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211.Plus d’information
Pour certains interprètes des Recherches philosophiques , Wittgenstein souscrit à l'idée que l'emploi d'un langage est une institution sociale et que suivre une règle est nécessairement une pratique partagée ; d'autres estiment au contraire — à mon avis avec raison — qu'il admet la possibilité d'un langage parlé par un seul individu (à la condition qu'il ne soit pas « privé ») et des règles non communes. Je défends l'interprétation selon laquelle la question importante dans les Recherches n'est pas tellement de savoir si un idiolecte est possible (ou s'il peut y avoir des règles suivies par un seul individu) que de savoir ce qui découle, pour nos concepts (entre autres) de signification, de compréhension linguistique et de « suivre une règle », du fait que la communication verbale soit — comme c'est normalement le cas — une pratique commune.
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212.Plus d’information
Dans Modern Social Imaginaries, Charles Taylor définit le concept d'imaginaire social comme « compréhension de soi » d'une société, mais également comme « répertoire » des pratiques que ses membres peuvent adopter. Cette double définition rattache à la fois le concept à une perspective herméneutique et à une perspective wittgensteinienne centrée sur l'analyse des règles constitutives des pratiques sociales. Nous éclairons ce concept d'imaginaire social à l'aide du concept d'« arrière-plan », plus ancien dans l'oeuvre de Taylor, afin de montrer que celui-ci ne fait pas droit à la perspective d'inspiration wittgensteinienne qu'il invoque. Cette analyse nous amène à contester la thèse de Taylor selon laquelle les pratiques ont pour condition de possibilité la compréhension implicite de la société que partagent les individus. Cette conception de l'imaginaire social permet de penser l'identité culturelle et politique, mais non la constitution socio-historique des pratiques.
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213.Plus d’information
Robert Brandom a tenté de déplacer le concept de représentation de sa position de concept explicatif central en philosophie du langage et de le remplacer par un ensemble de concepts explicatifs dérivés de l'analyse de l'action sociale. Il soutient que le concept de norme sociale peut servir de concept primitif dans le développement d'une théorie générale de la signification. Selon Brandom, le problème central lié au fait de considérer la représentation comme un primitif explicatif est que nous n'avons pas une compréhension claire de ce à quoi correspond la relation de « représentation ». Il est donc naturel de s'attendre à ce que Brandom utilise, dans son analyse de l'action sociale, des primitifs explicatifs qui sont, d'une certaine manière, moins mystérieux. En particulier, on s'attend à ce que Brandom démontre que le concept de « norme sociale » peut être compris en termes d'un ensemble plus simple de concepts issus de la philosophie de l'action. Malheureusement, Brandom ne fournit pas une telle explication. Dans cet article, je commence par analyser l'argument proposé par Brandom, et je tente d'expliquer pourquoi cet argument, en définitive, n'est pas concluant. J'essaie ensuite de développer l'explication des origines de la normativité dans l'action sociale que, selon moi, Brandom aurait dû donner.
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214.Plus d’information
RésuméCet essai cherche à faire de la complémentarité entre énergie-idée, structure et fonction, et autres couples de concepts, la base d'une nouvelle ontologie qui puisse résoudre les conflits entre les pôles de description « mental » et « physique », entre la vérité mathématique et la vérité empirique et entre la mécanique quantique et la théorie de la relativité comme formes rivales d'explication scientifique. L'auteur y plaide en faveur de la fermeture déductive (finitude) de l'univers à la lumière de la relation logique entre le nombre (les mathématiques) et l'alphabet (le langage). Il y présente la réalité et l'autonomie conceptuelle des idées (auxquelles se réfèrent les symboles) comme une alternative au platonisme et à d'autres idéologies. Il dispose de fausses interprétations, malentendus, et objections au moyen du dialogue.
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215.Plus d’information
Sans entrer dans une analyse évaluative et comparative des arguments en présence, nous voudrions examiner, dans cet article, la référence à la servitude volontaire lorsqu'elle sert à dénoncer une illusion d'accroissement de la liberté des individus au moyen des technologies d'information et de communication (TIC). En s'appuyant sur sa version originelle (16e siècle), cette référence est-elle justifiée ? Nous voudrions montrer que si une structure de servitude apparait effectivement, le débat opposant les défenseurs des TIC et leurs détracteurs appelle à penser, voire à re-penser le rapport entre l'homme et sa nature technicienne, plutôt que de faire des diatribes ou de faire l'apologie de la société numérique.
