Journal of the Canadian Historical Association
Revue de la Société historique du Canada
Volume 35, numéro 1, 2025
Sommaire (6 articles)
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Maternity Confined: Mothering and Mental Illness in the British Columbia Provincial Insane Asylum Before World War I
Heather Stanley
p. 1–27
RésuméEN :
The decision to commit a loved one for carceral treatment and care in a mental asylum was never an uncomplicated one. However, late nineteenth- and early twentieth-century families who had a loved one suffering from a mental illness caused by maternity faced additional logistical and social issues because of the societal and geographical realities of living in British Columbia. Using records from the British Columbia Provincial Insane Asylum, this article explores how settler-colonial families navigated these struggles as well as how insane mothers complicated idealized motherhood and the settler-colonial project in British Columbia as a whole.
FR :
La décision d’interner un membre de sa famille dans un asile psychiatrique n’a jamais été simple. Cependant, à la fin du XIXe et du début du XXe siècle, les familles dont un proche souffrait d’une maladie mentale liée à la maternité étaient confrontées à des difficultés logistiques et sociales supplémentaires en raison des circonstances sociales et géographiques en Colombie-Britannique. À partir des dossiers de l’Asile provincial d’aliénés, cet article explore la manière dont les familles ont surmonté ces difficultés, ainsi que la façon dont les mères démentes ont compliqué la maternité idéalisée et le projet colonial de la Colombie-Britannique dans son ensemble
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“The Best Kept Secret of the War”: Gendering Societal Citizenship and the Canadian State’s Material Education of British War Brides
Anna Gaudet
p. 29–59
RésuméEN :
This article provides a cultural perspective on the Canadian state’s “repatriation” of British war brides alongside their husbands following the Second World War. It investigates how the government-issued booklets Welcome to War Brides (1944) and Canadian Cook Book for British War Brides (1945) defined “Canadianness” and explores how this definition reflected the contemporary ideas and interests of the Canadian state through a gendered lens. It highlights the ways in which these materials were custom-built for their audience and epoch, revealing the ideological preoccupations of the Canadian state on the eve of postwar social, moral, and economic regeneration by interrogating the concept of a dependent citizen. By promoting women’s domestic and sexual containment, a moral and heteronormative strengthening of the family unit, and the safeguarding of the white, Anglo-Saxon superiority, the linguistic and non-linguistic signifiers of Canadianness communicated through these educative materials provides nuanced insight into the Canadian state’s relationship to British immigrants as a nonlocal yet familiar and trusted other. The conflation of conformity to successful acculturation and good citizenship in these materials enriches discussions about Canadian national identity and the role of the state in the postwar period.
FR :
Cet article offre une perspective culturelle sur le « rapatriement » par l’État canadien des épouses de guerre britanniques, avec leurs conjoints, après la Seconde Guerre mondiale. Il examine comment les brochures Welcome to War Brides (1944) et Canadian Cook Book for British War Brides (1945) définissaient la « canadianité » et il explore comment cette définition reflétait les idées et les intérêts contemporains de l’État à travers une perspective de genre. Il met en évidence la manière dont ces documents ont été conçus, révélant les buts idéologiques de l’État pour encourager la régénération sociale, morale et économique d’après-guerre en interrogeant le concept de la citoyenneté dépendante. En promouvant la subordination domestique et sexuelle des femmes, le renforcement moral et hétéronormatif de la cellule familiale et la préservation de la supériorité blanche anglo-saxonne, les signifiants linguistiques et non linguistiques de la canadianité véhiculés par ces documents éducatifs offrent un aperçu nuancé de la relation de l›État canadien aux immigrants britanniques, considérés comme un Autre non local, mais familier et digne de confiance. Le mélange des idées sur l’acculturation et la citoyenneté enrichit les discussions sur l’identité nationale canadienne et le rôle de l’État dans la période d’après-guerre.
