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Adell Nicolas et Jérôme Lamy (dir.), 2016, Ce que la science fait à la vie. Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, coll. « Orientations et méthodes », 416 p., bibliogr.

  • Yves Laberge

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  • Yves Laberge
    Département d’études anciennes et de sciences des religions, Université d’Ottawa, Ottawa (Ontario), Canada

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Cover of Habiter le monde : matérialités, art et sensorialités, Volume 44, Number 1, 2020, pp. 13-297, Anthropologie et Sociétés

Le point de départ de cette réflexion nous renvoie au coeur de la philosophie sartrienne : « Tout le problème de la vie savante, ou la formulation de la vie savante comme problème anthropologique, tient en quelque sorte dans la formulation de Sartre : quels rapports la vie et l’oeuvre entretiennent-elles ? » (p. 41). Les ramifications possibles sont infinies et peuvent inclure « l’égo-histoire » propre à certains historiens (selon la démonstration de Pierre Nora, que cite Adell [p. 35]). Parmi les contributions les plus inspirées, retenons celle d’Anne Collinot (« Raconter ou comprendre la vie savante ? ») qui prolonge les travaux de Mott T. Greene sur « l’écriture biographique d’une vie exceptionnelle », à partir d’exemples aussi différents que le prix Nobel Paul Nurse ou encore le théoricien de l’évolution Richard Dawkins (p. 81). Ces deux chercheurs jouissant d’une notoriété enviable sont souvent sollicités pour raconter leurs parcours (auto)biographique et scientifique. Dans ce qui pourrait (devrait) devenir l’embryon d’un livre très original, Collinot analyse comment ces récits biographiques sont construits, notamment dans l’émission radiophonique The Life Scientific (produite par la BBC) qui scrute sous forme d’(auto)portraits des chercheurs observés au quotidien (p. 88). Dépassant « les masques de l’anecdote » (p. 85), tout ce chapitre constitue une excellente synthèse de la réflexion sur l’écriture scientifique, sur « la science en train de se faire », et sur la réflexivité du chercheur au moment de se raconter rétrospectivement. Dans la partie centrale de l’ouvrage, on appréciera la contribution admirablement maîtrisée d’Arnaud Saint-Martin à partir d’un exposé autobiographique méconnu (« Haskins Lecture ») de Robert K. Merton (1910-2003), présenté lors d’une conférence, en 1994 (p. 202). Le texte initial semble avoir été versé dans les archives personnelles de Merton (1993). Pour ce chapitre, Saint-Martin a probablement eu un accès privilégié à une partie des archives de Merton puisqu’il mentionne les relations de celui-ci avec des présidents américains, faisant par exemple référence à une lettre de Lyndon B. Johnson datée de 1964 et à une Médaille nationale de la science, reçue du président Bill Clinton (p. 209). Pour Saint-Martin, « ce récit court participe de l’élaboration d’une persona savante » (p. 202). On voit bien que Merton adopte — parfois complaisamment — une perspective autoréflexive en dressant un bilan de ses contributions scientifiques, de ses projets inachevés et de sa place de pionnier de la sociologie des sciences (p. 228). C’est ce chapitre de Saint-Martin qui illustre le plus éloquemment le propos général de cet ouvrage collectif. Le chapitre de Jean-François Bert, excellemment documenté et intitulé « Mauss, un (in)disciple de Durkheim », étudie la filiation de Marcel Mauss (1872-1950) et de son oncle Émile Durkheim (1858-1917) en soutenant qu’après 1917 l’auteur de l’Essai sur le don aurait pris ses distances en raison de la complexité du social et de la nécessité de clarifier des concepts comme l’« anomie » : « À la grande irritation de mon oncle, je le trouvais [le concept d’“anomie”] trop philosophique, trop juridique, trop moraliste, insuffisamment concert » (p. 311). Pour Bert, Mauss serait « à la fois l’héritier principal et l’élève qui a dépassé le maître » (p. 308). Il conclut que « l’indiscipline de Mauss […] lui a permis d’opérer avec, et peut-être surtout entre, plusieurs domaines de savoir dont il a fini par devenir un spécialiste » (p. 318).

Appendices