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171.Plus d’information
L'auteure étudie les multiples réappropriations de l'histoire de la Kahina dans la sphère francophone en procédant à la lecture croisée d'œuvres savantes, publiées par des orientalistes français, et d'ouvrages de fiction, écrits par des femmes. La lecture intertextuelle souligne les mécanismes de formation et de transmission d'un héritage féministe autour de cette souveraine amazighe, dont la légende rapporte qu'elle s'opposa à l'invasion arabe de l'Afrique du Nord au viie siècle. Bien que sa vie et son identité demeurent incertaines, la Kahina s'est prêtée depuis le Moyen Âge « à toutes sortes de récupérations » (Modéran), tour à tour symbole de berbérité, de féminisme, de nationalisme, d'identité juive, ou encore de lutte des classes. Pour les auteures mentionnées dans cet article, s'inscrire dans l'héritage contesté de la Kahina correspond à une « recherche des origines » (Halimi) qui émancipe et relie des femmes d'horizons différents, et traverse la frontière symbolique de la Méditerranée. À travers ces mécanismes d'identification transculturelle, l'auteure de cet article propose de considérer les (ré)appropriations féministes de la Kahina comme des sites potentiels de résistance anti-impériale, retournant l'instrumentalisation qu'en avait faite l'empire français et offrant une réinterprétation de l'histoire à travers la fiction. La Kahina devient figure de proue d'un panthéon féministe transculturel, sans cesse réinventé.
Mots-clés : Maghreb, colonialisme, écriture, héroïnes, féminisme transnational
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173.Plus d’information
Malgré leur statut de propriété domaniale mise en défens, les montagnes tunisiennes connaissent un phénomène de « retour » des ruraux et des formes d'exploitation et d'occupation variées depuis la révolte du 14 janvier 2011. Cela met fin à la distanciation des rapports entre l'homme et la montagne, mais restaure-t-il le patrimoine montagnard des régions concernées ? Y impulse-t-il le développement local ? Ou génère-t-il de nouveaux ravages environnementaux et de nouveaux conflits ? L'exemple de djebel Goubrar (Tunisie du Centre-Ouest) permet de comprendre les mutations des structures agraires et des formes d'occupation du sol depuis la fin du XIXème siècle. Il aide surtout à comprendre l'actuel « retour à la montagne » et les stratégies et représentations des acteurs locaux autour du développement local et durable de ces régions pauvres et marginalisées.
Mots-clés : retour à la montagne, djebel Goubrar, Sidi Bouzid, jessours, aménagement, développement local, return to the mountain, Goubrar mountain, Sidi Bouzid, jessours, planning, local development
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174.Plus d’information
RésuméAu Québec, la migration croissante de musulmans donne à voir un islam pluriel. Néanmoins, depuis septembre 2001, la question identitaire se pose avec plus d'acuité pour les musulmans d'Amérique du Nord. Ce contexte couplé au maintien quotidien de liens hors du territoire local et à l'avènement de nouveaux acteurs internationaux favorisent un sentiment d'appartenir à une oumma universelle, appartenance non pour autant détachée d'un rapport au territoire local ou d'origine. À partir d'une recherche sur les pratiques sociales et rituelles de musulmans Libanais, Ouest-Africains et Maghrébins de Montréal, nous argumentons que la sociabilité de ces populations s'articule entre religion, ethnicité et culture. En examinant les pratiques communautaires ainsi que les dynamiques de transmission identitaire aux enfants et de définition des frontières symboliques des groupes, nous exposons la diversité des stratégies identitaires et réfutons la présence d'un islam essentialisé en contexte montréalais.
Mots-clés : migration, islam, stratégies identitaires, performativité, sociabilité, Montréal, migration, Islam, identity, strategies, performativity, sociality, Montreal
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175.Plus d’information
Cette étude analyse le processus de spécification de la figue sèche des At Maouche. Les résultats montrent que les figuiculteurs adoptent une stratégie intégrée de valorisation patrimoniale et marchande de la ressource. En s'ouvrant à l'extérieur, ils s'insèrent dans des réseaux d'acteurs qui leur permettent d'articuler leurs savoirs de proximité aux savoirs réflexifs exogènes et aux savoirs managériaux d'organisation. Cependant, la durabilité de ce processus semble difficilement généralisable du fait qu'il est essentiellement porté par des acteurs exogènes et qu'il n'est pas véritablement approprié par les figuiculteurs.