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From Rumour to Métis Urban Legend: François Guilmette and the Execution of Thomas Scott
Derrick M. Nault
p. 61–86
RésuméEN :
This article discusses the urban legend of François Guilmette, an alleged participant in the 1870 execution of Thomas Scott during the Red River Resistance. Applying Linda Dégh’s theory of the “legend process,” the study traces how the story of Guilmette evolved from a vague rumour to an accepted fact after first appearing in 1874 legal proceedings. From the 1880s onward, historians and community narratives wove Guilmette into accounts of the Resistance, adding further details about his death and even linking him to an iconic photograph featuring Louis Riel. While Métis and their stories are often associated with rural, “traditional” settings, this analysis reveals how the uncertainty associated with the transfer of Rupert’s Land to Canada provided ideal conditions for the emergence of a distinctly Métis urban legend that persists in collective memory to this day.
FR :
Cet article traite de la légende de François Guilmette, un présumé participant à l’exécution de Thomas Scott en 1870 pendant la Résistance de la Rivière-Rouge. Appliquant la théorie du « processus de légende » de Linda Dégh, l’article retrace comment l’histoire de Guilmette, est passée d’une vague rumeur à un fait établi après sa première apparition dans une procédure judiciaire en 1874. À partir des années 1880, les historiens et les narrations communautaires ont intégré Guilmette aux récits de la Résistance, ajoutant des détails sur sa mort et le reliant même à une photographie emblématique de Louis Riel. Alors que les Métis et leurs histoires sont souvent campés dans des milieux ruraux et « traditionnels », cette analyse révèle comment l’incertitude entourant le transfert de la Terre de Rupert au Canada a créé les conditions idéales pour l’émergence d’une légende urbaine métisse distincte qui perdure encore aujourd’hui dans la mémoire collective.
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Freedom from Medicare: Maternal Activists, Organized Business, and Popular Mobilization against the Welfare State During the Saskatchewan Doctors’ Strike, 1962
Will Langford
p. 87–123
RésuméEN :
In July 1962, Saskatchewan doctors went on strike in a refusal to work under the Medicare Care Act, which introduced universal health insurance in the province. The much-studied conflict between organized medicine and the Co-operative Commonwealth Federation government has been understood as a decisive moment in the history of public healthcare in Canada. Less studied, but equally important, the doctors were supported by a larger protest movement that set out to oppose the expansion of the welfare state. This article reveals that an alliance between maternal activists who started the Keep Our Doctors committee, businessmen who aimed to foster popular anti-statism through the Canadian Chamber of Commerce’s Operation Freedom and the Free Citizens Association, and doctors was an unplanned coalition, but not something that emerged entirely by chance. The agitation was a form of conservative populism resolved, in exaggerated fashion, against compulsion, increased taxation, and alleged communism. It was also part of a distinctive transnational moment of right-wing radicalization. Principles of democracy and freedom united opponents of Medicare in Saskatchewan and linked them with American radical right peers in ways specific to the early 1960s.
FR :
En juillet 1962, les médecins de la Saskatchewan ont fait la grève pour marquer leur refus de se conformer à la Loi sur l’assurance maladie, qui a instauré l’assurance-maladie publique dans la province. Le conflit, très étudié, entre les médecins et le gouvernement de la Fédération du Commonwealth Coopératif a été perçu comme un moment décisif dans l’histoire de la santé publique au Canada. Moins étudié, mais tout aussi important, est le fait que les médecins aient été soutenus par un mouvement de protestation plus vaste visant à s’opposer à l’expansion de l’État-providence. Cet article révèle qu’une alliance entre des militantes maternalistes qui ont lancé le comité Keep Our Doctors, des hommes d’affaires qui cherchaient à promouvoir l’anti-étatisme populaire par l’intermédiaire de l’Operation Freedom de la Chambre de commerce du Canada et de la Free Citizens Association et les médecins était une coalition non-planifiée mais non un hasard. Cette agitation était une forme de populisme conservateur, de manière amplifiée contre la contrainte, l’augmentation des impôts et le communisme. Elle s’inscrivait également dans un mouvement transnational distinctif de radicalisation de la droite. Les principes de la démocratie et de la liberté ont uni les opposants à l’assurance maladie en Saskatchewan et les ont liés à leurs pairs de l’extrême droite américaine d’une manière qui leur est propre au début des années 1960.
