Journal of the Canadian Historical Association
Revue de la Société historique du Canada
Volume 36, numéro 1, 2026
Sommaire (9 articles)
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Presidential Address: Ramsay Cook and the Writing of Canadian History, or What Can Ramsay Cook Still Teach Us?
Donald Wright
p. 1–29
RésuméEN :
Ramsay Cook (1931–2016) rewrote Canadian history. Distinctly uncomfortable with nationalism, like his intellectual hero George Orwell, he insisted on pluralism. His best-known contribution to Canadian historical writing was the idea of limited identities, which he refined across the length of his career but never abandoned. He also embraced federalism, bilingualism, multiculturalism, and minority rights as the best guarantees of difference. Herein lies the distilled essence of Ramsay Cook the historian.
FR :
Ramsay Cook (1931-2016) a réécrit l’histoire du Canada. Profondément mal à l’aise face au nationalisme, à l’instar de son héros intellectuel George Orwell, il a défendu avec force le pluralisme. Sa contribution la plus célèbre à l’historiographie canadienne réside dans la notion d’« identités limitées », qu’il a affinée tout au long de sa carrière sans jamais y renoncer. Il a également fait du fédéralisme, du bilinguisme, du multiculturalisme et des droits des minorités les meilleures garanties de la diversité. C’est là que réside l’essence même de l’historien Ramsay Cook.
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Discours présidentiel : Ramsay Cook et l’écriture de l’histoire canadienne, ou que peut encore nous apprendre Ramsay Cook ?
Donald Wright
p. 31–62
RésuméFR :
Ramsay Cook (1931-2016) a réécrit l’histoire du Canada. Profondément mal à l’aise face au nationalisme, à l’instar de son héros intellectuel George Orwell, il a défendu avec force le pluralisme. Sa contribution la plus célèbre à l’historiographie canadienne réside dans la notion d’« identités limitées », qu’il a affinée tout au long de sa carrière sans jamais y renoncer. Il a également fait du fédéralisme, du bilinguisme, du multiculturalisme et des droits des minorités les meilleures garanties de la diversité. C’est là que réside l’essence même de l’historien Ramsay Cook.
EN :
Ramsay Cook (1931–2016) rewrote Canadian history. Distinctly uncomfortable with nationalism, like his intellectual hero George Orwell, he insisted on pluralism. His best-known contribution to Canadian historical writing was the idea of limited identities, which he refined across the length of his career but never abandoned. He also embraced federalism, bilingualism, multiculturalism, and minority rights as the best guarantees of difference. Herein lies the distilled essence of Ramsay Cook the historian.
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Why Not Disability History?
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Josef Prkna Goes to Court: Labour-Disability Rights, Discourse, and Enforcement in Habsburg-Occupied Bosnia
Isabelle Avakumovic-Pointon
p. 77–109
RésuméEN :
In the summer of 1899, a woodworker named Josef Prkna sued his employer, Peter Buttazzoni, in the Sarajevo Small Claims Court. Prkna claimed that, while he had been recovering from typhoid fever, Buttazzoni had unjustly withheld part of his sick pay. Applying a critical disability studies lens to Prkna’s story, this article argues that sick, injured, and disabled industrial labourers in Austro-Hungarian Bosnia considered themselves bearers of legally enforceable “labour-disability rights.” This conviction arose, not from legislation, but from a polycentric labour-disability rights discourse that maintained that debilitated workers were entitled to sick pay, free medical care, and/or monetary compensation. Bosnian workers frequently used petitions and lawsuits to enforce these rights. Surprisingly, the Austro-Hungarian government regularly affirmed workers’ labour-disability rights in principle, despite rejecting most claims on factual grounds. This challenges the assumption, common in Bosnian labour historiography, that workers lacked meaningful insurance rights prior to 1902. It also encourages disability historians to examine how disability rights can manifest in administrative practices, civil justice, and disabled people’s own rhetoric, even in contexts without formal disability rights legislation. Finally, this article demonstrates that critical disability studies–inflected microhistory is a powerful tool for reconstructing the lived experiences of disabled people in the past.
