Volume 48, numéro 1-2, 2024 Imaginer le futur des langues inuit Imagining the future of Inuit languages Sous la direction de Jaypetee Arnakak, Louis-Jacques Dorais et Alana Johns
Sommaire (21 articles)
Éditorial / Editorial
Introduction
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Kontakion for Mick Departed
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Protecting Inuit Language and Culture in Inuit Nunangat: Taking Agency to Decolonize Education
Natasha Ita MacDonald
p. 31–53
RésuméEN :
Decolonizing education is crucial for Inuit communities, given the enduring impact of Canadian government policies on our language and culture through colonization. In a globalized world, Inuit must take action to reverse language loss and language shift. This examination provides Inuit insights of Inuit colonization context for education leaders in Inuit Nunangat and beyond. It underscores the far-reaching effects of colonialism on education and the urgent need to address resulting educational and socioeconomic disparities. This commentary outlines strategies for decolonizing education systems, focuses on revitalizing and preserving language and culture, and shares examples of how some communities have already begun the process. Inuit language and culture can achieve vitality when interwoven with Inuit Qaujimajatuqangit (traditional Inuit knowledge), traditional activities, and land-based practices. Schools can facilitate this by implementing culturally responsive pedagogy and the inclusion of Elders, ensuring a holistic approach to education.
FR :
La décolonisation de l’éducation est cruciale pour les communautés inuit, compte tenu de l’impact durable des politiques du gouvernement canadien sur notre langue et notre culture par le biais de la colonisation. Dans un monde globalisé, les Inuit doivent prendre des mesures pour inverser la disparition et les changements de leur langue. Cette étude présente le contexte de la colonisation inuit aux responsables de l’éducation de l’Inuit Nunangat et d’ailleurs. Elle souligne les effets considérables du colonialisme sur l’éducation et la nécessité urgente de remédier aux disparités éducatives et socio-économiques qui en résultent. Cet article propose des stratégies de décolonisation des systèmes éducatifs, en mettant l’accent sur la revitalisation et la préservation de la langue et de la culture, et donne des exemples de la manière dont certaines communautés ont déjà entamé ce processus. La langue et la culture inuit peuvent retrouver leur vitalité lorsqu’elles sont imbriquées dans l’Inuit Qaujimajatuqangit (savoirs traditionnels inuit), les activités traditionnelles et les pratiques liées au territoire. Les écoles peuvent faciliter ce processus en mettant en oeuvre une pédagogie adaptée à la culture et en intégrant les Aînés, afin de garantir une approche holistique de l’éducation.
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Education of Avanersuarmiut, the Northernmost People in Qaanaaq
Naja Blytmann Trondhjem
p. 55–78
RésuméEN :
This paper describes how the concept of centre-periphery is linked to modernity, and thus to colonialism and coloniality, by examining the education of non-Kalaallisut-speaking Avanersuarmiut children in Qaanaaq through teaching materials, national tests, and final exams in Kalaallisut, Danish, and English. Within coloniality, the multidialectal perspective is not considered relevant, and the emphasis on the standard language marginalizes local dialects to near extinction. Despite linguistic challenges at the start of schooling, children in Qaanaaq eventually achieve scores comparable to those of Kalaallisut-speaking children. However, due to limited exposure to Danish and English, they obtain low scores in these subjects. When they move to other parts of Greenland for further education, they struggle not only with Danish and English but also with Kalaallisut, facing stigma because of their accent. Despite these challenges, many persevere, supported by second-chance programs that help them eventually complete their education.
FR :
Cet article décrit la manière dont le concept de centre-périphérie est lié à la modernité, et donc au colonialisme et à la colonialité, en examinant l’éducation des enfants Avanersuarmiut à Qaanaaq qui ne parlent pas kalaallisut, par l’intermédiaire du matériel pédagogique, des tests nationaux et des examens finaux en kalaallisut, en danois et en anglais. Dans le cadre de la colonisation, la perspective multidialectale n’est pas considérée comme pertinente et l’accent mis sur la langue standard marginalise les dialectes locaux au point de les faire disparaître. Malgré les difficultés linguistiques rencontrées au début de leur scolarité, les enfants de Qaanaaq finissent par obtenir des résultats comparables à ceux des enfants parlant le kalaallisut. Cependant, en raison d’une exposition limitée au danois et à l’anglais, ils obtiennent de faibles résultats dans ces matières. Lorsqu’ils se déplacent dans d’autres régions du Groenland pour poursuivre leurs études, ils se confrontent non seulement au danois et à l’anglais, mais aussi au kalaallisut, et sont stigmatisés en raison de leur accent. Malgré ces difficultés, nombre d’entre eux persévèrent, soutenus par des programmes de deuxième chance qui les aident à terminer leurs études.
