Volume 67, Number 1, 2025 Narratives and Temporalities of Infrastructure: The Canadian Experience Récits et temporalités des infrastructures : l’expérience canadienne Guest-edited by Philipp Budka and Giuseppe Amatulli
Table of contents (24 articles)
Note from the Editors / Notes des rédactrices
Thematic Section: Narratives and Temporality of Infrastructures: The Canadian Experience / Section thématique : Récits et temporalités des infrastructures : l’expérience canadienne
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Introduction: Narratives and Temporalities of Infrastructure in Canada
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Introduction : Récits et temporalités des infrastructures au Canada
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Contested Waters: Political Ontologies of Water and the Production of Risk in First Nations Water Systems
Carly Dokis, Randy Restoule and Benjamin Kelly
pp. 1–25
AbstractEN:
Indigenous communities in Canada are disproportionately affected by unsafe and insecure water systems. While inadequate federal funding and regulatory gaps have been identified as key barriers to the provision of safe drinking water on reserves, much less attention has been paid to the ways in which water quality risks are defined and managed by state actors, and the consequences of these rationalities and technologies of regulation for Indigenous peoples. Renewed ethnographic attention to infrastructure has called attention to the ways in which infrastructures are critical sites through which narratives, technological assemblages, ideologies, political rationalities, aesthetics, and sensory experiences are produced, encountered, and contested. Infrastructures and their administration are also deeply biopolitical projects that facilitate discipline and control. In this article, we show how water infrastructures are closely tied to ongoing colonial processes that serve to subjugate and, at times, blame Indigenous people for insecure water quality on reserves. In doing so, we interrogate the normative practices and techniques through which the Canadian state assesses water quality risks in Indigenous communities and the associated consequences for water governance.
FR:
Les communautés autochtones du Canada sont touchées de manière disproportionnée par des réseaux d’approvisionnement en eau insalubres et peu sûrs. Si l’insuffisance des financements fédéraux et les lacunes réglementaires ont été identifiées comme des obstacles majeurs à l’approvisionnement en eau potable dans les réserves, on s’est beaucoup moins intéressé à la manière dont les risques liés à la qualité de l’eau sont définis et gérés par les acteurs étatiques, ainsi qu’aux conséquences de ces rationalités et technologies de régulation pour les peuples autochtones. Un regain d’intérêt ethnographique pour les infrastructures a attiré l’attention sur le fait que celles-ci sont des lieux essentiels où se produisent, se rencontrent et s’affrontent des récits, des assemblages technologiques, des idéologies, des rationalités politiques, des esthétiques et des expériences sensorielles. Les infrastructures et leur administration sont également des projets profondément biopolitiques qui facilitent la discipline et le contrôle. Dans cet article, nous montrons comment les infrastructures hydrauliques sont étroitement liées aux processus coloniaux en cours qui servent à asservir et, parfois, à blâmer les peuples autochtones pour la qualité insatisfaisante de l’eau dans les réserves. Ce faisant, nous interrogeons les pratiques et techniques normatives par lesquelles l’État canadien évalue les risques liés à la qualité de l’eau dans les communautés autochtones et les conséquences qui en découlent pour la gouvernance de l’eau.
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What does Permafrost mean to you? Inuvialuit and Gwich’in Knowledge Holders’ Perceptions of a Thawing Relation
Susanna Gartler and Susan A. Crate
pp. 1–25
AbstractEN:
While climate scholarship has detailed the biophysical impacts of Arctic permafrost thaw, less attention has been paid to how permafrost is perceived and lived with. Drawing on community-based research with Inuvialuit and Gwich’in knowledge holders in the Inuvialuit and Gwich’in Settlement Regions of the Western Canadian Arctic, we argue that permafrost is more than frozen ground: it sustains mobility, subsistence, and cultural continuity; and its degradation threatens these life-giving relations. Analyzing Indigenous land users’ narratives through the lenses of perception studies and infrastructure theory—and foregrounding critical Indigenous scholarship—we propose that permafrost can be understood as critical and alimentary infrastructure in a decolonial sense: an essential system and web of relations vital to societal functioning and a good life on the land. By exploring the meanings attributed to permafrost as a material, and how Indigenous land users engage with the ever-changing landscape and the acceleration of change in the Mackenzie Delta, our study highlights how permafrost thaw impacts perpetuate power imbalances of settler colonialism, as well as how Indigenous perspectives draw attention to permafrost as inseparable from land, kinship, and sustenance. This engagement expands infrastructural analysis through Indigenous epistemologies, producing new understandings of both infrastructure and environment in Arctic contexts.
