Windsor Yearbook of Access to Justice
Tous les articles de cette revue sont soumis à un processus d’évaluation par les pairs.
Recueil annuel de Windsor d'accès à la justice
Volume 41, 2025
Sommaire (5 articles)
ARTICLES
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Backsliding on Disability Rights: Bokhari and the Erosion of the Social Model in Ontario Human Rights Law
Anne Levesque
p. 1–7
RésuméEN :
This case commentary critically examines Bokhari v Top Medical Transportation Services, a decision of the Human Rights Tribunal of Ontario that dismissed a disability discrimination claim on the basis that the applicant’s injury was “transitory” and thus did not meet the definition of disability under the Human Rights Code. The paper argues that the Tribunal's reasoning marks a troubling departure from the social model of disability long embraced in Canadian human rights law. It highlights how the decision reinforces a narrow, medicalized conception of disability and imposes procedural barriers that undermine access to justice. The upcoming judicial review offers an important opportunity to reaffirm disability rights.
FR :
L’auteure du présent commentaire de décision examine sous un angle critique la décision Bokhari v Top Medical Transportation Services du Tribunal des droits de la personne de l’Ontario, qui a rejeté l’allégation de discrimination fondée sur le handicap au motif que la blessure du demandeur était [traduction] « temporaire » et que son handicap ne correspondait donc pas à la définition de ce terme au sens du Code des droits de la personne. L’auteure de l’article soutient que le raisonnement du Tribunal marque une rupture plutôt inquiétante par rapport au modèle social du handicap adopté depuis longtemps dans la législation canadienne en matière de droits de la personne. Elle souligne la manière dont la décision conforte une conception étriquée et médicalisée du handicap et impose des obstacles procéduraux qui compromettent l’accès à la justice. La révision judiciaire prévue offre une excellente occasion de réaffirmer les droits des personnes handicapées.
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Familialism and the Meaning of ‘Spouse’ in Social Assistance Law
Yukiko Kobayashi Lui
p. 8–33
RésuméEN :
Ontario’s two income support social assistance programs disentitle beneficiaries if they enter into spousal relationships with people with more resources than them. By undertaking a survey of the jurisprudence of the Social Benefits Tribunal, the article presents the two main ways in which poor people’s choices about their family lives are constrained through the operation of Ontario’s social assistance regime. The article elucidates how social assistance law, policy and adjudication act as a form of family law for poor people using welfare, and how the constraints it imposes interfere with the autonomy of society’s poorest.
FR :
Les personnes qui entament une relation conjugale avec une autre personne disposant de plus de moyens financiers qu’elles cessent de bénéficier des deux programmes d’aide sociale et de soutien du revenu de l’Ontario. L’auteure de l’article effectue un tour d’horizon de la jurisprudence du Tribunal de l’aide sociale et présente les deux principaux moyens par lesquels le régime d’aide sociale appliqué en Ontario limite dans leur choix de vie de famille les personnes pauvres. Elle explique comment les lois, politiques et décisions en matière d’aide sociale font office de droit de la famille pour les personnes pauvres qui bénéficient de l’aide sociale et dans quelle mesure les contraintes qui sont ainsi imposées nuisent aux choix des personnes les plus démunies de la société dans leurs relations.
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Anishinaabe gikinoo’amaadiwin: A Lifelong Journey Toward the Gift of Knowledge of Truth and Justice
Florence Robert
p. 34–67
RésuméEN :
In Anishinaabe gikinoo’amaadiwin (legal education), law—inaakonigewin—is a way of life, and learning is the practice of inaadiziwin (the Anishinaabe way of life). This paper examines the philosophical, legal, and epistemological foundations of Anishinaabe legal education, which have long been absent from Canadian law schools and only recently begun to receive attention in response to the Truth and Reconciliation Commission’s Calls to Action 28. It begins with inendamowin (philosophy, worldview, way of thinking), grounded in creation stories, language, kinship with all of Creation, and the responsibilities that flow from these relationships. It then turns to inaakonigewin (law), understood not as a set of abstract rules but as a living practice rooted in relational responsibilities and the pursuit of mino-bimaadiziwin (the good life). Gikendaasowin (knowledge) is explored as a dynamic, relational, and spiritually grounded lifelong process acquired through dreams, visions, stories, ceremonies, observation, and engagement with the land and community. Finally, the paper examines gikendaasowinan (ways of knowing and learning), which emphasize experiential and relational modes of learning that engage the heart, mind, body, and spirit. Together, these concepts offer a framework for understanding Anishinaabe legal education and call on law schools to make space for Indigenous laws on their own ontological and epistemological terms.
FR :
Dans l’Anishinaabe gikinoo’amaadiwin (enseignement juridique), le droit —l’inaakonigewin — est un mode de vie et l’apprentissage est la pratique de l’inaadiziwin (le mode de vie anishinaabe). Dans cet article, l’auteure examine les fondements philosophiques, juridiques et épistémologiques de l’enseignement juridique anishinaabe longtemps laissé pour compte par les facultés de droit canadiennes qui ne font que commencer à s’y intéresser en réponse à l’appel à l’action no 28 de la Commission de vérité et réconciliation. L’auteure traite d’abord de l’inendamowin (philosophie, vision du monde, mode de pensée), qui tire ses origines de récits de la création, de la langue, de l’affinité ressentie avec l’ensemble de la création et des responsabilités qui découlent de ces liens. Puis elle s’intéresse à l’inaakonigewin (le droit), considéré non pas comme un ensemble de règles abstraites, mais comme une habitude de vie qui repose sur des responsabilités relationnelles et la quête de la mino-bimaadiziwin (la bonne vie). Le terme Gikendaasowin (la connaissance) y est décrit comme un processus relationnel dynamique de toute une vie, empreint de spiritualité, qui découle de rêves, de visions, de récits, de cérémonies, de l’observation et du dialogue avec la terre et la collectivité. Enfin, l’auteure se penche sur le terme gikendaasowinan (modes de connaissance et d’apprentissage), en mettant l’accent sur les modes d’apprentissage par l’expérience et les relations qui font intervenir le coeur, l’esprit, le corps et l’âme. Toutes ces notions réunies servent de cadre pour comprendre l’enseignement juridique anishinaabe et lancer un appel aux facultés de droit pour qu’elles réservent une place au droit autochtone selon les modalités ontologiques et épistémologiques qui leur conviennent.