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From Research to Memes: The Enduring Stereotypes of Upernavimmiutut
Camilla Kleemann-Andersen
p. 79–99
RésuméEN :
Kalaallit Nunaat has a tradition of broadcasting a New Year’s show on KNR-TV to mock the past year and the national political scandals. The show often parodies people from different towns, imitating their dialect. Irvine and Gal’s (2000) concept of processes of language ideologies (iconization, erasure, and fractal recursivity,) alongside Agha’s enregisterment (2003) shows how a dialect can become more marginalized by using features with negative connotations. The article analyses how the media is a tool to reproduce stereotypes and contribute to maintaining the power structures in society by using normalized humour that mocks dialects. The Upernavimmiutut dialect is used as a case study. Coloniality is still visible in today’s Kalaallit Nunaat, and it affects marginalized groups. Standardization and mediatization (Androutsopoulos 2014) also play a significant role in maintaining the power structures in the linguistic arena. The article looks at how people in power have reproduced language ideologies over the decades and how democratized new media maintain them by distributing them through research, TV, and memes in social media.
FR :
Kalaallit Nunaat a pour tradition de diffuser une émission de Nouvel An sur KNR-TV pour se moquer de lannée écoulée et des scandales politiques nationaux. L’émission parodie souvent les habitants de différentes villes en imitant leur dialecte. L’utilisation du concept d’Irvine et Gal (2000) sur les processus des idéologies linguistiques (iconisation, effacement et récursivité fractale) ainsi que l’enregistrement d’Agha (2003) montrent comment un dialecte peut devenir plus marginalisé en utilisant des caractéristiques qui connotent ses caractéristiques négatives. L’article analyse comment les médias sont utilisés pour reproduire les stéréotypes et contribuer au maintien des structures de pouvoir dans la société en utilisant un humour normalisé qui se moque des dialectes. L’upernavimmiutut est utilisé comme une étude de cas. La colonialité est toujours visible dans le Kalaallit Nunaat d’aujourd’hui, et elle affecte les groupes marginalisés. La normalisation et la médiatisation (Androutsopoulos 2014) jouent également un rôle important dans le maintien des structures de pouvoir dans l’arène linguistique. L’article examine comment les personnes au pouvoir ont reproduit les idéologies linguistiques au fil des décennies et comment les nouveaux médias démocratisés les maintiennent en les diffusant par le biais de la recherche, de la télévision et des mèmes dans les médias sociaux.
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Récit d’une expérience pratique de développement collaboratif d’un lexique en éducation en inuktitut pour la formation enseignante au Nunavik
Virginie D. de la Chevrotière, Gisèle Maheux, Siaja Mark Mangiuk, Elisapi Uitangak, Elisapie Lamoureux, Sarah Angiyou, Marie-Carole Qinuajuak, Malaya Tukalak et Passa Mangiuk
p. 101–122
RésuméFR :
Au Nunavik, comme dans les autres territoires autochtones, l’école a été implantée à des fins d’assimilation par les gouvernements néocoloniaux. Cet article relate un projet de recherche-action collaborative exploratoire soutenant la formation professionnelle à l’enseignement en inuktitut dans deux communautés inuit du Nunavik : Ivujivik et Puvirnituq. Il est une composante d’un projet global de développement éducatif dans ces communautés, à leur initiative, en collaboration avec des professionnelles de la formation et de la recherche universitaires. Les enseignantes en formation, membres de la communauté, n’avaient jamais eu accès à une formation formelle à l’enseignement, donc à la transmission de l’inuktitut dans le contexte scolaire. Dans ce contexte, le développement d’un lexique en inuktitut au début des années 1990, en tant que référence destinée à faciliter le travail de transmission s’est imposé. Guidé par le paradigme de recherche autochtone, le groupe de développement du lexique adopte des processus itératifs de co-construction de la connaissance fondés sur les besoins des membres des deux communautés. L’objectif global du groupe est de contribuer au développement d’un discours professionnel en enseignement en inuktitut par les acteurs concernés. Parallèlement, il vise l’atteinte d’une autodétermination éducative, permettant à l’inuktitut de maintenir sa place dans la société contemporaine, en cohérence avec les aspirations éducatives et culturelles des communautés du Nunavik.