Mots-clés : Philosophie, liberté, servitude volontaire, technologies d'information et de communication, réseaux sociaux, Philosophy, freedom, voluntary servitude, information and communication technologies
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216.Plus d’information
Comment penser l'espace numérique et rendre compte de son caractère à la fois structuré, mouvant et collectif ? Comment trouver un dispositif qui permet un dialogue ouvert, parvenant à saisir le sens des infrastructures numériques, sans les cristalliser en une essentialisation appauvrissante ? L'échange de courriels nous a semblé le moyen le plus approprié de faire de la théorie ainsi que de mettre en place un geste de pensée qui s'accorde avec la culture numérique et qui rend possible d'envisager cette dernière avec un regard critique. Pendant un an et demi (de septembre 2015 à mars 2017), nous avons donc échangé questions et réponses, afin d'essayer d'identifier les caractéristiques du numérique — espaces, temps et enjeux politiques — en continuité avec la tradition du dialogue philosophique.
Mots-clés : espace numérique, éditorialisation, sens, perception, présence, expérience, syntaxique/sémantique, algorithme, digital space, editorialization, meaning, perception, presence, experience, syntactic/semantics, algorithm
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217.Plus d’information
RésuméLe retour des préoccupations éthiques traduit le malaise profond de nos sociétés, malaise consécutif au triomphe de la rationalité instrumentale qui a tendance à faire des êtres humains des objets manipulables. Cette perversion de la rationalité s'exprime particulièrement dans les entreprises. Pourtant, de nos jours, celles-ci essayent d'intégrer un souci éthique dans leur fonctionnement. On peut constater que, ce faisant, elles ont pour but, le plus souvent, de développer un consensus profond autour des idéaux dont elles se réclament, aussi bien de la part de leurs membres que de l'ensemble du corps social. Aussi doit-on se demander quels sont les véritables enjeux éthiques auxquels sont confrontées les organisations modernes. Dans ce but sont passées en revue les éthiques de la conviction, de la responsabilité et de la discussion. Une quatrième forme d'éthique, l'éthique de la finitude, est envisagée. Les organisations peuvent-elles lui faire une place? La question mérite, en tout cas, d'être posée.
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219.Plus d’information
L'article étudie l'emploi du concept de performance au sein de la théorie sociologique contemporaine et développe pour lui-même une typologie de l'action performative en trois parties. Primo, les performances ritualisées se concentrent sur la manière dont ses participants s'y conforment. Secundo, les performances théâtralisées sont caractérisées par la fictionalité et introduisent ainsi une distinction entre acteurs et auditoires. Tertio, les performances sociales sont aussi distinctes des auditoires, mais ont ceci de particulier qu'elles doivent apparaître authentiques si elles veulent avoir un certain succès. Ces trois formes élémentaires constituent chacune un ensemble complexe ayant des règles propres. Ceci dit, des confluences et des interactions existent, telles les fois où les drames théâtraux empruntent aux événement historiques ou lorsque les acteurs sociaux s'inspirent de performances fictionnelles afin de recréer de la ritualité, et donc une certaine adhésion de la part des auditoires. À terme, il doit devenir clair que toutes ces formes de performance sont fortement entrelacées dans les faits, c'est-à-dire qu'elles puisent à ce même réservoir qu'est l'imaginaire social.
Mots-clés : théorie sociologique, performance, rituel, théâtre, drame, sociological theory, performance, ritual, theatre, drama, teoría sociológica, actuación, ritual, drama
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220.Plus d’information
RésuméCet article propose de comparer trois textes de la Renaissance française (1545 à 1550) portant sur le deuil de Vénus à la mort d'Adonis, privilégiant une approche thanatogénétique qui postule l'inextricable corrélation entre la mort et la (re)naissance. La métaphysique reposant sur la séparation et l'opposition du logos rationnel et du mythe, la thanatogenèse s'applique à démystifier la pensée unificatrice et réductrice pour laisser place au dédoublement qui affirme l'association du mythos et du logos, du féminin et du masculin. L'examen des trois poèmes permet de repérer ce qui constitue soit une conception imitative du mythe grec dans la perspective néoplatonicienne, soit une conception fusionnelle du mythe et du logos dans une perspective chrétienne, ou encore une conception originale de la résolution de la crise tragique par l'avènement d'un logos poétique rééquilibrant les forces en présence.