Chronique

Témoignage d’un pionnier : Les Classiques des sciences sociales ou l’accès libre à notre patrimoine intellectuel en sciences sociales et en philosophie[Notice]

  • Jean-Marie Tremblay[*]

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Cette aventure remonte au début des années 1990. C’est à peine 5 ans après l’arrivée du Macintosh 128 d’Apple, invention qui a constitué pour moi une deuxième naissance, car j’y ai appris à travailler avec le chiffrier électronique, le traitement de textes, des bases de données, le dessin vectoriel et enfin la gestion d’un site Web. Ainsi, lorsque nous avons obtenu notre premier laboratoire informatique à la bibliothèque de mon collège, je me suis dit que je pourrais faire découvrir bien plus facilement les sciences sociales et la philosophie à nos étudiants des sciences humaines si je mettais à leur disposition, en version numérique, de nombreuses études de sociologie, de démographie, d’anthropologie, de criminologie, d’histoire, de science politique, d’économie politique, de travail social et aussi de philosophie. Je souhaitais vivement qu’ils découvrent ces disciplines, qu’ils les aiment et qu’ils comprennent l’importance d’être bien outillé pour décrire, comprendre et expliquer la réalité sociale puisque les sciences humaines cherchent à décrire et à expliquer les phénomènes sociaux et les comportements humains. Je voulais aussi qu’ils réfléchissent sur la question du sens, d’où mon intérêt pour la philosophie. Je voulais enfin qu’ils découvrent les cultures, les problèmes sociaux, les phénomènes politiques, l’histoire, les civilisations. Et quoi de mieux qu’une banque de textes numériques à l’orée d’une civilisation du numérique ! Pourquoi le nom de Classiques des sciences sociales ? Tout simplement, pour faire court, mais aussi et surtout parce que je souhaitais mettre en relation les travaux des fondateurs et grands intellectuels en ces domaines avec ceux des chercheur(e)s et professeur(e)s contemporain(e)s de ces mêmes domaines. Imaginez-vous pouvoir lire les travaux de Ferri, Lombroso, Garofalo en criminologie, mais aussi ceux de Denis Szabo, Maurice Cusson, Jean-Paul Brodeur, Marc Ouimet ! En sociologie, ceux de Durkheim et de Guy Rocher ! En anthropologie, ceux de Marcel Mauss, Ruth Benedict, Saladin d’Anglure ou Marc-Adélard Tremblay ou encore ceux de Pierrette Paule Désy, etc. En économie politique, les travaux de Keynes, Walras, Marx, mais aussi ceux de Louis Gill, Gilles Dostaler, etc. ! C’était mon intention première. Et pour y arriver, j’allais utiliser mon temps libre pour développer une banque de textes qui allait devenir, à partir de 2000, grâce à la coopération de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), une véritable bibliothèque numérique, accessible en ligne partout dans le monde. Nous sommes incorporés depuis 2006 en organisme à but non lucratif dont la mission est de « donner accès librement et gratuitement » aux oeuvres en sciences sociales et en philosophie de langue française. Ainsi, quoi qu’il m’arrive, Les Classiques des sciences sociales demeureront un bien public, contrairement aux Google books de ce monde. Nous sommes une toute petite équipe, nous n’avons à peu près aucun moyen à notre disposition, sauf notre volonté, notre travail et notre équipement informatique personnel. Nous ne sommes pas subventionnés. Nos ressources sont très limitées, mais nous avons du temps, nous voulons partager ces savoirs, nous sommes à l’aise avec l’ordinateur et sommes tous reliés grâce à Internet. Plusieurs organismes, dont la Bibliothèque numérique européenne, ont fait le souhait de nous voir fusionner avec eux, mais nous avons préféré conserver notre identité, notre autonomie éditoriale et de fonctionnement. Nous pensons qu’il est malsain que tout soit entre les mains d’un grand organisme, privé ou public. Plus de 200 000 heures de travail bénévole ont été consacrées à ce jour au développement de cette bibliothèque numérique. Moi-même, j’y consacre environ 2 500 heures par année depuis 1993. Permettez-moi de vous décrire notre travail d’édition numérique et la somme impressionnante de travail que cela représente. Nous avons consacré près de 500 heures …

Parties annexes