You are on Érudit's new platform. Enjoy! Switch to classic view

Recensions

Anthony Gottlieb, Socrate. Martyr de la philosophie. Paris, Éditions du Seuil (coll. « Points Essais », série « Les grands philosophes », 420), 2000, 86 p. ; Bernard Williams, Platon. L’invention de la philosophie. Paris, Éditions du Seuil (coll. « Points Essais », série « Les grands philosophes », 421), 2000, 94 p.

  • Serge Cazelais

…more information

  • Serge Cazelais
    Université Laval, Québec

Article body

Les deux comptes rendus suivants concernent deux petits volumes qui sont d’abord parus en anglais chez Phoenix (Orion Publishing Group Ltd). Ils sont tous deux traduits en français par Ghislain Chaufour.

Le premier fut publié en anglais sous le titre Socrates, Philosophy’s Martyr. Il s’agit d’un portrait très personnel de Socrate ; mais comment pourrait-il en être autrement de cet homme sage aux traits insaisissables ? Les deux principales images qui nous en sont parvenues (celle de Platon et celle de Xénophon, auxquelles il faut ajouter la parodie d’Aristophane et le témoignage plus tardif et de seconde main d’Aristote) sont aussi des images personnelles. Notre connaissance de Socrate nous vient des tableaux de deux disciples qui ont voulu transmettre aux générations leurs souvenirs de leur maître. L’auteur de cet essai le souligne lui-même en concédant qu’aucun des quatre principaux témoins anciens qui nous renseignent sur Socrate ne répond adéquatement aux exigences de l’historien moderne (p. 32).

Le sous-titre de l’ouvrage donne le ton. L’auteur cherche à démontrer que Socrate fut un saint et un martyr de la philosophie, sacrifié pour la cause. Près de la moitié des pages du livre est consacrée à l’Apologie de Socrate de Platon. Gottlieb raffole des anecdotes et aime aussi se mettre lui-même dans la peau du Sage afin de répondre, par exemple, aux objections qu’opposera Aristote à la morale socratique. Des grandes thèses du Maître, tout y est : l’ironie, la dialectique, la maïeutique, la théorie des vertus. Une place est aussi faite à la fin à la présentation des grandes écoles et courants philosophiques qui se sont réclamés de Socrate à l’époque hellénistique. Sa critique un peu naïve du sensualisme d’Aristippe fait sourire, et que dire de sa description quasi romantique du cynisme qu’il compare aux hippies des années 1970 ! On croirait qu’il est nostalgique…

C’est une lecture simple et facile, un ouvrage qui n’apprendra rien de nouveau au spécialiste, mais qui peut adéquatement servir à introduire un étudiant du niveau collégial ou pré-universitaire à Socrate. Cette simplicité et cette très grande accessibilité, ainsi que son format de poche lui méritent une bonne note. Le traducteur propose en annexe une bibliographie générale qui pourra être utile à ceux qui voudront aller un peu plus loin. Un ouvrage à apporter avec soi durant les vacances et à lire pour le plaisir !

Ce volume est, comme le précédent, la traduction d’un titre paru en anglais chez le même éditeur sous le titre Plato, the Invention of Philosophy. C’est encore une fois un petit livre au contenu fort simple. Sur 81 pages de textes, 17 sont consacrées à des extraits de textes. Parlant de texte, on constate à la lecture de ce livre que le Platon qui nous est présenté est principalement celui des dialogues de jeunesse. La chose se comprend aisément compte tenu du format de cette collection.

L’introduction veut montrer que Platon est le véritable fondateur de la philosophie occidentale et que de tout temps, sauf un court intermède au Moyen Âge, il a toujours été considéré comme une autorité. L’auteur donne le ton à son ouvrage en reproduisant un long extrait du Phèdre sur la valeur de l’écriture. C’est ainsi qu’il montre la supériorité de la dialectique sur le texte en philosophie. Le premier chapitre fait une esquisse de la vie de Platon et de l’évolution de ses idées. Il présente aussi un état de la question sur la chronologie des dialogues. Un deuxième chapitre intitulé « Les dialogues socratiques » construit autour d’un extrait du Protagoras. Le troisième chapitre prend sa trame dans le Ménon et présente la question de l’enseignement et de la connaissance des vertus. Un quatrième chapitre qui se construit autour de quelques extraits du Gorgias concerne la question de l’éthique du rhéteur et du Bien. Le cinquième chapitre est construit autour l’Allégorie de la caverne (République 514a-516b). L’auteur y présente les thèses platoniciennes sur l’éducation des gardiens ainsi que la théorie des formes intelligibles. Le dernier chapitre se questionne sur le défi moral que pose la philosophie de Platon en utilisant l’exemple du retour des gardiens dans la Caverne suite à la contemplation des Idées. Ce chapitre se construit autour de quelques extraits du Banquet.

C’est un livre facile, mais à vrai dire, il nous a paru un peu moins passionnant que le précédent. Le survol est trop rapide, trop bref et le lecteur reste sur son appétit. Mais peut-être pourra-t-il être utile à un néophyte des études platoniciennes. Comme le premier, il est complété d’une brève bibliographie proposée par le traducteur.