Comptes rendus

Théorie de la puissance, Fabrice Argounès, 2018, Paris, CNRS Éditions, 232 p.

  • Pierre Colautti

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  • Pierre Colautti
    Département de science politique, Université Laval, Québec, Canada

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La tentation de déterminer quel individu, quelle entreprise ou quel pays est le plus puissant au monde s’est aujourd’hui banalisée. La presse tente ainsi chaque année d’établir des classements en ce sens. Pourtant, la notion de puissance est particulièrement difficile à cerner et ne peut se réduire à une accumulation de chiffres d’affaires ou de matériels militaires. La question est donc de savoir comment appréhender cette notion : est-il question d’influence, de pouvoir, de force, de contrainte, de contrôle, d’autorité ou de légitimité ? L’ouvrage de Fabrice Argounès, Théorie de la puissance, livre les clés pour comprendre cette notion beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît. La principale force de ce livre est de rendre accessibles les enjeux de sa définition, les contours des différentes approches théoriques, ainsi que l’évolution du concept à travers des travaux universitaires riches et abondants. Cet ouvrage vient assurément combler un vide dans la littérature scientifique francophone. Spécialiste de géopolitique, Fabrice Argounès dépeint tout au long de l’ouvrage les nuances d’un concept qui semble pouvoir sans cesse se réinventer. Il s’agit en substance de la trame de ce livre. À cet égard, la définition de « puissance », ne trouvant aucun consensus, oscille entre les approches agrégative, relationnelle ou structurelle. Autrement dit, la puissance peut tout d’abord être analysée comme une accumulation de ressources, aussi bien matérielles (force militaire, ressources naturelles, capacité industrielle, démographie, etc.) qu’immatérielles (morale nationale, caractère national, diplomatie et gouvernement) : c’est l’approche agrégative. Ce concept peut également être compris comme une volonté d’influencer autrui et de lui imposer sa volonté : c’est l’approche relationnelle. Enfin, la puissance s’exprime aussi par la capacité d’un acteur de façonner le système dans lequel il évolue : c’est l’approche structurelle. Argounès rappelle que chaque définition représente une vision particulière du monde. Ces visions tentent à leur manière de décrire les évolutions géopolitiques de leur temps et sont, à ce titre, fortement politisées. Mobiliser le concept de puissance pour caractériser des politiques est un exercice de puissance en soi. Ainsi la théorie du soft power peut-elle aussi bien être employée pour démontrer l’attraction qu’exercent les États-Unis dans le monde que pour opposer une diplomatie chinoise non coercitive à une diplomatie américaine interventionniste. Il est si complexe d’appréhender la puissance que cela se traduit aussi par la diversité des approches théoriques et par l’évolution de leurs réflexions. Historiquement considérée comme un moyen aux mains d’un État pour oeuvrer au sein du système international, la puissance est peu à peu devenue une composante de celui-ci. En effet, si les réalistes classiques, portés notamment par Thucydide ou Machiavel, considéraient la quête de puissance et de domination comme l’objectif ultime d’une cité-État ou d’un royaume pour assouvir ses ambitions, Edward H. Carr et ses successeurs décrivent la puissance comme un élément constitutif de la politique internationale et des relations entre États. Au-delà des courants classiques d’analyse de la puissance – tels que le réalisme, le libéralisme ou le constructivisme –, d’autres théories (dites critiques) sont venues apporter de nouvelles réflexions sur le sujet et font apparaître de nouvelles formes ou relations de puissance. En dénonçant la masculinisation des concepts et la masculinité des relations internationales, les études de genre en sont un fort bel exemple. Les théories non occidentales ont quant à elles permis de déplacer le curseur d’analyse qui reflète dès lors les transformations de l’ordre international. Elles contribuent à leur tour à remettre en cause les approches dominantes de la puissance. Une de ces transformations concerne notamment la diversité des acteurs. En effet, l’État n’est plus l’unique détenteur de la puissance. Il doit oeuvrer sur la scène internationale …