FR:
Alors que les études climatiques ont détaillé les impacts biophysiques du dégel du pergélisol arctique, une moindre attention a été accordée à la manière dont le pergélisol est perçu et vécu. En nous appuyant sur des recherches communautaires menées auprès des détenteurs de savoirs inuvialuit et gwich’in dans les régions de peuplement Inuvialuit et Gwich’in de l’Arctique canadien occidental, nous soutenons que le pergélisol est plus qu’un sol gelé : il soutient la mobilité, la subsistance et la continuité culturelle, et sa dégradation menace ces relations vitales. En analysant les récits des utilisateurs autochtones des terres à travers le prisme des études sur la perception et de la théorie des infrastructures, tout en valorisant les travaux universitaires autochtones critiques, nous proposons de considérer le pergélisol comme une infrastructure essentielle et alimentaire au sens décolonial : un système et un réseau de relations indispensables au fonctionnement de la société et à une vie agréable sur ces terres. Grâce à l’exploration des significations attribuées au pergélisol en tant que matériau, et la manière dont les utilisateurs autochtones des terres interagissent avec le paysage en constante évolution et l’accélération des changements dans le delta du Mackenzie, notre étude met en évidence la façon dont les effets du dégel du pergélisol perpétuent les déséquilibres de pouvoir du colonialisme, ainsi que la manière dont les perspectives autochtones attirent l’attention sur le pergélisol comme étant indissociable de la terre, de la parenté et de la subsistance. Cette approche élargit l’analyse des infrastructures à travers les épistémologies autochtones, produisant ainsi une nouvelle compréhension des infrastructures et de l’environnement dans un contexte arctique.
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Planning Development, Promising a Better Future Through Infrastructures: The Cases of Fort St. John, Prince Rupert, and Kitimat in British Columbia
Giuseppe Amatulli
pp. 1–28
AbstractEN:
The lure of development, intertwined with promises of creating endless growth, well-being and socio-economic opportunities, has been used in British Columbia to shape a specific narrative around resource exploitation while justifying the continued approval of development projects. Pipelines such as the Coastal Gas Link (CGL) or LNG liquefaction facilities in Kitimat have been approved and praised as infrastructures that can bring prosperity to locals while fostering the global green transition by shipping “clean” gas and resources to Asia, by using the two deep-water, ice-free ports of Kitimat and Prince Rupert, located in Northwestern British Columbia. Often presented as the shortest routes to link North America to Asia; the former provides the fastest and most cost-effective route for LNG export through the Douglas channel, while the latter is believed to offer the best options for shipping goods into North America while exporting raw materials and resources to growing Asian markets.
The discourse around the necessity of such infrastructures has revamped since Donald Trump took office as the 47th president of the United States on 20 January 2025. The recent tariffs imposed by the US on Canadian goods and the ongoing threat to Canadian sovereignty provide industries and financial actors with a strong argument to foster the discourse around the necessity of such infrastructure, with politicians using it to shape Canada’s 2025 federal election campaign. Combining all these elements, by engaging with the literature on infrastructure and drawing on my fieldwork experience, this contribution explores how infrastructures have been used to shape and strengthen the narrative around the perpetual need for further development while highlighting the impact infrastructure development has had on people’s daily lives and their ability to envision the future.
