ChroniquesPoésie

Au bal des fantômes

  • Denise Brassard

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  • Denise Brassard
    Université du Québec à Montréal

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Couverture de Nouveaux visages de la recherche, Volume 46, numéro 3 (138), printemps–été 2021, p. 5-156, Voix et Images

Au cours des derniers mois, combien de fois suis-je restée perplexe devant ces constats d’une révolution de notre rapport au temps, dont le point zéro serait le 13 mars 2020, le jour où le Québec a été mis en pause ? Chaque fois, je me suis demandé sur quelle planète leurs auteurs vivaient. Il semblerait donc que pour plusieurs d’entre nous, le temps ait ralenti, au point de susciter l’ennui. Alain Farah affirmait même il y a quelques jours que le confinement lui avait fait retrouver le sommeil, le goût d’écrire et le plaisir d’enseigner. Je suis bien heureuse pour lui et ma foi un peu envieuse, car je ne peux, hélas, en dire autant. Vous avez eu l’impression que le temps avait ralenti, vous ? Pour ma part, j’ai plutôt eu l’impression que, comme l’espace, il avait été compressé. Au terme de cette année pour le moins étourdissante, je me sens comme une girouette qu’on aurait laissée bouillir trop longtemps dans une immense soupe Zoom. C’est donc une lectrice épuisée et peu motivée que les livres empilés sur le coin du bureau lorgnaient et rappelaient à son devoir de chroniqueuse. Par chance, la rentrée poétique de 2021 est un grand cru. Ainsi j’ai pu compter sur le plaisir de la découverte pour ranimer mon désir de parler de poésie, et sur des voix fortes pour porter ma fatigue jusqu’aux premières chaleurs du printemps. L’approche est singulière. Le regard ne se fixe pas. Fruit d’une attention flottante, il balaie l’espace, presque distraitement, et c’est ainsi, un peu comme le fait la poussière dans la lumière de Delhi, que les contours des êtres se dessinent. Le projet s’apparente également à une fiction cinématographique, ce que suggère le sous-titre : « avec Ben Kingsley dans le rôle principal », dont chaque poème serait un arrêt sur image. C’est dire la place accordée à l’imaginaire dans ce livre où sont abolies les frontières entre les niveaux de perception : L’étrangeté des associations est accentuée par celle de l’environnement où se trouvent les protagonistes, en l’occurrence la narratrice et son compagnon de vie et de voyage, qui revisitent leur histoire et redécouvrent leur intimité à la faveur du dépaysement : Bien qu’on ne trouve dans ce livre aucune référence à la pandémie et que l’Inde entretienne avec la mort un rapport de proximité qui échappe aux Occidentaux que nous sommes, ce défilé de fantômes semble faire écho aux statistiques des derniers mois, rappelant la pénurie de combustible et les dizaines de milliers de cadavres empilés au bord du Gange ou dans les stationnements des centres commerciaux, en attente d’être brûlés. Au fil du voyage, la question qui se pose aux protagonistes est celle de savoir si l’on peut réapprendre l’amour, et si ce réapprentissage ne commencerait pas par un délestage de soi-même. C’est du moins ce que porte à croire le très beau poème intitulé « L’absence » : L’humour contribue à cet effort de déprise de soi, qui suscite un rire discret, très proche de la mort. Dans ce décor où « [les] caissiers sont tous sous anesthésie » (38) et où le sable mouvant se compte en grains, le temps se dilate et les rêves le disputent au jour. Chargés de souvenirs d’enfance, ces rêves mettent en scène le père mort qui surgit en alcoolique tueur de chats et bientôt envahit la ville en « dizaines d’exemplaires » (45), toutes époques confondues. Seul un geste semble rattacher la narratrice au réel, celui de lancer une pierre dans le canal – il revient de manière récurrente. Certains poèmes ont des allures d’hallucinations, comme …

Parties annexes