Mots-clés : processus de spécification, action collective, ressource territoriale/patrimoniale, banalisation, At Maouche, figue sèche, specification process, collective action, territorial resource/ heritage, trivialization, At Maouche, dried fig
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177.Plus d’information
S'il est vrai que la migration suscite une renégociation des repères identitaires, il est aussi vrai que cette négociation se fait habituellement dans un contexte de minorisation. Cette renégociation est souvent analysée sous l'angle des expériences postmigratoires, mais il s'avère aussi pertinent de la resituer plus loin dans le temps et dans l'espace. L'expérience minoritaire dans le pays d'origine contribue à la renégociation des repères identitaires en contexte de migration. C'est le cas des familles berbères que nous avons rencontrées dans une recherche portant sur la transmission familiale de valeurs chez les familles récemment immigrées du Maghreb. Minoritaires dans leurs pays d'origine par rapport à la communauté arabo-musulmane, ces familles sont aussi minoritaires au Québec où elles sont étiquetées comme « immigrantes » et souvent assimilées à « Arabes » et « Maghrébins ». Confrontées à ces formes d'étiquetage globalisantes, elles développent des stratégies visant à réaffirmer l'identité berbère. À travers l'analyse des récits des familles rencontrées, nous proposons d'explorer ces recompositions identitaires à partir des représentations du rapport berbère-arabe historiquement situées dans l'expérience prémigratoire et des représentations de leur statut d'« immigrant » au Québec.
Mots-clés : représentations identitaires, immigration, minorités, Berbères, Récits de vie, Identity representations, Immigration, Minorities, Berbers, Life narratives
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178.Plus d’information
Les enjeux de la Révolution tunisienne de janvier 2011 se sont d'emblée situés au niveau de la gestion de la vie dont dépendra finalement le futur modèle de la société. Plus encore que les « modernistes », les « islamistes » ne s'y sont pas trompés, investissant non seulement la scène politique, mais aussi le gouvernement des corps. Une certaine conception de l'islam fonctionne aujourd'hui comme une puissante machine biopolitique qui a affaire à la population comme « problème de pouvoir ». Les préceptes, conduites et comportements avancés au nom du respect de l'islam pénètrent littéralement toute la société et s'introduisent dans ses articulations les plus fines. Les femmes traversent pour une bonne part ce dispositif. Elles en constituent même l'un des enjeux centraux. Pour saisir les nouvelles formes de subjectivation et d'individuation, cet article prendra pour fil conducteur la biopolitique islamiste en tant que projet de société s'inscrivant contre le modèle hérité de la période de Bourguiba et de la dictature de Ben Ali, dont le pivot est le Code du statut personnel, à l'origine d'un changement profond du statut des femmes dans le pays. Promulgué en Tunisie en 1956, celui-ci est considéré par ses opposants comme un élément inspiré de l'étranger, voire comme une hérésie s'attaquant à l'identité religieuse musulmane du pays. De telles contestations donneront lieu à leur tour à des manifestations et des résistances de la part de plusieurs acteurs/actrices de la société, notamment féministes, engagés pour la défense et l'extension des droits des femmes, en conformité avec l'héritage de Habib Bourguiba et en invoquant le credo de la révolution pour l'égalité, la liberté et la dignité. L'argument de l'article se base sur des observations effectuées principalement pendant les quatre premières années de la Révolution et sur un retour réflexif sur les périodes qui l'ont précédée.
Mots-clés : Kilani, féminisme, biopolitique, Révolution, Code du statut personnel, Tunisie, Kilani, Feminism, Biopolitics, Revolution, Code on Personal Status, Tunisia, Kilani, feminismo, biopolítica, Revolución, Código del status personal, Túnez
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179.Plus d’information
Cet article s'attache à étudier la pertinence d'une approche ethnographique pour une étude sémiologique du corps dansant. La danse comme pratique sociale et artistique est fortement liée aux structures socioculturelles et aux rapports (alliance, hiérarchie) entre les individus d'une même société. L'application des catégories linguistiques et sémiologiques à la danse la définit d'emblée comme un système de communication, une codification. Le sémiologue ne peut mettre de côté la dimension anthropologique du corps dansant qui est un signe d'affiliation socioculturelle témoignant des rapports instaurés entre les individus mais aussi à l'espace et au temps. Les anthropologues, grâce à leur intérêt pour la sémiotique, ont réussi à faire de la danse un objet anthropologique. Les concepts tels que signifié, signifiant, valeur, opposition sont omniprésents dans leurs travaux. Cependant, la question est de savoir que peut faire le sémiologue face au corps dansant ? Quelles sont les possibles et les limites d'une sémiotisation du geste dansé ? À partir de l'exemple du corps dansant, cet article souhaite étudier les liens entre la sémiologie et l'anthropologie en se posant la question de la compatibilité des concepts et des méthodologies de chacune de ces disciplines. Le sémiologue ayant pour objet de recherche un fait culturel tel que la danse doit forcément se nourrir des concepts et de la méthodologie de l'anthropologie. En ce sens, je propose de penser une anthropo-sémiologie qui lierait les deux disciplines en prenant en compte les ruptures et les continuités qui les caractérisent.