FR :
Au cours de l’été 1899, un menuisier du nom de Josef Prkna a poursuivi son employeur, Peter Buttazzoni, devant le tribunal des petites créances de Sarajevo. Prkna affirmait que, alors qu’il se remettait d’une fièvre typhoïde, Buttazzoni lui avait injustement retenu une partie de son indemnité de maladie. En appliquant une perspective critique issue des études sur le handicap à l’histoire de Prkna, cet article soutient que les ouvriers industriels malades, blessés et handicapés de la Bosnie austro-hongroise se considéraient comme titulaires de «droits liés au handicap professionnel» juridiquement exécutoires. Cette conviction ne découlait pas de la législation, mais d’un discours polycentrique sur les droits liés au travail et au handicap qui soutenait que les travailleurs affaiblis avaient droit à des indemnités de maladie, à des soins médicaux gratuits et/ou à une compensation financière. Les travailleurs bosniaques recouraient fréquemment à des pétitions et à des poursuites judiciaires pour faire valoir ces droits. Étonnamment, le gouvernement austro-hongrois a régulièrement affirmé en principe les droits des travailleurs en matière de travail et d’invalidité, bien qu’il ait rejeté la plupart des demandes pour des motifs factuels. Cela remet en cause l’hypothèse, courante dans l’historiographie du travail bosniaque, selon laquelle les travailleurs ne disposaient pas de droits d’assurance significatifs avant 1902. Cela encourage également les historiens du handicap à examiner comment les droits des personnes handicapées peuvent se manifester dans les pratiques administratives, la justice civile et la rhétorique des personnes handicapées elles-mêmes, même dans des contextes dépourvus de législation formelle en matière de droits des personnes handicapées. Enfin, cet article démontre que la microhistoire influencée par les études critiques sur le handicap est un outil puissant pour reconstituer les expériences vécues par les personnes handicapées dans le passé.
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Wounded Masculinity? Disability, Gender, and Canada’s Great War
Eric Story
p. 111–141
RésuméEN :
War disability lies at the intersection of the wounded, injured, or sick military body and the society that gives it meaning. During the Great War of 1914–1918, more than 180,000 members of the Canadian Expeditionary Force became nonfatal casualties, compelling Canada to confront the realities of a mass disabling event. As Canadians reckoned with the scale of disability, questions of masculinity rose to the fore. War wounding was viewed simultaneously as proof of martial heroism and evidence of emasculation and dependency, leaving disabled veterans trapped between these two opposing views of military manhood. The state’s program of “vocational re-education” sought to reconcile this tension by casting work as a means to “overcome” disability and thus reclaim a masculinity deserving of returned soldiers. Disabled veterans pushed back against this premise. They exposed how the social meanings of visible and nonvisible disability shaped access to recognition, work, and masculine status in post-war Canada. While the Amputations Association of the Great War protested employment discrimination grounded in visible disability, the Tuberculous Veterans’ Association viewed their own struggles through the lens of nonvisible illness. By leveraging the apparency of war disability (or lack thereof), disabled veterans demonstrated that self-reliant masculinity was unattainable — even undesirable — so long as their disabilities were ignored.
FR :
Le handicap de guerre se situe à l’intersection du corps militaire blessé, mutilé ou malade et de la société qui lui donne sens. Durant la Grande Guerre de 1914–1918, plus de 180 000 membres du Corps expéditionnaire canadien furent victimes de blessures non mortelles, contraignant le Canada à faire face aux réalités d’un événement handicapant de masse. Alors que les Canadiens prenaient la mesure de l’ampleur du handicap, les questions de masculinité s’imposèrent au premier plan. Les blessures de guerre étaient perçues à la fois comme la preuve d’un héroïsme martial et comme un signe d’émasculation et de dépendance, laissant les anciens combattants handicapés pris en étau entre ces deux conceptions opposées de la virilité militaire. Le programme étatique de «rééducation professionnelle» cherchait à résoudre cette tension en présentant le travail comme un moyen de «surmonter» le handicap et ainsi de recouvrer une masculinité digne des soldats de retour au pays. Or, les anciens combattants handicapés contestèrent cette prémisse. Ils révélèrent la façon dont les significations sociales du handicap visible et non visible conditionnaient l’accès à la reconnaissance, à l’emploi et au statut masculin dans le Canada de l’après-guerre. Tandis que l’Association des amputés de la Grande Guerre protestait contre la discrimination à l’embauche fondée sur le handicap visible, l’Association des vétérans tuberculeux appréhendait ses propres difficultés à travers le prisme de la maladie non visible. En mobilisant l’apparence du handicap de guerre — ou de son absence — les anciens combattants handicapés démontrèrent que la masculinité autonome était inaccessible — voire indésirable — tant que leurs handicaps étaient ignorés.