FR:
L’attrait du développement, associé à des promesses de croissance, de bien-être et d’opportunités socio-économiques illimités, a été utilisé en Colombie-Britannique pour façonner un discours spécifique autour de l’exploitation des ressources tout en justifiant l’approbation continue de projets de développement. Des pipelines tels que le Coastal Gas Link (CGL) ou les installations de liquéfaction de GNL à Kitimat ont été approuvés et salués comme des infrastructures susceptibles d’apporter la prospérité aux populations locales, tout en favorisant la transition écologique mondiale grâce à l’expédition de gaz et de ressources « propres » vers l’Asie, en utilisant les deux ports en eau profonde et libres de glace de Kitimat et Prince Rupert, situés dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Souvent présentés comme les routes les plus courtes pour relier l’Amérique du Nord à l’Asie, le premier offre la route la plus rapide et la plus rentable pour l’exportation de GNL via le canal Douglas, tandis que le second est considéré comme offrant les meilleures options pour expédier des marchandises vers l’Amérique du Nord tout en exportant des matières premières et des ressources vers les marchés asiatiques en pleine croissance.
Le débat sur la nécessité de telles infrastructures a pris un nouvel élan depuis l’entrée en fonction de Donald Trump en tant que 47e président des États-Unis, le 20 janvier 2025. Les récents droits de douane imposés par les États-Unis sur les produits canadiens et la menace permanente qui pèse sur la souveraineté canadienne fournissent aux industries et aux acteurs financiers un argument de poids pour alimenter le débat sur la nécessité de telles infrastructures, les politiciens s’en servant pour façonner la campagne électorale fédérale canadienne de 2025. En combinant tous ces éléments, en m’appuyant sur la littérature consacrée aux infrastructures et sur mon expérience de terrain, cette contribution explore la manière dont les infrastructures ont été utilisées pour façonner et renforcer le discours sur la nécessité permanente de poursuivre le développement, tout en soulignant l’impact que le développement des infrastructures a eu sur la vie quotidienne des gens et leur capacité à envisager l’avenir.
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Narratives of Renewable Energy in Rural Alberta: Exploring the (In)Visibility of New Infrastructures
Anna Bettini
pp. 1–26
AbstractEN:
Over the years, Alberta has seen a rapid growth in the construction and expansion of renewable energy infrastructure, particularly in solar and wind energy projects. This transition promises to bring new financial advantages such as lease payments, property taxes, and community support to smaller rural localities. However, they also come with challenges. Large-scale projects, often built by foreign companies, reshape familiar landscapes with transmission lines, steel towers, and fields of solar panels. The visibility of these initiatives significantly influences local perceptions, as large wind farms and solar installations often face scrutiny from residents. Concerns about aesthetics, land use, and potential impacts on agriculture lead to resistance among communities who feel their livelihoods are threatened. The hidden nature of fossil fuel infrastructures masks significant power dynamics and long-term costs of relying on oil and gas..
This paper explores how people in rural Alberta interpret and respond to these visible changes in their surroundings. Drawing on ethnographic research, it examines the tensions and possibilities that emerge when renewable energy goals intersect with questions of place and justice. By listening to diverse voices and experiences, the paper puts in the foreground the social dimension of the energy transition. Understanding this dimension is crucial in navigating the obstacles and injustices encountered as we move forward.
FR:
Au fil des années, l’Alberta a connu une croissance rapide dans la construction et l’expansion d’infrastructures d’énergie renouvelable, en particulier dans les projets d’énergie solaire et éolienne. Cette transition promet d’apporter de nouveaux avantages financiers tels que des paiements de location, des taxes foncières et le soutien de la communauté aux petites localités rurales. Cependant, elle s’accompagne également de défis. Les projets à grande échelle, souvent construits par des entreprises étrangères, remodèlent les paysages familiers avec des lignes de transport d’électricité, des tours en acier et des champs de panneaux solaires. La visibilité de ces initiatives influence considérablement les perceptions locales, car les grands parcs éoliens et les installations solaires font souvent l’objet d’une surveillance étroite de la part des résidents. Les préoccupations relatives à l’esthétique, à l’utilisation des terres et aux impacts potentiels sur l’agriculture suscitent une résistance parmi les communautés qui se sentent menacées dans leurs moyens de subsistance. La nature cachée des infrastructures liées aux combustibles fossiles masque d’importantes dynamiques de pouvoir et les coûts à long terme de la dépendance au pétrole et au gaz.