EN :
In Nunavik, as in other indigenous territories, schools were established as instruments of assimilation by neocolonial governments. This article presents an exploratory collaborative action-research project aimed at supporting professional teacher training in Inuktitut within two Inuit communities in Nunavik : Ivujivik et Puvirnituq. The initiative is part of a broader educational development project undertaken at the request of these communities, in collaboration with university professionals in education and research. Teachers in training, members of their respective communities, had never had access to formal initial teacher education program, education, particularly concerning the transmission of Inuktitut in the school context. In response, the development of a lexicon in Inuktitut, at the beginning of 1990, conceived as a reference tool to facilitate educational transmission, became necessary. According to the Indigenous research paradigm, the lexicon development group adopts iterative processes of co-constructing knowledge based on the needs expressed by members of both communities. The group’s overarching objective is to contribute to the emergence of a professional teaching discourse in Inuktitut, developed by those directly involved. At the same time, it aims to support educational self-determination, enabling Inuktitut to maintain a meaningful place in contemporary society, in alignment with the cultural and educational aspirations of Nunavik’s communities.
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Recording Regional Dialects in Labrador Inuttitut (Research Note)
Susana Bejar, Alana Johns et Christine Nochasak
p. 123–137
RésuméEN :
This paper reports on the Elder’s Stories Project, an initiative to document regional dialects of Labrador Inuttitut across Nunatsiavut. The goal of this project is twofold: to preserve linguistic and cultural knowledge, with a focus on regional variation, and to create accessible spoken language resources for intermediate and advanced learners. The Elder’s Stories Project will pair audio recordings with time-aligned transcriptions using ELAN software. This method results in archival resources which enable learners and researchers to access and search oral texts linked directly to audio. The paper documents how the Elder’s Stories Project led to a series of ELAN transcription training workshops which in turn is becoming a catalyst for an interest in learning transcription skills among language specialists in Nunatsiavut.
FR :
Cette note de recherche présente le projet Elder’s Stories, une initiative visant à documenter les dialectes régionaux de l’inuttitut du Labrador au Nunatsiavut. L’objectif de ce projet est double : préserver les connaissances linguistiques et culturelles, en mettant l’accent sur les variations régionales, et créer des ressources accessibles en langue parlée pour les apprenants de niveau intermédiaire et avancé. Le projet Elder’s Stories associe des enregistrements audios à des transcriptions inscrites dans le temps grâce au logiciel ELAN. Cette méthode offre des ressources d’archives qui permettent aux apprenants et aux chercheurs d’accéder et de rechercher des textes oraux liés directement à l’audio. Le texte montre comment le projet Elder’s Stories a débouché sur une série d’ateliers de formation à la transcription ELAN qui, à son tour, devient un catalyseur de l’intérêt pour l’apprentissage des compétences de transcription parmi les spécialistes des langues au Nunatsiavut.
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Place Names Documentation as Community-Based Language Conservation
Francisca Mall’u Demoski et McKinley Alden
p. 139–157
RésuméEN :
Bristol Bay Native Corporation’s (BBNC) Bristol Bay Native Place Names Project is a 20-year initiative dedicated to celebrating the Sugpiaq/Alutiiq, Dena’ina, and Yup’ik Native place names in the Bristol Bay region of Southwest Alaska. Through this project, BBNC is committed to honoring the land-centered knowledge and environment that has long defined Alaska Native cultures. As traditional place names are increasingly replaced by English equivalents, this project serves to revitalize cultural and linguistic knowledge that connects our communities to the land. The Bristol Bay Native Place Names Project highlights the contributions of Alaska Native cultural workers, educators, community members, and knowledge bearers. It documents approximately 1,500 place names across three Alaska Native languages in the Bristol Bay region. The online publication of these names has received a remarkable response from the community, with growing use of traditional place names in daily life, navigation, search-and-rescue operations, oral histories, and land-based language education in schools. Overall, this initiative represents a form of Indigenous language revitalization driven by Alaska Native people for the benefit of their home communities, ensuring the continued connection to cultural heritage and fostering future generations’ understanding of their ancestral lands.
