Introduction

Professionnalisation et ingénierie de formationEntre résonnances et divergences

  • Philippe Maubant

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Comment penser qu’aujourd’hui, un texte, un discours voire un numéro de revue scientifique, consacrés à la formation et à l’éducation, puissent faire l’impasse d’insérer au coeur de leur argumentaire le concept de professionnalisation ? Attribut du parcours, indissociable qualificatif de la formation, construit dépendant des métiers en transformation et principalement des métiers de la relation, prélude aux discours récurrents sur la compétence et l’alternance, le terme de professionnalisation est omniprésent dans les intentions, dans les projets, dans les dispositifs et dans les politiques en quête d’une idéologie enfin acceptable. Élément de langage des textes programmatiques de la révolution entrepreneuriale en marche , indicateur propagandiste d’un marchandising sans retenue de la formation professionnelle, alibi distinctif des tartuffes du nouveau management public, archange annonciateur d’une posture de la bienveillance organisationnelle, la professionnalisation perd peu à peu ses ambitions réformatrices et ses potentialités transformatrices. La professionnalisation en tant que discours annonçait la réforme des pratiques formatives et la transformation des organisations apprenantes. Aujourd’hui, elle semble n’être qu’une posture sans substance au service d’une idéologie néo-libérale décomplexée. La professionnalisation, comme discours, s’immole progressivement sur l’autel des impostures décisionnelles. Les sciences de l’éducation, elles-mêmes, semblent avoir cédé aux illusions et aux méandres des discours fades des experts et des slogans aguicheurs des consultants : professionnalisation des parcours de formation, professionnalisation des dispositifs, professionnalisation des situations de travail... L’adhésion à une lecture mercantile de la professionnalisation s’opère sans retenue. Elle fait fi de la nécessaire prise de distance attendue des chercheurs, notamment lorsqu’ils font face à un construit le plus souvent élaboré à l’aune des effets de mode. Nous découvrons effarés la prégnance des modèles et des méthodes et leurs diffusions virales auprès de celles et ceux dont la responsabilité est de mettre en oeuvre, ici et ailleurs, les transformations des politiques de formation. La professionnalisation est aujourd’hui un élément de langage des Trissotins des institutions éducatives. Elle n’est pas mise en contexte ni en situation. Elle n’est pas mise en perspective au regard des enjeux humains, souvent intimes et des défis sociétaux. Elle ne fait l’objet d’aucun débat. Ses interprétations diverses sont tues au profit d’une lecture strictement macro-économique. Ses fondements multi-référentiels ne sont pas interrogés et ses déclinaisons pratiques pas davantage. Et surtout, la professionnalisation réduite à des incantations et à des psalmodies insipides tend à ignorer le travail, dans ce qu’il porte comme valeur et comme ambition. Il nous semble donc essentiel de réinterroger le sens de la convocation d’un tel terme, en particulier si l’on a pour projet de penser autrement la formation et l’éducation. Dans cette perspective, considérons que la professionnalisation, comme valeur, est d’abord et avant tout un analyseur des mutations en cours et à venir : mutation de l’activité du travail, transformation des métiers, changement dans les organisations, modifications des activités et des pratiques, mutations dans les sens attribués aux espaces et aux temps de vie. La professionnalisation nous invite à considérer non seulement la profession mais surtout le travail comme l’alpha et l’oméga de nos regards et de nos saisies instantanés de l’agir humain, de nos observations attentives des territoires du travail et des organisations productives. Décrire, caractériser et comprendre le concept de professionnalisation requiert préalablement de comprendre le travail dans ce qu’il porte en lui d’expressions du rapport à l’humain. Penser la professionnalisation, c’est d’abord et avant tout penser le travail et penser aux activités qui le constituent. Or, il semble qu’aujourd’hui, l’impensé du travail s’immisce au coeur des débats voire des polémiques sur les bouleversements en cours, souvent imposés par une idéologie des placements financiers et de la rente. Illustration de ce constat, le fait que …

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