Cet article explore la manière dont les habitants des zones rurales de l’Alberta interprètent et réagissent à ces changements visibles dans leur environnement. S’appuyant sur des recherches ethnographiques, il examine les tensions et les possibilités qui émergent lorsque les objectifs en matière d’énergies renouvelables se heurtent à des questions liées au lieu et à la justice. En écoutant des voix et des expériences diverses, l’article met en avant la dimension sociale de la transition énergétique. Il est essentiel de comprendre cette dimension pour surmonter les obstacles et les injustices rencontrés à mesure que nous avançons.
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Exploring Narratives of Energy Reliability in Iqaluit, Nunavut
Kaylia Little
pp. 1–22
AbstractEN:
Reliability is an important feature of energy infrastructure. In Nunavut, reliability is impacted by the remote, isolated, and independent nature of the energy infrastructure. For Iqaluit, community members view energy reliability through numerous lenses, contexts, and narratives. Perceptions of reliability are examined from the perspective of relative reliability and the contrasting perspective of unreliability. This article explores these narratives to better understand how Iqalummiut view reliability. Respondents were drawn from recent and long-term residents of Iqaluit. Furthermore, this article begins a discussion about how this might be important for both the present and future of the city’s energy infrastructure.
FR:
La fiabilité est une caractéristique importante des infrastructures énergétiques. Au Nunavut, la fiabilité est influencée par la nature éloignée, isolée et indépendante des infrastructures énergétiques. À Iqaluit, les membres de la communauté perçoivent la fiabilité énergétique à travers de nombreux prismes, contextes et récits. Les perceptions de la fiabilité sont examinées du point de vue de la fiabilité relative et du point de vue contrasté de la non-fiabilité. Cet article explore ces récits afin de mieux comprendre comment les Iqalummiut perçoivent la fiabilité. Les personnes interrogées sont des résidents récents et de longue date d’Iqaluit. De plus, cet article ouvre une discussion sur l’importance que cela pourrait avoir pour le présent et l’avenir des infrastructures énergétiques de la ville.
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Flying into Frictioned Futures: Development of Canada’s Northernmost Runways
Katrin Schmid
pp. 1–25
AbstractEN:
In Nunavut, Canada’s largest, youngest, and northernmost territory, gravel, asphalt, and concrete determine much of daily life. Airport runways’ materialities dictate the types of aircraft that can land in each of the 25 fly-in communities and with them the cargo-carrying capacity, passenger mobility, and frequency of intercommunity connections. The last jet capable of landing on gravel was recently phased out of commercial service in Nunavut, a move that further limits access to communities and works counter to desires voiced by residents to increase jet access. Temporality, an immaterial concept, becomes intimately articulated through the physical realities of transport infrastructure in Nunavut. I examine the interplay of residents’ imagined futures for their communities and the on-the-ground reality of developing, operating, and maintaining gravel and paved runways in Nunavut as points of friction, following Anna Tsing. I argue that the divergent development of communities can be partially attributed to the accessibility of transport infrastructure in each location. In conclusion, I question the idea of infrastructure as a promise of a “future perfect” (Hetherington 2016) and attempt to refocus the processes of Nunavut’s transport infrastructure development onto Nunavummi-centred solutions.
