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Recensions

Moore, D. (2006). Plurilinguismes et école. Paris, France : Éditions Didier

  • Denise Lussier

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  • Denise Lussier
    Université McGill

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L’ouvrage de Danièle Moore présente les principales orientations des plurilingues sociaux en contexte européen. Il a pour objectif de promouvoir leur valorisation et leur développement en éducation. Il a le mérite d’amener la linguistique à se repenser et à proposer une théorie du langage informée par la sociolinguistique en plus de proposer une compétence plurilingue et pluriculturelle. La première partie porte sur les apprenants plurilingues. Ceux-ci développent des représentations complexes, tant linguistiques qu’identitaires ; des représentations de l’Autre se forment et les positionnements des interlocuteurs créent des liens qui les unissent ou les distancent, d’où l’importance de prendre en considération les répertoires plurilingues des apprenants. La deuxième partie est une remise en question des didactiques actuelles. L’école a pour défi de reconnaître les compétences plurilittéraciées des enfants à l’école. Une nouvelle vision de la didactique des langues axée sur l’alternance des langues, pourtant condamnée en classe, s’impose, de même que le recours aux langues d’origine des apprenants comme stratégies de transfert des compétences d’une langue à une autre. On observe une remise en question du locuteur natif comme modèle. Dans la dernière partie sont décrits les éléments d’un nouveau cadre didactique et l’auteure y propose de construire à l’école la relation entre les langues et les cultures en tant que marqueurs identitaires. Ce nouvel apport de la didactique soulève des questions quant à la formation des enseignants non formés à ce type de différenciation.

Cet ouvrage a pour assises le Cadre commun européen de référence pour les langues ainsi que la définition des compétences linguistiques du citoyen européen, sur la base de la maîtrise de trois langues communautaires. Il a pour avantage d’expliciter les apports du plurilinguisme en contexte européen, en lien avec la mobilité des individus entre les pays de la Communauté européenne en vue d’officialiser le rôle des langues dans la définition d’une identité européenne. Le nouveau cadre de la didactique des langues qui est proposé rejoint la proposition de Labov, qui concevait la sociolinguistique non pas comme une composante isolée, distincte de la linguistique, mais comme devant être le niveau ultime de la linguistique. Il faut aussi souligner la place accordée à la prise en compte des acquis expérientiels des apprenants plurilingues, acquis considérés comme un atout pour le développement de stratégies dans le transfert des savoirs et des savoir-faire d’une langue à une autre. Par contre, l’ouvrage accorde peu d’espace à la langue comme activité mentale et démarche interculturelle. De plus, l’alternance des langues, axée sur des décloisonnements disciplinaires, mériterait d’être documentée par des expériences positives, puisque l’alternance peut facilement déraper et conduire à des pratiques non significatives pour les apprenants. Des expériences tirées des programmes d’immersion aux États-Unis, des programmes d’immersion partielle au Canada, des programmes d’enseignement des langues d’origine, des classes d’accueil au Québec et des programmes de l’Université bilingue d’Ottawa, auraient contribué à cerner les limites de l’alternance.

En dernier lieu, la juxtaposition du bilinguisme au plurilinguisme comme une cécité, et décrite comme une condition insuffisante pour le développement des compétences linguistiques et métalinguistiques, permet de répondre aux préoccupations identitaires spécifiques à la réalité européenne, mais ne tient pas compte du statut officiel accordé à la langue dans les autres pays. Plusieurs ont un statut monolingue, d’autres bilingue ou plurilingue par ses dialectes, et se sont donné une langue ou deux langues officielles. Cependant, tous ont à composer avec la mobilité des individus et se considèrent comme des sociétés plurilingues et multiculturelles en quête d’un mieux-vivre sociétal à l’intérieur d’un même pays. Dans cette perspective, un pays peut se doter d’une politique linguistique monolingue ou bilingue, et proposer des approches didactiques plurilingues de l’enseignement des langues. En prenant en compte les apports culturels et linguistiques des apprenants, ces approches favorisent un meilleur apprentissage des langues, la réussite scolaire des élèves et la construction identitaire des apprenants. En ce sens, l’ouvrage de Daniel Moore est bien documenté. Il a le mérite de repositionner la didactique des langues dans le respect de la compétence plurilingue et pluriculturelle des apprenants.