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A Convergence of Forces: Disability Rights and The Founding Moment of the Ghana Society of the Physically Disabled, 1980–81
Jeff Grischow, Magnus Mfoafo-M’Carthy et Augustina Naami
p. 143–174
RésuméEN :
This article analyzes the postcolonial history of disability rights in Ghana by focusing on the founding and early expansion of the Ghana Society of the Physically Disabled (GSPD) in Kumasi in 1980. The GSPD’s founding moment occurred later than such similar disabled people’s organizations as the Ghana Association of the Blind and the Ghana National Association of the Deaf, which were created in the 1960s. We suggest several reasons for rise of the GSPD and the timing of its creation by focusing on a convergence of forces around 1980, as well as the longer history of disability in Ghana. More specifically, the article analyzes the GSPD’s founding moment through the lens of grassroots organizing and civil society in a particularly Ghanaian context. We also assess the connections between the GSPD’s first-generation organizers, government ministries, and international disability NGOs (especially Nordic organizations). As such, the article situates the founding of the GSPD within larger national and global disability initiatives as well as the history of disability in Ghana. Due to a lack of archival materials, our analysis is based on field interviews supplemented by written sources where possible.
FR :
Cet article analyse l’histoire postcoloniale des droits des personnes handicapées au Ghana en se concentrant sur la création et les débuts de la Société ghanéenne des personnes handicapées physiques (GSPD) à Kumasi en 1980. La GSPD a vu le jour plus tardivement que d’autres organisations similaires de personnes handicapées, telles que l’Association ghanéenne des aveugles et l’Association nationale ghanéenne des sourds, qui ont été créées dans les années 1960. Nous avançons plusieurs raisons pour expliquer l’émergence de la GSPD et le moment choisi pour sa création, en mettant l’accent sur une convergence de forces vers 1980, ainsi que sur l’histoire plus longue du handicap au Ghana. Plus précisément, l’article analyse la fondation de la GSPD sous l’angle de l’organisation communautaire et de la société civile dans un contexte spécifiquement ghanéen. Nous évaluons également les liens entre les organisateurs de la première génération de la GSPD, les ministères gouvernementaux et les ONG internationales de défense des personnes handicapées (en particulier les organisations nordiques). Ainsi, l’article situe la fondation de la GSPD dans le cadre d’initiatives nationales et mondiales plus larges en faveur des personnes handicapées, ainsi que dans l’histoire du handicap au Ghana. En raison d’un manque de documents d’archives, notre analyse s’appuie sur des entretiens de terrain, complétés par des sources écrites lorsque cela est possible.
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(Dis-)Embodied Experiences: A Comprehensive Study of Mobility Aids in the Miracles of Saint Louis
Ninon Dubourg
p. 175–207
RésuméEN :
This article examines the material history of medieval disability by studying two manuscripts of the Miracles of Saint Louis from the fourteenth and fifteenth centuries. It argues that mobility aids not only rendered disability visible to medieval eyes and the historical record — much like the modern perception of the wheelchair— but also “augmented” the disabled body, enabling new forms of movement and autonomy. Adopting a cross-disciplinary and comparative approach, this study examines the diverse designs of mobility aids and their adaptability to the specific needs of individuals, depending on their environment. Far from being passive objects, these aids actively extended the body’s capabilities, transforming the impairment experience into one of greater mobility and agency. They also invite a reconsideration of embodiment itself, as the use of these aids blurred the boundaries between object and subject, physicality and identity. These material, inanimate objects become animated with the body, and inseparable from it, to the point of being bound to it, whether physically or socially. By tracing how these tools facilitated movement and autonomy, this article sheds light on the evolving phenomenological experience of non-standard embodiment, challenging modern assumptions and revealing the cultural significance of disability in the medieval world.
FR :
Cet article examine l’histoire matérielle du handicap au Moyen Âge à travers l’étude de deux manuscrits des Miracles de Saint Louis datant des XIVe et XVe siècles. Il soutient que les aides à la mobilité, non seulement rendaient le handicap visible aux yeux des contemporains médiévaux et dans les archives historiques, à l’instar de la perception moderne du fauteuil roulant, mais également « augmentaient » le corps handicapé en permettant de nouvelles formes de mouvement et d’autonomie. En adoptant une approche interdisciplinaire et comparative, cette étude analyse la diversité des conceptions des aides à la mobilité et leur adaptation aux besoins spécifiques des individus en fonction de leur environnement. Loin d’être de simples objets passifs, ces aides étendaient activement les capacités du corps, transformant l’expérience du handicap en augmentant la mobilité et l’autonomie. Elles invitent également à repenser la notion d’incarnation, leur utilisation brouillant les frontières entre objet et sujet, entre physicalité et identité. Ces objets matériels et inanimés s’animent avec le corps et deviennent inséparables de celui-ci, que ce soit physiquement ou socialement. En retraçant la manière dont ces outils facilitaient le mouvement et l’autonomie, cet article éclaire l’évolution des expériences phénoménologiques des corps dits “non standards” et révèle l’importance culturelle du handicap dans le monde médiéval.