FR:
Au Nunavut, le territoire le plus vaste, le plus jeune et le plus septentrional du Canada, le gravier, l’asphalte et le béton déterminent en grande partie la vie quotidienne. Les matériaux utilisés pour les pistes d’aéroport définissent les types d’avions pouvant atterrir dans chacune des 25 communautés desservies par avion, ainsi que la capacité de transport de marchandises, la mobilité des passagers et la fréquence des liaisons intercommunautaires. Le dernier avion à réaction capable d’atterrir sur du gravier a récemment été retiré du service commercial au Nunavut, une décision qui limite encore davantage l’accès aux communautés et va à l’encontre des souhaits exprimés par les résidents qui souhaitent augmenter l’accès aux avions à réaction. La temporalité, un concept immatériel, s’articule intimement avec les réalités physiques des infrastructures de transport au Nunavut. J’examine l’interaction entre l’avenir imaginé par les résidents pour leurs communautés et les réalités concrètes du développement, de l’exploitation et de l’entretien des pistes en gravier et en asphalte au Nunavut comme sujets de discorde, à la suite d’Anna Tsing. Je soutiens que le développement divergent des communautés peut être partiellement attribué à l’accessibilité des infrastructures de transport dans chaque endroit. En conclusion, je remets en question l’idée que les infrastructures sont la promesse d’un « futur parfait » (Hetherington 2016) et tente de recentrer les processus de développement des infrastructures de transport du Nunavut sur des solutions centrées sur les Nunavummiut.
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Infrastructural Disruption, Entanglement and Change in Northern Manitoba
Philipp Budka
pp. 1–25
AbstractEN:
Situated at the junction of boreal forest, Subarctic tundra, and Hudson Bay, the town of Churchill in northern Manitoba is unique for its transport infrastructure. With no road access, this community of 870 people hosts the only deep-water port on the Arctic Ocean connected to the North American rail network. Its airport, a legacy of military presence, supports a growing tourism economy. Churchill exists because of these infrastructures—and has changed alongside them. This entanglement becomes especially visible when infrastructure is disrupted. In 2017, flooding destroyed sections of the Hudson Bay Railway, cutting off land access for eighteen months. The disruption triggered shifts in ownership, control, and governance, resulting in one of the few cases worldwide where Indigenous and northern communities collectively own and manage a major Subarctic transport corridor. Ethnographic fieldwork and future scenario workshops reveal how residents of Churchill engage with infrastructure—living with, adapting to, and reimagining it in everyday life. Infrastructure is approached not only as a technical system but as a site of political, affective, and future-oriented engagement. As such, it offers a powerful lens for understanding broader dynamics of change and continuity in (sub)Arctic regions shaped by climate pressures and colonial legacies.
FR:
Situé à la jonction de la forêt boréale, de la toundra subarctique et de la baie d’Hudson, la ville de Churchill, dans le nord du Manitoba, est unique en raison de ses infrastructures de transport. Sans accès routier, cette communauté de 870 habitants abrite le seul port en eau profonde de l’océan Arctique relié au réseau ferroviaire nord-américain. Son aéroport, héritage de la présence militaire, soutient une économie touristique en pleine croissance. Churchill existe grâce à ces infrastructures et a évolué avec elles. Cette interdépendance devient particulièrement visible lorsque les infrastructures sont perturbées. En 2017, des inondations ont détruit des sections du chemin de fer de la baie d’Hudson, coupant l’accès terrestre pendant 18 mois. Cette perturbation a entraîné des changements en matière de propriété, de contrôle et de gouvernance, aboutissant à l’un des rares cas au monde où les communautés autochtones et nordiques possèdent et gèrent collectivement un important corridor de transport subarctique. Des travaux ethnographiques sur le terrain et des ateliers sur les scénarios futurs révèlent comment les habitants de Churchill interagissent avec les infrastructures : ils vivent avec elles, s’y adaptent et les réinventent dans leur vie quotidienne. Les infrastructures sont abordées non seulement comme un système technique, mais aussi comme un lieu d’engagement politique, affectif et tourné vers l’avenir. En tant que telles, elles offrent un prisme puissant pour comprendre les dynamiques plus larges de changement et de continuité dans les régions (sub)arctiques façonnées par les pressions climatiques et l’héritage colonial.
