compte puisqu’on y traite de l’enseignement (les didactiques) de plusieurs disciplines en sciences pures aussi bien qu’humaines. Le contenu fait réfléchir aux motivations qui sous-tendent nos décisions comme chercheurs.

Par contre, le thème central reste flou. De l’implicite derrière les décisions du chercheur, on dérive vers l’implicite derrière le choix des enseignants, ou même chez les auteurs de manuels. L’implicite est aussi vu tantôt comme un phénomène inconscient du chercheur, mû par son bagage académique et ses préjugés, tantôt comme un acte conscient d’omettre ce qui peut nuire.

La principale lacune est ce tour de force d’aborder la vie intellectuelle scientifique (p. 27) en faisant fi de presque tout ce qui existe comme recherche en didactique en dehors de la francophonie. Hormis trois articles, seulement 3 % des références ne sont pas en français. Monolinguisme handicapant ou ethnocentrisme ? La récurrence des auteurs cités et des théories pondues en France donne l’impression d’un vase clos où l’on se cite l’un l’autre à l’envi. Cette apparente autarcie intellectuelle pourrait expliquer le contenu scientifiquement homogène de l’ouvrage. La recherche en didactique y semble implicitement ( !) conçue comme de l’ethnographie d’observation – […] la moins explicite des méthodologies de recherche (p. 175) – par laquelle on enregistre ce qui se passe en classe (ou du moins ce qu’on en perçoit) pour le découper en épisodes sur la base de critères de segmentation souvent flous. Surtout sous l’angle des gestions d’incidents, on analyse ensuite ce contenu pour deviner ce qui oriente les pratiques d’enseignement, en faisant des conjectures sur le savoir et les intentions des enseignants. Le lecteur d’inclination quantitative cherche en vain des devis expérimentaux ou des mesures d’efficacité de l’enseignement. Seul l’excellent article de B. Daunay vient pallier l’absence de quantitatif, motivant son approche par le risque, autrement, […] de rester confinés dans le flou de la subjectivité (p. 204).