McGill Law Journal
Revue de droit de McGill
Volume 70, Number 4, October 2025
Table of contents (8 articles)
Articles
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La compétence autochtone en matière de justice pénale adolescente : défis de mise en oeuvre — Partie II
René Provost and Jeanne Mayrand-Thibert
pp. 611–649
AbstractFR:
Le colonialisme a profondément façonné tant la protection de la jeunesse que la justice juvénile au Canada, deux régimes qui opéraient historiquement au sein des mêmes institutions cherchant à réhabiliter des jeunes dont les familles étaient perçues comme incapables d’éduquer leurs enfants. Les familles et enfants dits « modèles » étaient définis en opposition aux familles et enfants autochtones, vus comme ayant besoin d’être civilisés et assimilés dans la majorité non autochtone. Aujourd’hui, la Loi concernant les enfants, les jeunes et les familles des Premières Nations, des Inuits et des Métis (2019) affirme la compétence des peuples autochtones en matière de services à l’enfance et aux familles. Vu cette reconnaissance, nous avançons qu’il est souhaitable d’amorcer une prise en charge en matière de justice pénale adolescente par les communautés autochtones. Quatre composantes analytiques portent cet argument. Premièrement, il existe des chevauchements importants entre le droit de la protection de la jeunesse et le droit de la justice pénale adolescente, et ce, tant en droit canadien que dans diverses traditions autochtones. Deuxièmement, la prise en charge de la protection de la jeunesse par les communautés autochtones est déjà bien amorcée, notamment depuis l’entrée en vigueur de la loi fédérale de 2019. Troisièmement, le droit canadien en matière de justice pénale adolescente est guidé par des normes qui s’apparentent à celles caractérisant les traditions juridiques autochtones, notamment la réhabilitation, la réparation des torts causés et l’implication de la communauté dans la prise de décision. Finalement, le phénomène hautement répandu des jeunes faisant l’objet d’un double mandat en protection de la jeunesse et en justice pénale adolescente suggère que leur réalité est intimement liée.
EN:
Colonialism in Canada has profoundly shaped both youth protection and juvenile justice—two regimes that have historically operated within institutions that sought to rehabilitate youth whose families were seen as incapable of educating their own children. So-called “model” families and children were defined in contrast to Indigenous families and children, who were portrayed as needing to be civilised and assimilated into the non-Indigenous majority. Today, the Act Respecting First Nations, Inuit and Métis children, youth and families (2019) affirms the jurisdiction of Indigenous peoples over child and family services. Given this recognition, we argue that it is desirable for Indigenous communities also to begin taking charge of youth criminal justice. Four analytical components support this argument. First, there are significant overlaps, both in Canadian law and in various Indigenous traditions, between youth protection law and youth criminal justice law. Second, Indigenous communities have already begun assuming responsibility for youth protection, particularly following the coming into force of the 2019 federal legislation. Third, Canadian law regarding youth criminal justice is guided by standards that are similar to those that characterize Indigenous legal traditions—particularly rehabilitation, reparation for harm done, and community involvement in decision-making. Finally, the widespread phenomenon of young people with a dual mandate in youth protection and youth criminal justice suggests that their realities are intimately linked.
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Do Pre-1970 Precedents Still Matter? An Empirical Analysis of Legal Submissions and Court Decisions
Paul A. Warchuk
pp. 651–695
AbstractEN:
This paper examines the contemporary relevance of pre-1970 Supreme Court of Canada decisions through quantitative citation analysis, responding to Chief Justice Wagner’s 2024 assertion that these historical decisions are of minimal legal interest. The study analyses three datasets: citations in Supreme Court decisions (1985–2024), appeal factums (2009–2024), and decisions from all Canadian courts and tribunals on CanLII. The evidence contradicts the chief justice’s assertions. Pre-1970 cases appear in over half of Supreme Court decisions and one-quarter of factums filed between 2015–2024. This engagement spans 2,100 unique pre-1970 decisions. Qualitative analysis reveals that lawyers and judges invoke these precedents primarily as binding legal authority (77.6%) rather than historical background. Contrary to claims that older precedents are irrelevant in commercial matters, this area demonstrates the highest rate of pre-1970 citations. Surprisingly, French-language factums cite untranslated pre-1970 decisions more frequently than English ones, and Chief Justice Wagner himself ranks among justices most likely to cite pre-1970 cases. The paper concludes that pre-1970 decisions continue to meaningfully influence Canadian jurisprudence, particularly in certain legal domains, suggesting that official translations would serve a valuable purpose.