FR :
Le Bristol Bay Native Corporation (BBNC) Bristol Bay Native Place Names Project est une initiative sur 20 ans visant à célébrer les noms de lieux Sugpiaq/Alutiiq, Dena’ina et Yup’ik dans la région de Bristol Bay, dans le sud-ouest de l’Alaska. Grâce à ce projet, BBNC s’engage à honorer les connaissances et l’environnement centrés sur les terres qui définissent depuis longtemps les cultures autochtones de l’Alaska. Alors que les noms de lieux traditionnels sont de plus en plus remplacés par des équivalents anglais, ce projet sert à revitaliser les connaissances culturelles et linguistiques qui relient nos communautés à la terre. Le projet sur les noms de lieux autochtones de la baie de Bristol met en lumière les contributions des travailleurs culturels, des éducateurs, des membres des communautés et des détenteurs de savoirs autochtones de l’Alaska. Il documente environ 1 500 noms de lieux dans trois langues autochtones de l’Alaska dans la région de la baie de Bristol. La publication en ligne de ces noms a reçu un accueil remarquable de la part de la communauté, qui utilise de plus en plus les noms de lieux traditionnels dans la vie quotidienne, la navigation, les opérations de recherche et de sauvetage, les récits oraux et l’enseignement des langues autochtones dans les écoles. Dans l’ensemble, cette initiative représente une forme de revitalisation des langues indigènes menée par les Autochtones de l’Alaska au profit de leurs communautés d’origine, garantissant le maintien du lien avec le patrimoine culturel en favorisant la compréhension de leurs terres ancestrales par les générations futures.
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Perpétuer le vrai : De l’importance de l’exactitude dans la culture inuit contemporaine
Jaypetee Arnakak, Louis-Jacques Dorais et Alana Johns
p. 159–180
RésuméFR :
Dans cet article, nous présentons la tradition culturelle inuit voulant qu’en inuktitut, on ne rapporte que les évènements dont on a fait soi-même l’expérience, ou les évènements et les faits explicitement attribuables à des sources crédibles. Nous montrons que cette tradition de précision narrative appelée suliniq est encore vigoureuse chez les locuteurs modernes de l’inuktitut. Qui plus est, elle imprègne aussi les nouvelles productions culturelles telles que la littérature et le film inuit. Cette tradition s’est ainsi perpétuée en tant qu’état fondamental de la parole, et ce même après l’avènement des influences, religieuses et autres, venues de l’extérieur.
EN :
In this paper we discuss the Inuit cultural tradition of only relating events in Inuktitut which have been personally experienced, or events or facts that are overtly attributable to reliable sources. We show that this tradition of accurate report called suliniq is still strong among modern Inuktitut speakers. Moreover, it is reflected in newer cultural products such as Inuit literature and film. This tradition has thus continued as the ground state of speech, and this even after external religious, and other, contacts.
Hors-Thème / Other Articles
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The Computerized Database of Labrador Inuttut: A Language Revitalization Technology Component
Lawrence Smith
p. 183–205
RésuméEN :
We present empirical results from the coupling of traditional linguistic research with computational technology, validating a hypothesis that this combination provides benefits beyond either alone. An experiential software innovation now offers automatic and clear visual diagrams of native language structures in full sentence contexts for a quick experiential understanding of how the language fundamentally operates. Such advances for cultural learning and maintenance are now possible because native linguistic polysynthetic structure is systematically integrated in computational technologies. Results from the Computerized Database of Labrador Inuttut are ongoing. Threatened languages can thus be renewed by technology even when they have been diminished by the inexorable domination of superstrate forces in culture and media. We propose continued computational linguistic resource development to enable language and cultural sustenance via new experiential technologies based on both inherent linguistic structure and computational processing.
