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Comptes rendus bibliographiques

NENGEH MENSAH, Maria (dir.) (2017) Le témoignage sexuel et intime, un levier de changement social ? Québec, Presses de l’Université du Québec, 292 p. (ISBN 978-2-76054-819-0)

  • Julie Podmore

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  • Julie Podmore
    Département de géographie, urbanisme et environnement, Université Concordia, Montréal (Canada)

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Couverture de Le droit à la ville : les personnes immigrantes dans l’espace urbain, Volume 62, numéro 177, décembre 2018, p. 369-481, Cahiers de géographie du Québec

Maria Nengeh Mensah est une professeure de travail social qui, pendant une vingtaine d’années, nous a offert des recherches innovantes principalement liées aux travailleuses et travailleurs du sexe et aux personnes vivant avec le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) au Québec et au Canada. Le témoignage sexuel et intime est sa contribution la plus récente, un ouvrage collectif qui élargit ses projets de recherche précédents. Avec une formation en communication, Nengeh Mensah offre une perspective unique dans le domaine du travail social : vouée au changement social et aux engagements des groupes communautaires, sa recherche met l’accent sur les questions de représentation. Par conséquent, l’importance de cet ouvrage collectif tient à la façon dont il rassemble, autour du concept de témoignage, une grande variété de voix des minorités sexuelles et de genre, tant des militants que des chercheurs. Cet assemblage de textes résulte de travaux effectués par Cultures de témoignage, une équipe de recherche de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) qui a réuni des chercheurs et des groupes communautaires travaillant avec trois populations stigmatisées à cause de leurs identités de genre et de sexualité : les lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres, queer, two-spirits et intersexe (LGBTQ2I). Le principe du projet est que chacun de ces groupes recoure au témoignage public pour combattre l’exclusion sociale, l’invisibilité et la stigmatisation. Alors, dans le chapitre d’introduction, Nengeh Mensah et Dirtystein tracent une voie pour le collectif en examinant le concept de témoignage sous toutes ses facettes. Elles constatent que la force du témoignage réside dans sa capacité d’affirmer et de mettre en question les identités, tout en traversant les frontières et en contestant les relations de pouvoir qui les forment. Elles soulignent également que ce collectif est le premier à réunir les voix de ces groupes apparentés, mais souvent « débranchés ». Le livre se compose de cinq parties, chacune « observant » les éléments de la pratique du témoignage sexuel et intime. La première partie, Savoirs et pouvoirs, comprend quatre chapitres qui examinent l’occultation des sujets par les institutions (médicales, linguistiques, scientifiques, médiatiques, d’enseignement et d’immigration). Deux de ces chapitres (Ma sortie du placard17 : un tabou intersexe qui perdure, chapitre I de Bastien-Charlebois ; L’Anglonormativité et la cisnormativité, chapitre III de Baril) perturbent d’une façon particulièrement intime les exclusions qui sont créées par la production de savoir. Dans la deuxième partie, Appareils médiatiques, les auteurs se tournent vers le rôle joué par les différentes formes de médias dans la production et la diffusion des témoignages publics. Par exemple, Lavigne et Le Blanc Élie (chapitre V) se demandent si l’« autopornographie » pourrait permettre au corps de témoigner et Espineira (chapitre VII) analyse les représentations des personnes trans dans les grands médias français depuis les années 1950. La troisième partie porte sur les « communautés interprétantes » ou les groupes de sujets qui partagent les interprétations et significations des textes sociaux. La performance, la réception et l’interprétation des témoignages publics servent à faire circuler des significations et des références partagées. Les chapitres de cette partie incluent des réflexions par ceux qui travaillent à démystifier l’homosexualité dans les écoles, ou sur la conception de la pornographie gaie par les hommes de minorités ethniques ou encore sur les femmes sans foyer ou vivant avec le VIH. Les réflexions sur l’utilisation des témoignages « en personne » par des groupes de services sociaux comme le Groupe de recherche et d’intervention sociale (GRIS)-Montréal (chapitre VIII) et Passages (chapitre X) sont particulièrement bienvenues ici. La quatrième partie, Acteurs en interaction, aborde de nouveau la question de la réception des témoignages, donc …