L'accès à la plateforme Érudit connaît actuellement un ralentissement, dû à un incident chez notre prestataire technique. Nous sommes désolés de ce désagrément et collaborons activement à rétablir le service. L'information sera mise à jour sur notre pageTwitter

Recensions

Mialaret, G. (2003). Propos impertinents sur l’éducation. Paris : Presses universitaires de France

  • Gérald Boutin

…plus d’informations

  • Gérald Boutin
    Université du Québec à Montréal

Logo de Revue des sciences de l’éducation

Corps de l’article

L’auteur de ce livre est considéré comme l’un des fondateurs des sciences de l’éducation. Ses travaux s’étendent sur plusieurs décennies et exercent toujours une influence sur bon nombre de pédagogues. Il présente dans ce livre un ensemble de réflexions sur l’éducation d’hier et d’aujourd’hui.

Les sources d’inspiration de Mialaret se révèlent multiples. En effet, il n’hésite pas à faire part de ce qu’il doit aux classiques de l’éducation comme Montaigne, Rousseau et bien d’autres. Il souligne également l’apport d’Alain, de Claparède, de Durkheim et de Berger à sa pensée. S’ajoute à ces influences une longue expérience de recherche et de formation dont la richesse et la diversité permettent à l’auteur de faire le tour de nombreuses questions relatives à l’éducation et à la formation des enseignants.

Suivant en cela les lois du genre, les « propos impertinents » de Mialaret se distribuent en plusieurs textes de longueur inégale. Ils comportent des réflexions et des commentaires généraux aussi bien que des dialogues entre un « vieux conseiller pédagogique », des parents, des enseignants et des étudiants en Institut de formation des maîtres.

Avant tout, il paraît indispensable de dire un mot sur le titre de ce livre et le style de l’auteur. En ce qui concerne le titre, il est possible de se demander en quoi les idées émises par Mialaret peuvent être considérées comme impertinentes. Bien au contraire, elles ne sont que la « quintessence », si l’on peut dire, de la pédagogie actuelle. Par ailleurs, le style qu’emprunte l’auteur est souple, à la limite familier, et ne rappelle en rien celui des traités de pédagogie qui est, en général, plutôt aride.

Venons-en au contenu. D’entrée de jeu, l’auteur rappelle à son lecteur qu’il ne saurait être question de s’en tenir à l’attaque virulente de Victor Hugo contre les pédagogies dans Les contemplations. Les sciences de l’éducation et les pédagogues sont là pour rester. Voilà ce que va tenter de démontrer Mialaret tout au long de son ouvrage. Dans ce dessein, il évoquera la nécessité de prendre en considération le bon sens dont parle Descartes en le soumettant toutefois à la réflexion et à la critique.

L’un des propos les plus intéressants de ce livre porte sur la position de Claparède en faveur de la pédagogie différenciée (p. 11) qui se retrouve au centre du discours des réformateurs des systèmes éducatifs actuels. Tenir compte des particularités de chacun des élèves de sa classe, telle devrait être la préoccupation du bon enseignant, comme le rappelle l’auteur qui s’adresse aux parents et aux éducateurs. En fait, le titre résume sa pensée sur ce point : « De l’enfant soumis à l’enfant-roi. Aimer ses élèves ». Mialaret prend ici ses distances par rapport à l’un de ses maîtres, Alain (Propos XII). Contrairement à ce dernier qui semble préconiser la dureté, voire l’indifférence envers les élèves, il propose une pédagogie de la compréhension : « Aimer l’enfant, c’est l’aimer pour lui-même et pour son avenir, et non pour la satisfaction personnelle et égoïste de l’adulte » (p. 12).

Par le truchement d’un dialogue entre professeurs de mathématiques, conseillers pédagogiques, psychologues scolaires et étudiants, l’auteur tente de dissiper la confusion entre les finalités et les moyens en pédagogie. À la suite de quoi il aborde la fameuse question des contenus en mettant en scène un père et ses fils. Le premier se réfère au type d’éducation qu’il a reçu, les seconds défendent les principes de la nouvelle pédagogie. Mialaret, fervent défenseur de l’École nouvelle, consacre à cette question une part importante de ses propos (p. 205-223). Le lien qu’il établit entre éducation scientifique et éducation nouvelle est également éclairant. Bien d’autres propos mériteraient d’être soulignés, dont celui qui traite de la pédagogie du succès (p. 27-34). L’auteur y reprend une idée qui lui est chère : l’enseignant ne saurait se contenter de connaître sa discipline : il lui faut aussi être en mesure de recourir à une pédagogie adaptée aux exigences du monde moderne.

En conclusion, ces propos méritent d’être lus, commentés, voire contestés et contredits. Tels qu’ils sont, ils constituent un point de départ à de nombreuses mises au point dans le domaine des sciences de l’éducation. Professeurs et étudiants en sciences de l’éducation pourront ainsi avoir accès à la pensée de l’un des pères de leur discipline. Mialaret, selon son habitude, ne mâche pas ses mots : il critique de façon parfois très rude les parents et les enseignants. Dommage, enfin, qu’il donne trop souvent raison au « vieux conseiller pédagogique » qui intervient à maintes reprises au cours de ses propos. Mais n’est-ce pas là une astuce de l’auteur pour que nous gardions bien en éveil notre esprit critique ?