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Dread Objects
Kathleen M. Brian
p. 209–236
RésuméEN :
This is an account of dread objects — madness, suicide, suicidality — as they moved through the normalized and normalizing terrain of an emergent nineteenth-century US security state. Tracking them in this way, while also attending to the affective and temporal registers in which they were articulated, reveals a consequential distinction between intervention and prevention. The latter, still nascent at mid-century, cooperated with actuarial ways of thinking that continue to inform normative standards for engaging the past.
This account doubles as lament. Addressing itself to the fundamental violence at the root of such standards, while also attending to what has been lost by way of them, it asks what methods and forms are made possible by disability as analytic and as epistemology.
FR :
Il s’agit ici d’un récit sur des objets d’angoisse — la folie, le suicide, la suicidalité — tels qu’ils ont circulé dans le terrain normalisé et normalisateur d’un État sécuritaire américain naissant au XIXe siècle. Les suivre ainsi, tout en prêtant attention aux registres affectifs et temporels dans lesquels ils s’articulaient, révèle une distinction déterminante entre intervention et prévention. Cette dernière, encore naissante au milieu du siècle, coopérait avec des modes de pensée actuariels qui continuent d’informer les normes régissant la manière d’aborder le passé.
Ce récit se double d’une lamentation. S’adressant à la violence fondamentale à la racine de ces normes, tout en s’intéressant à ce qui a été perdu par leur entremise, il s’interroge sur les méthodes et les formes rendues possibles par le handicap en tant qu’analytique et qu’épistémologie.
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In the Shadow of the Asylum: Gender, Madness, and Ableism in the Reform Work of Clarissa Lathrop
Michael Rembis
p. 237–262
RésuméEN :
This article contemplates ableism in historical sources and in the historical discipline through an investigation of the experiences of Clarissa Lathrop after she left the Utica, New York, insane asylum in 1882. Lathrop, like other former asylum inmates, began advocating for asylum inmates’ rights, accountability for asylum physician-administrators, and policy change immediately upon her release from the institution. She testified before the New York State Legislature twice, came together with allies to create a reform organization, wrote letters to state officials and others, travelled and spoke publicly about the need for change in America’s asylum system, and self-published her account of her experiences. She and others received support from sympathetic journalists and politicians as well as other allies. Yet Lathrop was also dismissed and treated with disdain by her contemporaries, and she was largely forgotten by later historians, who considered her both unable to speak to her own, and others’, lived experiences and incapable of advocating for change. As this article will show, a gendered ableism that, until now, has gone either unnoticed or unaddressed by historians shaped Lathrop’s rich life and legacy.
FR :
Cet article examine le capacitisme dans les sources historiques et au sein de la discipline historique à travers une étude des expériences vécues par Clarissa Lathrop après sa sortie de l’asile psychiatrique d’Utica, dans l’État de New York, en 1882. À l’instar d’autres anciens pensionnaires d’asiles, Lathrop s’est engagée, dès sa sortie de l’établissement, en faveur des droits des pensionnaires, de la responsabilisation des médecins-administrateurs des asiles et d’un changement de politique. Elle a témoigné à deux reprises devant l’Assemblée législative de l’État de New York, s’est associée à des alliés pour créer une organisation de réforme, a écrit des lettres à des responsables de l’État et à d’autres personnalités, a voyagé et s’est exprimée publiquement sur la nécessité de réformer le système des asiles aux États-Unis, et a auto-publié le récit de ses expériences. Elle et d’autres ont reçu le soutien de journalistes et de politiciens sympathisants, ainsi que d’autres alliés. Pourtant, Lathrop a également été rejetée et traitée avec mépris par ses contemporains, et elle a été largement oubliée par les historiens ultérieurs, qui la considéraient à la fois incapable de parler de ses propres expériences vécues et de celles des autres, et incapable de militer pour le changement. Comme le montrera cet article, un capacitisme genré qui, jusqu’à présent, est passé inaperçu ou n’a pas été abordé par les historiens a façonné la vie riche et l’héritage de Lathrop.