Introduction. L’orgue à bouche, un instrument ancestral sous le prisme de l’interdisciplinarité scientifique

  • François-Xavier Féron and
  • Liao Lin-Ni

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Cover of L’orgue à bouche entre Extrême-Orient et Occident : l’invention d’un répertoire contemporain, Volume 32, Number 1, 2022, pp. 5-119, Circuit

Les orgues à bouche sont des instruments tout à fait fascinants par leur facture, leur histoire et leurs caractéristiques sonores. Ils n’en demeurent pas moins fort méconnus en Occident, à moins d’être féru de musiques traditionnelles asiatiques ou bien d’être un amateur éclairé de musique contemporaine, car voilà maintenant plusieurs décennies qu’ils sont sortis du giron des musiques traditionnelles pour se prêter à des expérimentations musicales portées par quelques artistes virtuoses soucieux de faire (re)découvrir ces instruments. À la différence des gigantesques orgues qui trônent dans les églises et comportent des centaines, voire, pour certains, des milliers de tuyaux, les orgues à bouche sont des instruments compacts que l’on tient entre ses mains. Si les modèles anciens possèdent généralement environ 17 tuyaux, les nouveaux, développés au cours des dernières décennies, peuvent en comporter jusqu’à 42. Les orgues à bouche sont par ailleurs des instruments à anches libres, les premiers du genre, bien avant que ne soient construits les premiers accordéons, harmonicas ou harmoniums aux xviiie et xixe siècles. Le joueur d’orgue à bouche expire ou inspire dans l’embouchure de son instrument et obstrue les trous percés dans chaque tuyau pour jouer les hauteurs correspondantes. Nul besoin donc de maîtriser la respiration circulaire pour produire des sons de manière continue. Les orgues à bouche sont une invitation au voyage. Ils nous transportent dans différentes régions de l’Asie, créant des relations insoupçonnées entre la Chine, le Japon, la Corée, le Laos et bien d’autres pays. Pendant longtemps terrain de jeu privilégié des ethnomusicologues, ils sont devenus un objet d’étude musicologique avec l’éclosion d’un répertoire d’oeuvres contemporaines écrites essentiellement pour le shō (l’orgue à bouche japonais) et pour le sheng (l’orgue à bouche chinois). Depuis 1956, ils suscitent, notamment en Chine, des recherches d’ordre organologique, leur facture ayant considérablement évolué au fil des soixante-dix dernières années. Il est important de souligner dès à présent que l’orgue à bouche n’est donc pas un instrument unique mais constitue bien une famille d’instruments : suivant les traditions, les tuyaux sont plus ou moins nombreux et agencés de manière différente, soit en rangées parallèles, soit en cercle ou en carré. Inventorier tous ces instruments, décrire leurs répertoires, analyser leurs techniques de jeu, révéler leurs caractéristiques timbrales, comprendre les systèmes de notation… voici autant d’enjeux qui répondent à des préoccupations multiples, relevant non seulement de l’ethnomusicologie et de la musicologie mais aussi de l’organologie et de l’acoustique. De telles investigations ne peuvent s’opérer qu’à travers la mise en place d’un réseau interdisciplinaire de chercheurs travaillant en étroite collaboration avec des interprètes expérimentés, ce à quoi s’est précisément attachée la compositrice et musicologue Liao Lin-Ni, coéditrice de ce numéro de Circuit, musiques contemporaines et coautrice de ce texte introductif. Mais avant de voir plus en détail la genèse et les enjeux du projet de recherche et création qu’elle entreprit en collaboration avec le maître du shengWu Wei, et dont ce numéro expose quelques facettes, revenons brièvement sur l’histoire de ces instruments ancestraux et sur la manière dont ils se sont immiscés dans le répertoire contemporain. Incarnant l’harmonie entre le ciel, la terre et l’humanité, les orgues à bouche connaissent différentes dénominations suivant leurs origines géographiques. Ainsi parle-t-on de sheng en Chine, de shō au Japon, de saenghwang en Corée, de khène au Laos, en Thaïlande, au Cambodge et au Vietnam. Des écrits chinois remontant à plus de trois millénaires avant notre ère font mention de l’orgue à bouche. Un instrument à 22 tuyaux datant de la dynastie des Han de l’Ouest (vers 200 avant notre ère) a été découvert à Changsha. Dans …

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