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Commentaire : Infrastructures du futur : un espoir de gouvernance
Articles
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Les cultures animales au temps de l’homogénocène : convergences inattendues entre deux ontologies de la boréalie (Québec)
Émile Duchesne
pp. 1–23
AbstractFR:
D’un côté, des Aînés innus de la communauté d’Unamen Shipu remarquent que les animaux de leur territoire sont de plus en plus contrôlés par les institutions coloniales, comme les caribous, dont on dit qu’ils pensent comme les Allochtones. De l’autre, des Québécois du Lac-Saint-Jean, influencés par la culture populaire des États-Unis entourant la pêche sportive, ont illégalement implanté une espèce envahissante, l’achigan à petite bouche, ce qui pourrait avoir des conséquences dramatiques pour les espèces locales. Qu’est-ce qui uni ces deux contextes ? Une limitation de la diversité qui est la mieux décrite par le concept d’homogénocène, qui désigne la tendance à l’homogénéisation culturelle et biologique que notre monde est en train de vivre depuis le contact entre l’Ancien et le Nouveau monde. À partir d’un perspectivisme anthropologique et philosophique, la discussion se base sur deux études de cas autour du concept d’homogénocène. Elle démontre comment notre époque actuelle est marquée par une double contrainte qui s’incarne à la fois dans l’érosion de la diversité du monde commun et dans la diminution de la capacité des points de vue particuliers à exprimer des différences.
EN:
On the one hand, the Innu Elders of the community of Unamen Shipu have noticed that the animals in their territory are increasingly controlled by colonial institutions, such as caribou, who, they say, think more and more like non-natives. On the other hand, the Quebecois from the Lac Saint-Jean region, influenced by US popular culture surrounding sport fishing, illegally introduced an invasive species, smallmouth bass, which could have a dramatic impact on local species. What links these two contexts? A reduction in diversity, best described by the concept of the Homogenocene, which refers to the trend toward cultural and biological homogenization that our world has been experiencing since the contact between the Old and the New World. From an anthropological and philosophical perspectivism, the discussion is based on two case studies on the concept of Homogenocene. It demonstrates how our current era is marked by a double bind that is embodied in both the erosion of the shared world’s diversity and the decreased ability of specific viewpoints to express differences.
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Beyond Pathways to Care: Exploring the Role of Boundaries in Mental Health
Loa Gordon
pp. 1–28
AbstractEN:
The Pathways to Care model is an increasingly popular method of healthcare delivery in institutional settings like higher education. Pathways are taken for granted as linear trajectories of care that are intuitive to navigate. However, care is often messy, diverse, and counterintuitive in practice. Set within the context of a Canadian university, students fill gaps generated by inadequate institutional Pathways to Care through self-care. Namely, students take up boundary-making as a generative and relational form of self-caring. Methods include social cartography and narrative accounting of care pathways by students supplemented by interviews with campus mental health stakeholders and providers. Results demonstrate that both pathways and boundaries can be limiting and potentiating in people’s search for support. Boundaries mediate emotional proximity and distance—or emotional emplacement—and in doing so generate new forms of intimacy, support, and healing. I advance theoretical conversations on the emplaced nature of care by documenting the role of self-care in people’s care journeys. I also forward social cartography as a fruitful avenue through which to understand the complexities of subjective experiences with care. These contributions amplify the voices of lived experience in understanding mental well-being in Canada.