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Identities in Fur Trade Societies and Along the Colonial Frontier in Eastern Canada: A Case Study from Western Quebec
Leila Inksetter, Jérôme Morneau et Louis-Pascal Rousseau
p. 125–164
RésuméEN :
Research in the field of Métis studies has focused on contexts where mixed-ancestry communities emerged, but much less on contexts where such entities did not materialize. The Upper Ottawa River, in western Quebec, represents a salient example of the latter. Despite the area’s prolonged involvement with the fur trade and the well-documented establishment of unions between European winterers and local First Nations women, the children born through these relationships did not coalesce into a separate mixed-ancestry community. This article examines the context of the fur trade in the area, the marital patterns that can be observed through nineteenth-century documentation, and the social outcomes available to the offspring born through these unions. It then attempts a comparison with other areas in the heart of the continent that acted as trade hubs. It concludes that most children born from mixed unions were integrated into First Nations communities and that no mixed-ancestry community emerged within the research area because the few mixed-ancestry families that were present lacked the critical mass to differentiate themselves from other social contexts.
FR :
Les recherches effectuées dans le champ d’études sur les Métis se sont concentrées sur les contextes où une communauté d’ascendance mixte a émergé, mais beaucoup moins sur ceux qui n’ont pas donné naissance à de telles entités. Le cours supérieur de la rivière des Outaouais, dans l’ouest du Québec, est l’un de ces derniers contextes. Même si le commerce des fourrures y a une longue histoire et même si les hivernants ont entretenu des relations maritales avec des femmes autochtones locales, les enfants issus de ces unions n’ont pas formé de communauté séparée. Cet article examine le contexte de la traite des fourrures dans la région, les unions maritales qui peuvent être observées dans la documentation du XIXe siècle et les options sociales disponibles à leur progéniture. Il effectue ensuite une comparaison avec d’autres zones au coeur du continent qui servaient de pôles commerciaux. Il conclut que la plupart des enfants issus d’unions mixtes a été intégrée aux communautés des Premières Nations, et qu’aucune communauté d’ascendance mixte n’a émergé dans la zone à l’étude parce que les quelques familles métissées n’avaient pas la masse critique pour se différencier, sur le plan social, des autres groupes ethniques en présence.
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The Grande and Petite Histoire of Thomas Chapais: Formalizing the Frameworks of Monographs and Synthesis in Early Twentieth‑Century French Canadian Historiography
Karim Chahine
p. 165–193
RésuméEN :
Thomas Chapais (1858–1946) was one of the first French Canadian historians to devote attention, in his written works and speeches, to the forms that history writing can take. At a time when his reputation was already well established, he developed an original way of thinking about historical writing, explicitly adopting a literary and poetic conception of history. Underlying these ideas about form were two approaches to history based on a single mode of inquiry but using different focal points for observation: grande histoire and petite histoire. Prior to this reflection, Chapais attempted to resolve the tension between “impartiality” and “impassivity.” This enabled him to develop his conception of the ideal historian, concerned with historical truth and an attachment to a national reality.
FR :
Thomas Chapais (1858-1946) est l’un des premiers historiens canadiens-français à consacrer une partie de ses écrits et discours à des réflexions sur les formes que peut prendre l’écriture de l’histoire. À une époque où sa notoriété est déjà bien établie, il élabore une réflexion originale sur le cadre monographique et le cadre synthétique en s’inscrivant explicitement dans une conception littéraire et poétique de l’histoire. À la base de ces idées sur la forme, on retrouve deux approches de l’histoire relevant d’un même mode d’enquête, mais utilisant des focales d’observation différentes : la grande histoire et la petite histoire. En amont de cette réflexion, Chapais a tenté de résoudre la tension entre « impartialité » et « impassibilité. » Cette opération lui permet d’élaborer sa conception de l’historien idéal, soucieux à la fois de la vérité historique et de l’attachement à une réalité nationale.