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Feuilleton

Feuilleton[*]Feuilleton[Record]

  • Joseph Roth

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  • Joseph Roth

  • Traduction de l’allemand au français
    Barbara Thériault

  • Traduction de l’allemand au français
    Barbara Agnese

  • Traduction de l’allemand au français
    Hélène Heizmann

  • Traduction de l’allemand au français
    Jürgen Heizmann

  • Traduction de l’allemand au français
    Elisabeth Tutschek

  • Traduction de l’allemand au français
    Marie-Michèle Blondin

  • Traduction de l’allemand au français
    Francis Douville Vigeant

Les grands barbus, ces messieurs sévères et vénérables méprisent le feuilleton. Je pourrais maintenant orner le papier de beaux mots colorés, un véritable arc-en-ciel de bulles de savon. Mais seuls les femmes et les grands enfants s’en réjouiraient. Les hommes, en revanche, prétendent s’occuper de questions intemporelles. Tout comme : le commerce de la bonneterie et du tricot, l’achat de panneaux frangibles d’amiante, les brevets de stylographe, la production de couvercles en carton ; ou, la politique, les traités de paix par exemple et les ententes commerciales internationales ; ou, la science, les voyelles infléchies dans le poème du roi Rother, les permutations et ajouts à la théorie de la relativité d’Einstein. Les graves de l’orchestre du monde, les clairons, les hauts-de-forme et médecins légistes perpétuels. Ouf ! Ils haussent les épaules lourdes des galons de sainteté. Ils sont les tambours-majors des fanfares de la culture. Un tel tambour me dit un jour : « Le feuilleton est un genre bourgeois. » Et il secoua la tête au rythme d’une marche funèbre comme un cheval de corbillard. Un genre bourgeois : parce qu’il peint le bourgeois des couleurs de la culture avec lesquelles il aime se farder. Parce qu’il peut lire le feuilleton entre la sieste et le goûter ; la culture au dessert. Le feuilleton serait issu du désir de divertissement ou, pire encore, d’amusement. Et un monsieur vénérable ne s’amuse pas. Fi ! Le tambour achève le feuilleton à coups de morale. En toute impunité, il est permis au politicien de dire des idioties décousues et improvisées pendant trois heures, en maltraitant la langue. Un feuilletoniste qui écrit dix lignes de beaux mots, de bulles de savon, est un imposteur. Il en va de la position à adopter relativement aux bulles. La plupart des gens sont, c’est connu, de l’avis que le savon n’est qu’une affaire de propreté. Si le feuilleton s’appelait « article », il y aurait de bons et de mauvais articles. Et même les marchands de savon le liraient. Mais on a quand même le droit de dire des choses vraies sur une demi-page de journal. Du soi-disant fait que l’auteur de cette demi-page n’a mis qu’un bref moment à la rédiger, ils en déduisent que cette demi-page n’est que gribouillage. J’ai écrit au sujet de la salamandre géante de l’aquarium, le Maximuslobatrochus mega et j’ai exprimé l’idée que je préférerais être une salamandre géante qu’un homme. À la suite de quoi un homme m’a demandé des explications. Il ne comprenait pas que l’on puisse écrire sur des salamandres géantes sans aucune connaissance en sciences naturelles et qu’on puisse vouloir en devenir une. Je dévoile son identité lorsque je retranscris ici cette phrase : « Voulez-vous vraiment, me demanda-t-il, devenir un Megalobatrochus ? » C’était le dimanche après-midi. Le soleil éclairait le monde d’une lumière tamisée ; sur la terrasse du café, on entendait tinter les cuillères d’argent et les coupes glacées comme les clochettes de la vie. Et je dis : « Non ! » « Eh bien, ainsi rétorqua l’homme (un Homo sapiens dégénéré), ça ne va pas, on n’écrit pas de façon si “malhonnête” ! » Les gens disent : « Heine a répandu dans le monde la calamité du feuilleton. » Les carnets de voyage de Heine ne sont pas qu’amusants, ils représentent un accomplissement artistique et, ainsi, éthique. L’homo sapiens dégénéré aurait passé dix ans à éplucher les différentes statistiques parisiennes pour ensuite écrire un livre ennuyeux et, donc, immoral. Heine a peut-être tu quelques menus faits, mais il entendait les faits comme ils devaient l’être. Ses yeux ne …

Appendices