FR :
Nous présentons les résultats empiriques de l’association de la recherche linguistique traditionnelle et de la technologie informatique, validant l’hypothèse selon laquelle cette combinaison offre des avantages qui dépassent ceux de l’une ou l’autre de ces méthodes. Une innovation logicielle expérimentale offre désormais des diagrammes visuels automatiques et clairs des structures de la langue maternelle dans des contextes de phrases complètes pour une compréhension expérimentale rapide de la manière dont la langue fonctionne fondamentalement. De telles avancées en matière d’apprentissage et de maintien de la culture sont désormais possibles grâce à l’intégration systématique de la structure polysynthétique de la langue maternelle dans les technologies informatiques. Les résultats de la base de données informatisée de l’inuttut du Labrador sont en cours. Les langues menacées peuvent donc être renouvelées par la technologie même lorsqu’elles ont été diminuées par la domination inexorable de forces suprêmes dans la culture et les médias. Nous proposons de poursuivre le développement des ressources linguistiques informatiques afin de permettre la survie de la langue et de la culture par le biais de nouvelles technologies expérientielles basées à la fois sur la structure linguistique inhérente et sur le traitement informatique.
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Classes verbales et changements de valence en inuktitut (Nunavik)
Marc-Antoine Mahieu
p. 207–238
RésuméFR :
Cet article consiste en une présentation systématique des faits de valence verbale en inuktitut. Il utilise des exemples agrammaticaux, mais se fonde avant tout sur la fréquentation et l’analyse de ce que les Inuit du Nunavik disent et écrivent spontanément dans leur langue. Les outils théoriques mobilisés sont ceux de la typologie syntaxique. La thèse centrale est qu’il est utile, pour comprendre les faits de valence en inuktitut, d’admettre que les bases verbales se répartissent en cinq classes, comme l’avait établi Lucien Schneider (1967). Chaque classe verbale est compatible avec certains changements de valence, pas avec les autres. De plus, certains changements de valence peuvent en affecter un ou plusieurs autres. L’article présente les diverses combinaisons possibles. Il tient compte d’un changement de valence important en inuktitut, qui nous semble ne pas avoir encore été identifié pour ce qu’il est : le médiopassif.
EN :
This article is a systematic presentation of valency phenomena in Inuktitut. It uses agrammatical examples but is based above all on the observation and analysis of what Nunavik Inuit spontaneously say and write in their language. The theoretical tools used are those of syntactic typology. The central thesis is that, to understand valency phenomena in Inuktitut, it is useful to admit that verb bases fall into five classes, as established by Lucien Schneider (1967). Each verb class is compatible with certain valency changes, but not with the others. What’s more, some valency changes may affect one or more others. The article presents the various possible combinations. It takes into account an important valency change in Inuktitut, which we feel has not yet been identified for what it is : the mediopassive.
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The Parent-Child Relationship and Child Development in the Context of Historical and Complex Traumas : Perceptions of the Inuit Community of Kangiqsualujjuaq
Pascale Dugas, Antoine Asselin, David Poulin-Latulippe, Nancy Etok, Elassie Annanack et Miguel M. Terradas
p. 239–262
RésuméEN :
In the community of Kangiqsualujjuaq, as elsewhere in Nunavik, the socioeconomic conditions in which Inuit families live are much more difficult than those in the rest of Canada. These conditions are a symptom of a colonial past that has resulted in many historical and complex traumas. In a traumatic context, mentalization capacity, which refers to the ability to interpret one’s own behaviours and those of others in terms of underlying mental states, can have a protective effect on the individual. The present exploratory action research aimed to document the perceptions of members of this Inuit community regarding the particularities of the parent-child relationship. Two focus groups were conducted with community members, counsellors, and elders. A thematic analysis was done from the collected verbatims and guided by a phenomenological perspective. Factors extracted from the results were associated with well-being and suffering in the parent-child relationship and placed on a continuum. Openness and transmission were associated with well-being, while closure and a breakdown in communication were linked to suffering. Finally, this study highlights the relevance of focusing on mentalization among Inuit.
