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Comptes rendus

Transatlantic Relations and Modern Diplomacy. An Interdisciplinary Examination, Sudeshna Roy, Dana Cooper et Brian M. Murphy (dir.), 2014, coll. Routledge New Diplomacy Studies, Londres, Routledge, 242 p.

  • Niels Lachmann

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  • Niels Lachmann
    Université du Danemark du Sud, Odense

Corps de l’article

Dans de nombreuses études des relations transatlantiques, tellement d’attention est portée aux États-Unis et à l’Europe que ce ne sont souvent que ces acteurs, y ajoutant parfois le Canada, et leurs rapports qui y sont pris en compte. Ce que négocient actuellement les États-Unis et l’Union européenne est nommé le Partenariat « transatlantique » de commerce et d’investissement. En même temps, il est fréquemment débattu de l’importance de l’Europe pour les États-Unis dans l’avenir et de l’influence que même un partenariat renforcé entre eux leur procurerait alors que d’autres acteurs gagnent en poids sur la scène mondiale.

Si les contributions rassemblées par des chercheurs de l’Université du Texas cherchent à apporter des réponses à ces questions, plusieurs élargissent aussi l’horizon transatlantique vers l’Amérique latine et l’Afrique. L’ouvrage se réclame d’une perspective interdisciplinaire, de l’économie à l’histoire culturelle en passant par l’analyse politique. Il est divisé en quatre parties : alors que la troisième s’intéresse à des acteurs autres que les États-Unis et l’Europe, la première et la deuxième sont consacrées plus conventionnellement à l’état et aux développements possibles ou souhaitables des relations nord-atlantiques, et la quatrième porte surtout sur la différence ou le partage de valeurs et de représentations des deux côtés de l’Atlantique Nord.

Comme le montre cette répartition, la plupart des contributions continuent à appréhender les relations « transatlantiques » comme étant avant tout celles entre les États-Unis et l’Europe. Les contributeurs s’inscrivent pour l’essentiel en faux contre l’idée que la relation nord-atlantique – et parmi ses participants, surtout l’Europe – se trouve irrémédiablement en déchéance du fait de l’importance croissante d’acteurs non ancrés dans l’Atlantique Nord. Entre l’Amérique du Nord et l’Europe, il existerait toujours des liens uniques dans leur profondeur et leur solidité : les échanges économiques, mais aussi la coopération de sécurité et même jusqu’au partage des valeurs et de l’identification comme partenaires préférés.

Les contributions dans les deux premières parties soulignent en même temps que des problèmes importants affectent actuellement tant les États-Unis que l’Union européenne, chacun de son côté, leur lien bilatéral et aussi l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord. Les auteurs peignent un tableau nuancé quand il s’agit de déterminer où se trouvent les obstacles aux développements souhaités et jugés nécessaires par les contributeurs, comme le projet d’un espace nord-atlantique de libre-échange ou une coopération de sécurité aux apports plus adéquats et équilibrés.

Divergences et mésententes nord-atlantiques et transatlantiques ne sont pas nouvelles : Jessica Gienow-Hecht fait ressortir que, parmi les représentations européennes des États-Unis depuis 1776, s’est développé un certain antiaméricanisme culturel comme une prédisposition à la méfiance, au-delà des réactions temporaires à la politique états-unienne. Elle conclut que cela mérite une réflexion nuancée et une prise en compte adéquate par les décideurs et faiseurs d’opinions aux États-Unis et non la tendance récente au dénigrement (p. 208). Quant à la perspective de relations plus largement transatlantiques, James F. Siekmeier rappelle qu’en Amérique latine le rejet que subissent les États-Unis est encore plus fort. Joaquín Roy relève quant à lui de la réticence parmi certaines élites latino-américaines face à une intégration multilatérale régionale dans le genre de l’Union européenne, dans laquelle elles voient une menace contre la souveraineté des nations. Simon Serfaty conclut néanmoins sa contribution en soulignant qu’il faut construire un lien transatlantique « tricontinental » élargi vers le Sud, faisant remarquer que parmi le groupe que formeraient le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, et qui établirait supposément son influence croissante au détriment des partenaires nord-atlantiques, tant le Brésil que l’Afrique du Sud sont des pays atlantiques (p. 99).

Devant ce panorama, deux des directeurs de l’ouvrage – Brian M. Murphy dans le chapitre introductif (p. 18) et Dana Cooper en conclusion (p. 235-236) – suggèrent qu’à l’avenir le partenariat nord-atlantique fonctionnera plus comme une négociation pragmatique qu’en expression d’un attachement sentimental à des idéaux communs. La base pragmatique des intérêts communs est aussi ce qu’évoque Kwame Badu Antwi-Boasiako comme étant le moyen d’établir un partenariat transatlantique avec une Afrique toujours marquée par le colonialisme et l’esclavage commis par l’Europe et l’Amérique du Nord.

L’ouvrage démontre clairement l’importance des échanges économiques nord-atlantiques ; il décrit et analyse utilement les enjeux politiques d’un côté à l’autre de l’Atlantique Nord. Encore plus louable est le fait que, dans son ensemble, il répond par des descriptions et des analyses nuancées aux vues selon lesquelles les États-Unis vont – voire doivent – se détourner de l’Europe, ou que ces deux acteurs doivent coopérer dans un esprit « l’Occident contre le reste du monde ». S’intéressant aussi à l’Amérique latine et à l’Afrique, et cherchant une mise en perspective avant tout historique, l’ouvrage n’est pas qu’un autre recueil de contributions au contenu en partie déjà dépassé par l’actualité sur les thèmes récurrents du lien nord-atlantique, qui serait émaillé d’opinions et de recommandations plus ou moins pertinentes. Certains chapitres n’échappent cependant pas à cette caractérisation, n’évitant pas quelques redondances entre eux. Certains paraissent datés, n’ayant pas pu prendre en compte par exemple l’outrage récent dans des pays européens après les révélations sur les activités d’espionnage des services états-uniens. Et, contrairement à ce que le titre pourrait suggérer, il ne faut pas s’attendre à des études en profondeur de la pratique diplomatique, même s’il est question plusieurs fois de la « diplomatie publique » des États-Unis. Après la lecture de l’ouvrage, on peut souhaiter qu’il sera suivi dans son effort de donner des perspectives moins habituelles sur les relations transatlantiques.