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  • Jean-François Cottier

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  • Jean-François Cottier
    Université Paris-Diderot

Couverture de <em>Nova Gallia</em> : recherches sur les &#233;crits latins de Nouvelle-France, Numéro 99, été 2012, p. 5-138, Tangence

Corps de l’article

Nec, quamvis iam sim barbara, semper ero  [1]

Laurent Lebrun, Franciados

Il est difficile de comprendre pourquoi au Québec et au Canada on a oublié si longtemps de s’intéresser aux auteurs qui ont préféré écrire en latin plutôt qu’en français, laissant dans l’ombre une production littéraire aussi riche qu’intéressante et qui permet sans aucun doute de mieux comprendre les textes écrits en vernaculaire parfois par les mêmes auteurs  [2] ! Impossible de saisir vraiment le xvie siècle sans lire Érasme, Thomas More ou Calvin. Pourquoi dès lors se priver, pour la Nouvelle-France, de lire Biard ou Monet, ignorer la poésie de Le Brun et de Carheil, ou les travaux historiques et linguistiques de Du Creux ou De La Brosse ? Jozef Ijsewijn, l’un des grands spécialistes de la littérature néolatine, avait déjà signalé quelques noms comme ceux des pères Raguenau, Ducreux ou Chastellain pour la Nouvelle-France, ou Herbert H. Huxley et Éric Jovanovich pour le Canada contemporain  [3]. Mais il soulignait aussi qu’à sa connaissance, « l’histoire du latin au Canada n’avait jamais été écrite  [4] ».

Dans un numéro précédent de Tangence  [5], nous avions tenté de commencer à réparer cet oubli en dressant un état de la question et en proposant un premier bilan des recherches pour les écrits latins de Nouvelle-France. Ce premier volume avait analysé le rapport de ces textes à leurs modèles antiques (Haijo Westra), en étudiant l’importance des écrits linguistiques (John Bishop) et en réfléchissant aux enjeux littéraires des Historiae Canadensis du P. Du Creux (Amélie Hamel). On y avait également abordé la question du patrimoine littéraire classique latin (Iréna Trujic) et grec (Benoît Castelnérac) pour le xixe siècle.

Depuis, cette enquête de longue haleine s’est poursuivie dans la recherche solitaire, mais aussi à l’occasion de deux grands congrès en études classiques : celui de la Société canadienne des études classiques, qui s’est tenu à Québec en juillet 2010, et celui de la Classical Association of the Canadian West, qui a eu lieu à Calgary en mars 2011. À chacun de ces deux congrès, on a pu présenter une séance consacrée aux écrits latins du Nouveau Monde, et spécialement de la Nouvelle-France. Ce dossier regroupe six articles qui approfondissent le premier volume que nous avions consacré à ce sujet. Haijo Westra s’intéresse aux trois premiers textes qui décrivent la côte Est, John Gallucci aux termes latins qui servent à désigner les Amérindiens dans les Relations et Jean-François Cottier réfléchit à l’utilisation du latin comme outil de grammatisation des langues autochtones. À côté de ces trois études fondées sur les écrits missionnaires, Aline Smeesters et Peter O’Brien analysent pour leur part des poèmes néo-latins jésuites qui intéressent aussi la Nouvelle-France (Le Brun) et la culture classique des Jésuites qui y sont envoyés (Carheil). Enfin, Iréna Trujic réfléchit à la manière dont Philippe Aubert de Gaspé reprend l’Énéide pour créer sa Nouvelle-France.

Nous souhaitons ainsi peu à peu faire revivre des textes oubliés et méconnus, et contribuer à notre manière à l’avancement des études littéraires et historiques sur la Nouvelle-France. Mais cette entreprise n’est qu’à ses débuts et nous espérons pouvoir présenter bientôt un premier catalogue raisonné des écrits latins de Nouvelle-France, en collaboration avec Guy Laflèche, et poursuivre la recherche de nouveaux textes, l’édition de manuscrits déjà repérés, l’étude des textes du corpus en allant jusqu’à un élargissement aux autres textes latins de Nouvelle-Angleterre et de Nouvelle-Espagne  [6].

Parties annexes