FR :
Dans la communauté de Kangiqsualujjuaq, comme ailleurs au Nunavik, les conditions socioéconomiques dans lesquelles vivent les familles inuit sont beaucoup plus difficiles que celles du reste du Canada. Ces conditions sont le symptôme d’un passé colonial ayant engendré de nombreux traumas historiques et complexes. Dans un contexte traumatique, la capacité de mentalisation – c’est-à-dire la capacité à interpréter ses propres comportements et ceux des autres en fonction d’états mentaux sous-jacents – peut avoir un effet protecteur pour l’individu. La présente recherche-action exploratoire visait à documenter les perceptions des membres de cette communauté inuit concernant les particularités de la relation parent-enfant. Deux groupes de discussion ont été menés avec des membres de la communauté, des intervenants et des aînés. Une analyse thématique a été réalisée à partir des verbatims recueillis et a été guidée par une approche phénoménologique. Les résultats mettent de l’avant des facteurs associés au bien-être et à la souffrance dans la relation parent-enfant, s’inscrivant sur un continuum. L’ouverture et la transmission étaient associées au bien-être, tandis que la fermeture et la rupture de la communication étaient liées à la souffrance. Enfin, cette étude souligne la pertinence de l’utilisation du concept de mentalisation auprès des communautés inuit.
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Renforcement des compétences relationnelles des intervenants inuit afin de contrer la transmission des traumas historiques, intergénérationnels et complexes : Adaptation culturelle d’une formation
Miguel M. Terradas, David Poulin-Latulippe, Antoine Asselin, Pascale Dugas, Nancy Etok et Ellasie Annanack
p. 263–286
RésuméFR :
La Maison de la famille Qarmaapik vient en aide aux enfants et aux familles de la communauté de Kangiqsualujjuaq en situation de crise. Sa mission répond au besoin de prodiguer des services adaptés culturellement, offerts par les Inuit pour les Inuit. Pourtant, comme leurs pairs, les intervenants qui y travaillent sont affectés par des traumas intergénérationnels et complexes qui s’inscrivent au sein de leur histoire personnelle et collective. Or, pour aider leurs pairs, ils doivent parvenir à différencier leurs propres traumas de ceux des autres pour être en mesure d’utiliser leur expérience et leur résilience pour intervenir auprès de ceux-ci. Cet article aborde le processus d’élaboration et d’adaptation culturelle d’une formation s’adressant à ces intervenants. Des groupes de discussion réalisés auprès des intervenants inuit de Qarmaapik, de la garderie et de l’école, des aînés et des membres clés de la communauté ont permis d’extraire des thèmes à partir desquels bâtir une formation : la mentalisation, l’approche phénoménologique, l’intervention en situation de crise et l’intervention auprès des enfants. Un premier cycle de formation a été présenté à des intervenantes de la Maison de la famille Qarmaapik dans le but de valider les thèmes et d’en faire l’adaptation culturelle.
EN :
The Qarmaapik Family House helps children and families from the Kangiqsualujjuaq community in crisis. Its mission responds to the need for culturally adapted services, provided by Inuit for Inuit. Yet, as their peers, the caregivers who work there are affected by complex, intergenerational traumas that are part of their personal and collective history. In order to help their peers, they must be able to differentiate their own traumas from those of others, and use their experience and resilience to intervene with them. This article looks at the process of developing and culturally adapting a training program for these workers. Focus groups with Inuit caregivers from Qarmaapik, the daycare center and school, elders and key community members helped to extract themes on which to build a training program : mentalization, the phenomenological approach, crisis intervention and intervention with children. A first training cycle was presented to caregivers from the Qarmaapik Family House to validate the themes and make cultural adaptations.
Voix inuit / Inuit Voices
Recensions d’ouvrages / Book Reviews
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Rahm, Jrène et Shirley Tagalik (dir.). 2024. Inuit qaujimajatuqangit : Ce que les Inuits savent depuis toujours. Montréal : Presses Universitaires du Québec, 324 pages.
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Macdonald John and Nancy Wachowich (eds.). 2018. The Hands’ Measure. Essays Honouring Leah Aksaajuq Otak’s Contribution to Arctic Science. Iqaluit: Nunavut Arctic College, 396 pages.
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Shaheen-Hussain, Samir. 2021. Plus aucun enfant autochtone arraché. Pour en finir avec le colonialisme médical canadien. Traduit par Nicolas Calvé. Montréal : Lux, 488 pages.