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Legal Estrangement and Tenant Non-attendance at Eviction Hearings
Sarah Buhler
p. 68–88
RésuméEN :
In jurisdictions across the country, it is common for tenants to not participate in their eviction hearings. Yet the thousands of eviction decisions that are generated by Canadian residential tenancies tribunals every year profoundly affect tenants, their families, and whole communities. The fact that the majority of these orders are made following a hearing where the tenant was absent is therefore worthy of attention. This qualitative study sought to address this gap by asking people in Saskatoon about why they did not participate in their eviction hearings. Drawing on the theory of “legal estrangement” developed by Monica Bell, the paper argues that tenants’ non-attendance at eviction hearings is a result of individual and community-held beliefs that the legal process around eviction is unfair, and that these beliefs are rooted in “structural exclusion” by residential tenancies tribunals and eviction law.
FR :
Dans les ressorts canadiens, il est courant que les locataires n’assistent pas à leur audience d’expulsion. Pourtant, les milliers de décisions d’expulsion rendues chaque année par les tribunaux canadiens compétents en matière de location à usage d’habitation touchent profondément des locataires, leurs familles et des collectivités entières. Le fait que la plupart de ces ordonnances soient rendues après une audience lors de laquelle le locataire n’était pas présent mérite donc de s’y attarder. La présente étude qualitative visait à combler cette lacune en demandant aux locataires à Saskatoon d’expliquer pourquoi ils n’ont pas participé à leur audience d’expulsion. S’inspirant de la théorie de la marginalisation juridique élaborée par Monica Bell, l’auteure de l’article fait valoir que les convictions personnelles et de la collectivité, à savoir que la procédure judiciaire d’expulsion est injuste, font en sorte que les locataires omettent de participer à leur audience d’expulsion. Elle soutient également que ces convictions tirent leur origine de l’« exclusion structurelle » causée par les tribunaux compétents en matière de location à usage d’habitation et les lois relatives aux expulsions.
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The Social Individual and the Limits of Adjudication
Richard Moon
p. 89–99
RésuméEN :
Two very general ideas have shaped my thinking about constitutional law. The first is that most of the rights in the Charter protect or advance different aspects of our relationship or connection with others. We are social beings. Who we are – our identity, our agency – is shaped by our interactions with others. Rights such as freedom of expression, religious freedom, and the right to equality, do not simply protect individual autonomy, but instead protect different aspects of human flourishing within community. The second theme is narrower and more legal and has to do with what we can expect from the courts in the protection of rights or the advancement of the public good. Courts are adjudicative bodies. Their role is to interpret and apply the law – existing law - to the cases that come before them. Because courts are insulated from political pressure, they are well suited to the role of adjudicator – to resolving disputes based on the law. At the same time, because they are independent in this way, courts are poorly suited to the task of general policymaking, or the redistribution of resources. In my writing I have explored both these themes, and the tension between them. In this lecture, I will discuss three Charter rights – freedom of expression, the right to equality, and religious freedom – to illustrate what I mean by the social character of rights and the tension between this understanding of rights and the structure of constitutional adjudication.
FR :
Deux notions très générales ont influencé ma réflexion sur le droit constitutionnel. La première est que la plupart des droits garantis par la Charte protègent ou favorisent différents aspects de notre rapport ou de nos liens avec les autres. Nous sommes des êtres sociaux. Nos interactions avec les autres forgent notre caractère, notre identité, notre faculté d’agir. Les droits, comme la liberté d’expression, la liberté de religion et le droit à l’égalité, ne protègent pas simplement l’autonomie de chacun, mais protègent plutôt divers aspects de l’épanouissement des êtres humains dans la société. La seconde, plus restreinte, touche au domaine juridique et a trait aux attentes que nous pouvons avoir à l’égard des tribunaux en matière de protection des droits ou de promotion de l’intérêt public. Les tribunaux sont des instances juridictionnelles. Leur mission est d’interpréter le droit – celui qui est en vigueur – et de l’appliquer aux affaires dont ils sont saisis. Les tribunaux étant à l’abri des pressions politiques, le rôle de décideur, qui consiste à trancher des litiges en se fondant sur le droit, leur convient parfaitement. En revanche, parce que les tribunaux sont ainsi indépendants, l’adoption de politiques générales ou la redistribution de ressources ne leur convient guère. Je me suis penché sur ces deux notions et sur le dilemme qui se pose entre elles. Dans le présent exposé, je traiterai de trois droits garantis par la Charte : la liberté d’expression, le droit à l’égalité et la liberté de religion, afin d’illustrer ce que j’entends lorsque je parle de caractère social des droits et de dilemme entre cette compréhension des droits et la structure des décisions constitutionnelles.