FR:
Cet article examine la pertinence actuelle des décisions rendues par la Cour suprême du Canada avant 1970 au moyen d’une analyse quantitative des citations. Il répond ainsi à l’affirmation du juge en chef Wagner, formulée en 2024, selon laquelle ces décisions historiques ne présenteraient qu’un intérêt juridique minime. L’étude s’appuie sur trois ensembles de données : les citations au sein des décisions de la Cour suprême (1985–2024), les mémoires d’appel (2009–2024) et les décisions de l’ensemble des cours et tribunaux canadiens répertoriés sur CanLII. Les résultats de l’étude infirment les propos du juge en chef. Les arrêts antérieurs à 1970 figurent dans plus de la moitié des décisions de la Cour suprême et dans le quart des mémoires déposés entre 2015 et 2024, ce qui représente 2 100 arrêts distincts. L’analyse qualitative révèle que les avocats et les juges invoquent ces précédents principalement à titre d’autorité juridique contraignante (77,6 %) plutôt que comme simple contexte historique. Contrairement à l’idée reçue voulant que la jurisprudence plus ancienne soit devenue non-pertinente dans les affaires commerciales, ce domaine affiche paradoxalement le taux de citation le plus élevé pour les arrêts pré-1970. Fait étonnant, les mémoires rédigés en français citent plus fréquemment les décisions non traduites antérieures à 1970 que les mémoires en anglais, et le juge en chef Wagner lui-même figure parmi les juges les plus enclins à citer des arrêts historiques. L’article conclut que les décisions antérieures à 1970 continuent d’influencer de manière significative la jurisprudence canadienne, particulièrement dans certains domaines de droit, ce qui souligne l’utilité certaine que revêtirait leur traduction officielle.
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Newcomers to Canada: Assessing a Civil Right of Action in Canadian Courts for Crimes Against Humanity and Aggression Committed Abroad
Spencer Nestico-Semianiw
pp. 697–751
AbstractEN:
Many new arrivals to Canada are victims of international crimes perpetrated by states and their agents. This article considers the reception of international law in Canada to determine whether a civil right of action exists for two crimes: crimes against humanity and the crime of aggression. It also proposes recommendations that would help remove barriers for civil redress and pave the way for victims to receive reparation orders in Canadian courts for their harm. This article is a novel addition to the subject of civil remedies in Canada for breaches of international law. While much has been written on the jurisdiction of Canadian courts to prosecute crimes at international law, the scholarship on civil remedies for such crimes is scant and outdated. This article fills this gap and proposes changes to the law in order to bring Canada more closely in line with its reputation for defending human rights on the world stage.
FR:
De nombreux nouveaux arrivants au Canada sont victimes de crimes internationaux perpétrés par des États et leurs agents. Cet article analyse la manière dont le droit international est reçu au Canada afin de déterminer s’il existe un droit de recours civil pour deux types de crimes : les crimes contre l’humanité et le crime d’agression. Il formule également des recommandations qui contribueraient à lever les obstacles actuels à la réparation civile et permettre aux victimes d’obtenir des ordonnances de réparation devant les tribunaux canadiens pour les préjudices subis. L’étude apporte un éclairage nouveau sur la question des recours civils au Canada en matière de violations du droit international. Alors que la compétence des tribunaux canadiens pour juger les crimes relevant du droit international a fait l’objet de nombreux écrits, les rares travaux universitaires sur les recours civils pour ces crimes demeurent rares et ne sont pas à jour. Cet article vise à combler cette lacune et recommande des réformes législatives afin de mieux aligner le Canada avec sa réputation de défenseur des droits de la personne sur la scène internationale.
Essay / Essai
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Best Interests or Autonomy? Navigating Parenting Disputes Over Children’s Treatment
Claire Houston
pp. 755–791
AbstractEN:
Family courts are struggling to resolve parenting disputes over children’s treatment. These cases ask judges to decide such sensitive matters as whether a young person will be vaccinated against their wishes, granted access to gender-affirming healthcare, or forced into therapy. Parenting disputes over children’s treatment implicate two distinct and potentially conflicting areas of law: family law and health law. Because family law and health law employ different legal standards and espouse different legal principles, the outcome in these cases may depend on which legal framework is applied. This article makes two contributions. First, it surveys recent family court decisions and suggests that courts are resolving parenting disputes over children’s treatment in one of three ways: (1) applying health law rather than family law; (2) drawing on health law principles in applying family law; and, most commonly, (3) applying family law rather than health law. Second, I look to larger debates around children’s welfare versus autonomy to make a case for how the apparent tension between family law and health law in these cases may be reconciled.
FR:
Les tribunaux de la famille peinent à résoudre les différends familiaux concernant le traitement des enfants. Dans ces affaires, les juges sont amenés à trancher des questions sensibles, telles que la vaccination d’un jeune contre sa volonté, l’accès à des soins de santé affirmant son identité sexuelle ou le recours forcé à une thérapie. Les différends familiaux concernant le traitement des enfants touchent deux domaines juridiques distincts et potentiellement contradictoires : le droit de la famille et le droit de la santé. Comme le droit de la famille et le droit de la santé utilisent des normes juridiques différentes et défendent des principes juridiques différents, l’issue de ces affaires peut dépendre du cadre juridique appliqué. Cet article apporte deux contributions. Premièrement, il analyse les décisions récentes des tribunaux de la famille et propose que ceux-ci tranchent les différends familiaux touchant le traitement médical des enfants selon l’une de ces trois approches : (1) en faisant prévaloir le droit de la santé sur celui de la famille ; (2) en utilisant les principes du droit de la santé comme base d’interprétation du droit familial ; ou, le plus souvent, (3) en appliquant le droit de la famille plutôt que celui de la santé. Deuxièmement, je me penche sur les débats plus larges concernant le bien-être des enfants par rapport à leur autonomie afin d’expliquer comment la tension apparente entre le droit de la famille et le droit de la santé dans ces affaires peut être conciliée.