Comptes rendus

Childers, Kristen Stromberg, Seeking Imperialism’s Embrace : National Identity, Decolonization, and Assimilation in the French Caribbean (Oxford/New York, Oxford University Press, 2016), 288 p.

  • Pierre Odin

…plus d’informations

  • Pierre Odin
    Laboratoire caribéen de sciences sociales ‑ Université des Antilles
    Docteur associé au CERI - Sciences Po

L’accès à cet article est réservé aux abonnés. Seuls les 600 premiers mots du texte seront affichés.

Options d’accès :

  • via un accès institutionnel. Si vous êtes membre de l’une des 1200 bibliothèques abonnées ou partenaires d’Érudit (bibliothèques universitaires et collégiales, bibliothèques publiques, centres de recherche, etc.), vous pouvez vous connecter au portail de ressources numériques de votre bibliothèque. Si votre institution n’est pas abonnée, vous pouvez lui faire part de votre intérêt pour Érudit et cette revue en cliquant sur le bouton “Options d’accès”.

  • via un accès individuel. Certaines revues proposent un abonnement individuel numérique. Connectez-vous si vous possédez déjà un abonnement, ou cliquez sur le bouton “Options d’accès” pour obtenir plus d’informations sur l’abonnement individuel.

Dans le cadre de l’engagement d’Érudit en faveur du libre accès, seuls les derniers numéros de cette revue sont sous restriction. L’ensemble des numéros antérieurs est consultable librement sur la plateforme.

Options d’accès
Couverture de Volume 74, numéro 4, printemps 2021, p. 5-127, Revue d’histoire de l’Amérique française

Passée cette proposition générale, la seconde section de l’ouvrage revient sur les enjeux externes et internes de la départementalisation. En partant de la crise de légitimité des autorités politiques collaborationnistes, l’auteure éclaire le jeu subtil des interdépendances politiques qui voient le jour à cette période dans la Caraïbe. Dans cette perspective, la départementalisation est présentée comme le résultat d’un compromis historique entre la métropole et les territoires appelés à devenir des départements d’outre-mer (DOM). En mettant fin au statut des sujets indigènes de la Guadeloupe, de la Martinique, de la Guyane et de la Réunion, le gouvernement central répond aux demandes des forces politiques dominantes sur le plan local (la citoyenneté pleine et entière de l’ensemble des habitants et la réduction, à moyen terme, des inégalités socioéconomiques) en même temps qu’il cherche à préserver l’indépendance de la France face aux États-Unis au sein de l’espace caribéen. Le plébiscite électoral des députés communistes en provenance des DOM en 1947, qui accompagne ce premier mouvement décolonial, est alors perçu comme un moindre mal face au « soft power » étatsunien – dans la mesure où celui-ci connaît un certain succès auprès des élites blanches (les békés), manifestement sensibles à une association qu’elles estiment bénéfiques pour consolider leur domination économique et raciale contre « l’oppression que représentent les fonctionnaires de couleur » (p. 71). Ces différents aspects sont également développés dans la troisième section qui articule le contexte géopolitique avec la question des revendications indépendantistes qui secouent l’ancien empire colonial français, justifiant notamment le déploiement de forces policières et militaires hors de la France continentale. En scrutant les évolutions de la vie politique antillaise, l’auteure apporte un éclairage novateur sur le passage de la Quatrième à la Cinquième République, en prenant ses distances avec la centralité de la « crise algérienne » de 1958-1962. La quatrième section associe directement la dimension historique de conflictualité sociale aux Antilles et la question mémorielle, les présentant comme étroitement imbriquées. Revenant sur les nombreux épisodes de conflits sociaux qui émaillent les années 1950 et 1960 (les émeutes de Fort-de-France de décembre 1959 ou celles de Pointe-à-Pitre en mai 1967), l’auteure souligne l’appétence pour les questions historiques qui caractérise les forces politiques autonomistes et anticolonialistes, toujours soucieuses de mettre en avant une histoire distincte du récit national assimilationniste et pacificateur. Les traces indélébiles de l’esclavage et de la colonisation représentent autant de lignes de clivage qui structurent le débat public aux Antilles et sur lesquelles s’appuient les figures politiques et intellectuelles locales pour interpeller l’État central – y compris de façon polémique, comme ce fut le cas au sujet des commémorations de l’abolition de l’esclavage en 1998. La cinquième section insiste davantage sur les paradoxes de la citoyenneté aux Antilles en mettant en avant les logiques politiques qui sous- tendent la color-blindness française. Rappelant, à la suite d’Aimé Césaire, que « [l]a République aveugle était loin d’être universelle et égalitaire » (p. 127-128), Kristen Stromberg Childers montre comment les élites locales partisanes favorables à la départementalisation vont mettre à profit le préambule de la constitution de la Cinquième République pour consolider l’échelle locale du mécanisme de décision et promouvoir un modèle d’assimilation universaliste. Alors que le gouvernement français s’efforçait de contenir l’agitation croissante liée à la surpopulation par le développement économique, le tourisme et l’émigration vers la métropole où la main-d’oeuvre était insuffisante, les partisans de la départementalisation comme les anticolonialistes antillais se sont battus contre les stéréotypes raciaux et de genre qui leur étaient imposés en cherchant à endiguer le flot des travailleurs blancs métropolitains arrivant aux Antilles. La sixième section propose de croiser les catégories de …