FR:
Le modèle Pathways to Care (Parcours de soins) est une méthode de prestation de soins de santé de plus en plus populaire dans les établissements institutionnels tels que l’enseignement supérieur. Les parcours sont considérés comme des trajectoires linéaires de soins intuitives à suivre. Cependant, dans la pratique, les soins sont souvent complexes, diversifiés et contre-intuitifs. Dans le contexte d’une université canadienne, les étudiants comblent les lacunes générées par des parcours de soins institutionnels inadéquats en prenant soin d’eux-mêmes. Plus précisément, les étudiants adoptent la création de frontières comme une forme générative et relationnelle de soins personnels. Les méthodes utilisées comprennent la cartographie sociale et le récit narratif des parcours de soins par les étudiants, complétés par des entretiens avec les acteurs et les prestataires de soins de santé mentale du campus. Les résultats démontrent que les parcours et les frontières peuvent être à la fois limitatifs et stimulants dans la recherche de soutien par les personnes. Les limites servent de médiateurs entre la proximité et la distance émotionnelles – ou l’emplacement émotionnel – et, ce faisant, génèrent de nouvelles formes d’intimité, de soutien et de guérison. J’avance les discussions théoriques sur la nature implantée des soins en documentant le rôle des soins personnels dans le parcours de soins des personnes. Je propose également la cartographie sociale comme un moyen fructueux de comprendre la complexité des expériences subjectives en matière de soins. Ces contributions amplifient les voix des expériences vécues dans la compréhension du bien-être mental au Canada.
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Displacement and Resistance Strategies of the Pastoralists Afar in Ethiopia
Gemechu Adimassu Abeshu
pp. 1–23
AbstractEN:
This paper examines the resistance strategies of the displaced pastoralist Afar people in Northeast Ethiopia, focusing on the Lubakubo clan of the Dobi area. The Afar have historically practiced transhumant pastoralism, sustaining their livelihoods through the herding of livestock across arid and semi-arid landscapes. In 2004, a local “big man,” backed by the Ethiopian government and private investors, forcibly displaced members of the Lubakubo clan to facilitate commercial salt mining in Dobi, disrupting their socio-economic systems, cultural ties to the land, and traditional pastoral routes. Drawing on multi-sited ethnographic fieldwork conducted between 2015 and 2017, including in-depth interviews, participant observation, and archival research, this paper documents how the Afar mobilized lineage members, customary institutions, and strategic alliances to counter and contest the dispossession. These resistance strategies ranged from legal petitions and engagement with Afar traditional governance and conflict resolution structures to confrontation and symbolic acts reinforcing territorial claims. By situating these strategies within the broader political economy of resource extraction and displacement in the Horn of Africa, the paper contributes to scholarly debates on Indigenous resistance, land rights, and state–local power dynamics. The findings highlight the agency of displaced pastoralists in asserting their rights against state-backed commercial interests, while underscoring the resilience and adaptability of pastoralist systems under conditions of protracted displacement.
FR:
Cet article examine les stratégies de résistance du peuple Afar déplacé dans le nord-est de l’Éthiopie, en se concentrant sur le clan Lubakubo de la région de Dobi. Les Afars pratiquent depuis toujours le pastoralisme transhumant, assurant leur subsistance grâce à l’élevage de bétail dans des paysages arides et semi-arides. En 2004, un « grand homme » local, soutenu par le gouvernement éthiopien et des investisseurs privés, a déplacé de force les membres du clan Lubakubo afin de faciliter l’exploitation commerciale du sel à Dobi, perturbant ainsi leurs systèmes socio-économiques, leurs liens culturels avec la terre et leurs routes pastorales traditionnelles. S’appuyant sur des travaux ethnographiques menés sur plusieurs sites entre 2015 et 2017, notamment des entretiens approfondis, des observations participantes et des recherches archivistiques, cet article documente la manière dont les Afars ont mobilisé les membres de leur lignée, les institutions coutumières et les alliances stratégiques pour contrer et contester cette dépossession. Ces stratégies de résistance allaient des pétitions juridiques et de l’engagement auprès des structures traditionnelles de gouvernance et de résolution des conflits des Afars à la confrontation et aux actes symboliques renforçant les revendications territoriales. En situant ces stratégies dans le contexte plus large de l’économie politique de l’extraction des ressources et des déplacements de population dans la Corne de l’Afrique, cet article contribue aux débats scientifiques sur la résistance autochtone, les droits fonciers et les dynamiques de pouvoir entre l’État et les collectivités locales. Les conclusions mettent en évidence le rôle actif joué par les éleveurs déplacés dans la défense de leurs droits face aux intérêts commerciaux soutenus par l’État, tout en soulignant la résilience et la capacité d’adaptation des systèmes pastoraux dans des conditions de déplacement prolongé.
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De la territorialisation à la globalisation : la pratique du tag en mouvement
Marck Pépin
pp. 1–28
AbstractFR:
L’image à laquelle les tags nous renvoient semble n’avoir jamais été renouvelée depuis leur apparition dans les rues de New-York. Pourtant, la pratique à l’origine de ces tags, vieille d’au moins 50 ans, a traversé les frontières territoriales et outrepassé les attentes temporelles. Son omniprésence dans notre quotidien ne manque pas de rappeler sa vigueur. En effet, les adeptes se sont multipliés et ont proliféré par-delà des mégalopoles où leur présence est banalisée. L’objectif de cet article vise à définir les liens entre cette dernière assertion et l’évolution de la structure socio-spatiale des tagueurs. À partir des entretiens et des récits issus d’une observation-participante effectuée durant deux ans (2018-2020) au sein d’un groupe de tagueurs à Paris et ailleurs en France métropolitaine, deux formes de relations se répondent : celle des tagueurs avec le territoire, et celle du territoire avec les phénomènes de globalisation. Les résultats obtenus soutiennent l’idée selon laquelle les mutations territoriales globalisées reconfigurent l’espace social des tagueurs. Dès lors, en admettant que les tagueurs demeurent confinés dans leur structure originelle, de laquelle une « communauté imaginée » s’est forgée, une forme actualisée de la communauté est révélée.
EN:
The image we have of tags seems never to have been updated since they first appeared on the streets of New York. However, the practice behind these tags, which dates at least 50 years, has crossed territorial borders and exceeded temporal expectations. Its omnipresence in our day-to-day does not fail to remind us of its power. In fact, the followers have multiplied and proliferated beyond the megacities where their presence is trivialized. The objective of this article is to define the connections between this last assertion and the evolution of the social-spatial structure of taggers. Based on interviews and accounts from participant observation over two years (from 2018 to 2020) within a group of taggers in Paris and elsewhere in metropolitan France, two forms of relationships emerge: the relationship between taggers and the territory, and the relationship between the territory and the phenomena of globalization. The results obtained support the idea that globalized regional mutations reconfigure the social space of taggers. Accordingly, by admitting that taggers remained confined within their original structure, in which an “imagined community” is forged, an updated form of community is revealed.
Book Reviews / Comptes rendus de livres
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Jean-Louis Georget, L’ethnologie nationale allemande. Autopsie d’une discipline, Villeneuve-d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2022, 389 pages
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Albert Piette, Les jeux de la fête, Paris : Éditions de la Sorbonne, 2023 [1988], 304 p.
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Jan Spurk, Le désir d’autorité, Vulaines sur Scène : Le Croquant, 2024, 140 pages
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Annette Lareau, Enfances inégales. Classe, race et vie de famille, Lyon : École normale supérieure, 2024, 538 pages
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Gil Mayencourt, Sébastien Cala, Anna Amacher Hoppler et Claude Hausser (dir.), Pouvoir et emprise du sport : Pour une histoire croisée du tourisme et du sport depuis le XIXe siècle, Neuchâtel : Alphil-Presses universitaires suisses, 2024, 380 pages
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Julien Debonneville, Devenir travailleuse domestique. Perspectives philippines, Zurich et Genève : Seismo, 2023, 207 pages
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Lizarazo, Tania. Postconflict Utopias: Everyday Survival in Chocó, Colombia. Urbana, Chicago and Springfield: University of Illinois Press. 2024. 255 pages
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Rice, Kathleen. Rights and Responsibilities in Rural South Africa: Gender, Personhood, and the Crisis of Meaning. Bloomington: Indiana University Press. 2023. 198 pages